En janvier 2023, le Forum économique mondial (WEF) a classé l’Algérie parmi les pays « modèles » en matière de sécurité alimentaire. Cette reconnaissance internationale intervient dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques et des crises climatiques qui fragilisent les systèmes alimentaires mondiaux. Selon Algerie360, qui rapporte cette distinction, le pays a su mettre en place des mécanismes permettant de garantir un approvisionnement stable malgré les défis externes.
Une politique agricole renforcée depuis 2020
Les résultats sont visibles : en 2024, l’Algérie a produit 6,2 millions de tonnes de blé, couvrant près de 70 % de ses besoins, contre 50 % en 2019. Cette performance s’explique par l’extension des périmètres irrigués dans les wilayas de Sétif, Tiaret et Médéa, ainsi que par l’introduction de variétés de blé résistantes à la sécheresse. Le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, a souligné lors d’une conférence en décembre 2024 que « l’objectif est d’atteindre l’autosuffisance en blé d’ici 2027 ».
Stocks stratégiques et diversification des sources d'approvisionnement
Par ailleurs, l’Algérie a diversifié ses partenaires commerciaux pour réduire sa dépendance aux importations. En 2024, le pays a signé des accords avec la Russie, l’Inde et le Brésil pour l’achat de blé à des prix préférentiels. Le président Abdelmadjid Tebboune a insisté sur cette stratégie lors d’une visite à Moscou en octobre 2024, déclarant que « la diversification des sources d’approvisionnement est une priorité nationale ».
Résilience face aux chocs climatiques
Les wilayas de Biskra et Ouargla ont été désignées comme zones pilotes pour l’expérimentation de cultures résistantes à la sécheresse, comme le sorgho et le mil. Ces initiatives s’accompagnent de subventions pour les agriculteurs, avec des aides financières pouvant atteindre 80 % du coût des équipements d’irrigation.
Défis persistants et critiques internes
Par ailleurs, les petits agriculteurs dénoncent des difficultés d’accès aux financements et aux terres agricoles. Le Syndicat national des agriculteurs (SNA) a récemment alerté sur la concentration des terres entre les mains de grands groupes privés, au détriment des exploitations familiales. Le président du SNA, Mohamed Alioui, a déclaré en février 2025 que « sans une réforme agraire équitable, les inégalités dans le secteur risquent de s’aggraver ».
Une reconnaissance qui engage
L’enjeu est de taille : selon les projections de la FAO, la demande alimentaire en Afrique du Nord devrait augmenter de 60 % d’ici 2050. L’Algérie, avec ses ressources naturelles et ses réformes en cours, a les moyens de devenir un acteur clé de la sécurité alimentaire régionale. Mais pour y parvenir, elle devra concilier efficacité économique et justice sociale dans son modèle agricole.