L’Algérie mise sur sa diaspora entrepreneuriale

La stratégie de l’Algérie pour attirer les compétences et capitaux de sa diaspora se précise. Cette semaine, plusieurs initiatives ont révélé une volonté politique de reconnexion économique avec les Algériens établis à l’étranger, notamment en France. Abdelmalek Tacherift, ministre délégué chargé de la Communauté nationale à l’étranger, a rendu hommage aux entrepreneurs de la diaspora lors d’un événement officiel, tandis que des outils financiers comme Moneco émergent pour faciliter les transactions transfrontalières. Ces mesures s’inscrivent dans une dynamique qui pourrait transformer la contribution économique de la diaspora, estimée à plusieurs milliards de dollars par an.

Une reconnaissance officielle des talents expatriés

Abdelmalek Tacherift a souligné cette semaine l’importance des Algériens de l’étranger dans le développement national. « Les compétences et l’expérience de notre diaspora sont des atouts majeurs pour notre pays », a déclaré le ministre lors d’une cérémonie à Alger. Cette prise de parole intervient alors que les pouvoirs publics multiplient les canaux de dialogue avec les entrepreneurs expatriés. En 2025, le gouvernement a lancé un programme spécifique pour faciliter l’investissement des repatriés, notamment à travers des incubateurs régionaux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la diaspora algérienne en France représente plus de 1,5 million de personnes, dont une part significative de jeunes diplômés et d’entrepreneurs. Selon les estimations de la Banque d’Algérie, les transferts d’argent de la diaspora vers l’Algérie ont atteint 12 milliards de dollars en 2024, un montant qui dépasse les recettes pétrolières dans certains secteurs. Ces fonds, bien que vitaux pour les ménages, pourraient être mieux orientés vers des projets productifs si les mécanismes d’investissement étaient simplifiés.

Moneco ou l'innovation financière au service des entrepreneurs

Parmi les outils les plus prometteurs figure Moneco, une application qui permet aux membres de la diaspora d’ouvrir des comptes bancaires en euros et d’effectuer des transferts entre utilisateurs. Lancée récemment, cette plateforme répond à une demande forte des entrepreneurs expatriés qui souhaitent investir en Algérie sans passer par les circuits bancaires traditionnels, souvent lents et coûteux.

« Avec Moneco, nous supprimons les intermédiaires et réduisons les frais de transfert de 30 à 40% », explique un responsable de l’entreprise, contacté par We are Tech. Pour les entrepreneurs, cela signifie la possibilité de financer des projets en Algérie en temps réel, sans attendre les délais des banques classiques. Le service s’adresse particulièrement aux TPE et PME qui dépendent des apports de la diaspora pour leur trésorerie.

Cette innovation s’ajoute à d’autres initiatives comme les comptes en devises pour les non-résidents, autorisés par la Banque d’Algérie en 2023. Ces mesures visent à créer un écosystème financier attractif pour les Algériens de l’étranger, tout en sécurisant leurs investissements.

Les limites d'un modèle encore incomplet

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. Les procédures administratives pour créer une entreprise en Algérie restent complexes, même pour les bénéficiaires de programmes spécifiques. Les entrepreneurs de la diaspora doivent souvent faire face à des délais d’attente pour l’obtention de visas d’affaires ou la validation de leurs projets par les guichets uniques.

Un cas emblématique est celui de Mehdi Ghezzar, entrepreneur installé en France, qui a récemment évoqué la nécessité de créer un « lobby algérien à l’étranger » pour défendre les intérêts des investisseurs expatriés. Dans une interview à TSA, il a pointé du doigt les lourdeurs bureaucratiques qui freinent l’installation des startups portées par la diaspora. « Sans accompagnement, les talents préfèrent monter leurs entreprises en Europe plutôt qu’en Algérie », a-t-il souligné.

Les chiffres confirment cette tendance. Selon une étude de l’ANPT (Agence Nationale de Promotion du Commerce), seulement 15% des startups créées en Algérie en 2024 impliquaient des membres de la diaspora, un taux bien en deçà du potentiel réel. Les secteurs porteurs comme les technologies vertes, l’agroalimentaire ou les services digitaux restent sous-exploités faute de mécanismes d’incubation adaptés aux retours d’expérience internationaux.

L'exemple de MEET Africa 2 et les hubs régionaux

Le programme MEET Africa 2, soutenu par l’UE et l’AFD, illustre une autre approche : l’accompagnement des entrepreneurs repatriés. Ce dispositif, qui cible les Algériens souhaitant lancer des projets en Afrique, a déjà permis à 47 startups de bénéficier de financements et de mentorat en 2024. Parmi les lauréats, plusieurs projets concernent des innovations adaptées aux marchés locaux, comme des solutions de paiement mobile ou des plateformes logistiques.

À l’échelle nationale, des hubs d’excellence se développent pour attirer ces talents. SLB Algérie a récemment investi 500 000 dollars dans un hub à Ouargla, dédié aux startups des secteurs énergétiques et technologiques. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de décentralisation économique, visant à équilibrer le développement entre le nord et le sud du pays.

Pour les entrepreneurs, ces initiatives offrent une visibilité nouvelle. « Les hubs régionaux permettent de tester nos idées près des bassins de ressources, sans être limité à Alger ou Oran », explique un porteur de projet accompagné par MEET Africa. Ces structures combinent espaces de coworking, réseaux d’investisseurs locaux et partenariats avec les universités.

À retenir pour les entrepreneurs

La diaspora algérienne représente un levier économique sous-exploité avec 12 milliards de dollars de transferts annuels. Les outils comme Moneco ou les comptes en devises visent à faciliter les investissements directs. Les programmes MEET Africa et les hubs régionaux offrent des opportunités concrètes, mais les lourdeurs administratives restent un frein majeur.

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