Le gouvernement algérien a lancé récemment un vaste programme de reboisement visant à planter 423 millions d’arbres d’ici 2030. Cette initiative, annoncée par le ministère des Ressources en eau et de la Sécurité hydrique, s’inscrit dans une stratégie nationale de lutte contre la désertification et de réduction des émissions de carbone. Selon El Moudjahid, ce projet vise à créer des « puits de carbone naturels » pour compenser une partie des émissions industrielles du pays.
Le choix des espèces végétales a été étudié pour s’adapter aux conditions climatiques locales. Les autorités privilégient des arbres résistants à la sécheresse, comme l’olivier, le caroubier et le pin d’Alep, ainsi que des espèces endémiques telles que l’arganier dans les zones semi-arides. Le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, a précisé que les régions du Sud, particulièrement touchées par l’avancée du désert, bénéficieront d’une priorité dans les plantations.
Ce programme s’appuie sur une collaboration entre plusieurs institutions publiques et la société civile. La Direction générale des forêts (DGF) supervise les opérations techniques, tandis que des associations locales, comme l’Association des amis de la nature (AAN), participent à la sensibilisation des populations. Des campagnes de plantation citoyenne ont déjà été organisées dans plusieurs wilayas, notamment à Tlemcen, Sétif et Ouargla, où des milliers d’arbres ont été mis en terre lors d’événements publics.
Les enjeux économiques ne sont pas absents de cette démarche. Le reboisement devrait générer des emplois locaux, notamment dans les secteurs de la pépinière et de l’entretien des espaces verts. Le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a souligné que ce projet pourrait aussi dynamiser les filières du bois et des produits forestiers non ligneux, comme le liège ou les plantes aromatiques. Une étude de la Banque africaine de développement (BAD) estime que chaque hectare reboisé pourrait créer entre deux et cinq emplois directs ou indirects.
Cependant, des défis persistent. Les spécialistes du climat, comme le professeur Mohamed Meddi de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB), mettent en garde contre les risques de sécheresse prolongée, qui pourraient compromettre la survie des jeunes plants. Pour y répondre, le gouvernement a annoncé l’installation de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte dans les zones les plus arides, alimentés par des énergies renouvelables. Par ailleurs, des partenariats avec des centres de recherche, comme l’Institut national de recherche forestière (INRF), visent à sélectionner des variétés encore plus résistantes.
Sur le plan international, ce projet s’aligne sur les engagements de l’Algérie dans le cadre de l’Accord de Paris. Lors de la COP29, tenue à Bakou en novembre 2024, le pays a réaffirmé son objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 7 % d’ici 2030, avec une possibilité d’atteindre 22 % si des financements internationaux sont obtenus. La Banque africaine de développement a salué cette initiative, la qualifiant de « modèle pour les pays du Maghreb » dans un rapport publié en décembre 2024.
Les critiques ne manquent pas. Certains écologistes, comme ceux du Collectif pour la protection de l’environnement (CPE), estiment que le reboisement ne suffira pas sans une politique plus large de préservation des écosystèmes existants. Ils pointent du doigt la déforestation illégale, notamment dans les zones montagneuses de Kabylie et des Aurès, où des incendies et des coupes sauvages ont détruit des milliers d’hectares ces dernières années. Le ministère de l’Environnement a répondu en annonçant un renforcement des contrôles et des sanctions contre les auteurs de ces pratiques.
Les citoyens, quant à eux, semblent adhérer à l’initiative. À Béjaïa, une opération de plantation organisée par l’association Barbary Macaque a réuni plus de 500 volontaires en une seule journée. « C’est une façon concrète de participer à la protection de notre environnement », explique Samia, une étudiante en biologie. Des écoles primaires ont également été associées au projet, avec des ateliers pédagogiques sur l’importance des arbres pour la biodiversité et la qualité de l’air.
Les premiers résultats sont attendus d’ici cinq ans, avec une évaluation intermédiaire prévue en 2027. Si le programme atteint ses objectifs, l’Algérie pourrait non seulement améliorer sa résilience climatique, mais aussi positionner son modèle de développement durable comme une référence en Afrique. Pour l’instant, les autorités misent sur la transparence, avec un suivi régulier des plantations via une plateforme en ligne accessible au public. Les données, mises à jour trimestriellement, permettront de mesurer l’avancée du projet et d’ajuster les stratégies si nécessaire.
Ce projet de reboisement s’inscrit dans une dynamique plus large de transition écologique en Algérie. En parallèle, le pays développe des parcs solaires, comme celui de Ouarzazate, et encourage les énergies renouvelables. Le défi reste immense, mais l’engagement des pouvoirs publics et de la société civile laisse entrevoir une possible transformation du paysage algérien, à la fois écologique et économique.