Amnesty exige la libération de 13 militants algériens

Le 27 novembre 2025, Amnesty International a lancé un appel urgent pour l’abandon des charges retenues contre Mohamed Tadjadit et douze autres militants de la société civile algérienne. Ces défenseurs des droits humains, arrêtés entre 2021 et 2024, sont accusés de « atteinte à l’unité nationale » et « diffusion de fausses informations », des chefs d’inculpation souvent utilisés pour museler les voix critiques en Algérie.

Mohamed Tadjadit, figure emblématique du mouvement citoyen, a été arrêté en juin 2023 après avoir dénoncé les conditions de détention dans les prisons algériennes. Selon Amnesty, son procès, comme celui des douze autres militants, s’est déroulé dans des conditions jugées « inéquitables » par les observateurs internationaux. Les audiences se sont tenues à huis clos, et les avocats de la défense ont été systématiquement empêchés d’accéder aux preuves présentées par l’accusation.

D’après le rapport d’Amnesty, les militants incarcérés subissent des pressions psychologiques et des restrictions de visite. Plusieurs d’entre eux souffriraient de problèmes de santé non pris en charge, comme l’a révélé l’avocat Me Mustapha Bouchachi, qui suit plusieurs dossiers. « Ces arrestations s’inscrivent dans une campagne plus large de répression contre les voix indépendantes, notamment depuis le Hirak », a-t-il déclaré à El Watan en octobre 2025.

La société civile algérienne, déjà fragilisée par les restrictions imposées depuis 2020, voit dans ces arrestations une tentative d’étouffer toute contestation. Des associations comme la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et le Rassemblement actions jeunesse (RAJ) ont multiplié les appels à la mobilisation, malgré les risques de représailles. « Nous continuons à documenter les cas de harcèlement judiciaire, mais nos moyens sont limités », confie un membre du RAJ sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement algérien, pour sa part, nie toute répression systématique. Le ministre de la Justice, Abderrachid Tabi, a affirmé en septembre 2025 que « l’Algérie respecte les droits de l’homme et applique la loi sans discrimination ». Pourtant, les rapports d’organisations comme Human Rights Watch et Reporters sans frontières (RSF) contredisent cette version. RSF a classé l’Algérie 146e sur 180 dans son dernier classement mondial de la liberté de la presse, publié en mai 2025.

Les familles des détenus ont organisé plusieurs sit-in devant le siège du ministère de la Justice à Alger, mais ces rassemblements ont été dispersés par les forces de l’ordre. « On nous interdit même de manifester pacifiquement », déplore la sœur d’un militant incarcéré, contactée par TSA. Elle ajoute que les autorités refusent de délivrer des autorisations pour les rassemblements, invoquant des « risques pour l’ordre public ».

Sur le plan international, la pression s’accentue. L’Union européenne a exprimé ses « préoccupations » lors du dernier dialogue UE-Algérie sur les droits de l’homme, en octobre 2025. Le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la libération des « prisonniers d’opinion », une qualification rejetée par les autorités algériennes. « L’Algérie ne reçoit pas de leçons de l’étranger », a rétorqué le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, lors d’une conférence de presse.

Pour les observateurs, la situation actuelle rappelle les vagues d’arrestations qui ont suivi le Hirak de 2019. « Le pouvoir utilise les mêmes méthodes : criminalisation de la dissidence et instrumentalisation de la justice », analyse un chercheur en sciences politiques à l’université d’Alger, qui préfère rester anonyme. Il souligne que ces arrestations interviennent dans un contexte de tensions économiques et sociales, marqué par une inflation persistante et un chômage des jeunes en hausse.

Malgré les risques, des collectifs de citoyens continuent de se mobiliser. Des pétitions circulent en ligne, et des artistes comme le rappeur Soolking ont relayé l’appel d’Amnesty sur les réseaux sociaux. « La solidarité reste notre seule arme », affirme un membre du collectif « Libérez nos détenus », qui organise des veillées devant les prisons.

Le prochain procès de Mohamed Tadjadit et de ses coaccusés est prévu pour janvier 2026. Les avocats de la défense espèrent une annulation des charges, mais les précédents judiciaires ne laissent guère de place à l’optimisme. En 2024, aucun des militants arrêtés dans le cadre de la répression post-Hirak n’a été libéré sans condamnation. « La machine judiciaire tourne à plein régime contre nous », conclut Me Bouchachi.

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