L’Algérie accélère sa stratégie énergétique en plaçant l’hydrogène vert au cœur de ses priorités industrielles et géopolitiques. Selon un rapport publié récemment par Afrik, le pays se positionne comme un acteur clé de la transition énergétique en Méditerranée, avec des projets concrets et des partenariats européens en cours de finalisation. Cette orientation s’inscrit dans une volonté de diversifier son économie, traditionnellement dépendante des hydrocarbures, tout en répondant aux exigences climatiques de l’Union européenne.
Une feuille de route ambitieuse
Le ministère de l’Énergie et des Mines, en collaboration avec la Sonelgaz et la Sonatrach, a dévoilé en 2024 un plan national pour le développement de l’hydrogène vert. Ce plan prévoit la construction de plusieurs centrales solaires et éoliennes dédiées à la production d’électricité décarbonée, nécessaire pour alimenter les électrolyseurs. L’objectif est de produire 10 gigawatts d’hydrogène vert d’ici 2030, dont une partie sera exportée vers l’Europe via des pipelines existants ou en projet.
D’après Afrik, l’Algérie bénéficie d’un avantage géographique et climatique déterminant : un ensoleillement parmi les plus élevés au monde, avec une moyenne de 2 500 à 3 000 heures de soleil par an, et des zones désertiques propices à l’installation de parcs solaires. Le gouvernement a déjà identifié des sites dans le sud du pays, notamment à Adrar, Tamanrasset et Ouargla, pour accueillir les premières infrastructures.
Partenariats stratégiques avec l’Europe
L’Italie et l’Allemagne figurent parmi les principaux partenaires européens de l’Algérie dans ce domaine. En février 2025, le vice-Premier ministre italien, Antonio Tajani, a salué lors d’une visite à Alger les « progrès concrets » réalisés dans le cadre du partenariat énergétique entre les deux pays. Selon Algerie Patriotique, un accord a été signé pour la construction d’un pipeline sous-marin reliant l’Algérie à la Sicile, destiné au transport d’hydrogène vert. Ce projet, baptisé SouthH2 Corridor, s’inscrit dans le cadre du plan européen REPowerEU, qui vise à réduire la dépendance de l’UE aux énergies fossiles russes.
L’Allemagne, de son côté, a conclu en 2024 un protocole d’accord avec la Sonatrach pour financer des études de faisabilité sur la production et l’exportation d’hydrogène vert. Berlin a également proposé des transferts de technologie et des formations pour les ingénieurs algériens, afin de renforcer les capacités locales. Ces initiatives s’accompagnent de discussions sur des tarifs préférentiels pour l’hydrogène algérien, dans le but de le rendre compétitif face aux autres producteurs, comme le Maroc ou l’Arabie saoudite.
Défis techniques et économiques
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. La production d’hydrogène vert nécessite des investissements colossaux, estimés à plus de 20 milliards de dollars d’ici 2030. Selon des experts cités par Afrik, le coût actuel de production en Algérie reste élevé, autour de 3 à 5 dollars par kilogramme, contre 1,5 à 2 dollars pour l’hydrogène gris, produit à partir de gaz naturel. Pour rendre le projet viable, l’Algérie compte sur des subventions européennes et des mécanismes de financement climatique, comme le Fonds vert pour le climat.
Un autre défi concerne la disponibilité de l’eau, indispensable pour l’électrolyse. Le sud du pays, où se concentrent les projets, souffre déjà de pénuries chroniques. Le gouvernement a annoncé la construction de stations de dessalement d’eau de mer, mais ces infrastructures nécessitent des délais et des budgets supplémentaires. La Sonatrach a également évoqué la possibilité d’utiliser des eaux saumâtres, moins adaptées mais plus accessibles.
Impact sur l’emploi et la formation
Le développement de la filière hydrogène vert pourrait générer des milliers d’emplois en Algérie, notamment dans les secteurs de l’ingénierie, de la construction et de la maintenance. Selon le ministère du Travail, plus de 5 000 postes pourraient être créés d’ici 2027, avec un accent sur la formation professionnelle. Plusieurs universités algériennes, comme l’USTHB à Alger et l’Université des sciences et de la technologie d’Oran, ont lancé des masters spécialisés en énergies renouvelables et en hydrogène.
La Sonelgaz a également signé des partenariats avec des écoles d’ingénieurs françaises et allemandes pour des programmes d’échange et de double diplomation. Ces initiatives visent à former une main-d’œuvre qualifiée, capable de gérer les technologies de pointe nécessaires à la production d’hydrogène vert.
Enjeux géopolitiques
L’Algérie mise sur l’hydrogène vert pour renforcer son influence en Méditerranée et réduire sa dépendance aux exportations de gaz naturel. Avec la baisse progressive de la demande européenne en hydrocarbures, prévue d’ici 2040, le pays cherche à anticiper cette transition en se positionnant comme un fournisseur d’énergie propre. Selon un analyste cité par Afrik, cette stratégie pourrait permettre à l’Algérie de conserver son rôle de partenaire énergétique privilégié de l’UE, tout en diversifiant ses revenus.
Cependant, la concurrence est rude. Le Maroc, l’Égypte et la Mauritanie investissent également dans l’hydrogène vert, avec des projets soutenus par l’UE et les États-Unis. Pour se démarquer, l’Algérie mise sur sa proximité géographique avec l’Europe et ses infrastructures existantes, comme le gazoduc Medgaz, qui pourrait être adapté pour transporter de l’hydrogène.
Prochaines étapes
Le gouvernement algérien prévoit de lancer les premiers appels d’offres pour la construction de centrales solaires dédiées à l’hydrogène vert d’ici la fin de l’année. La Sonatrach et la Sonelgaz ont déjà identifié des zones prioritaires, comme le parc solaire de Hassi R’Mel, qui pourrait être converti pour alimenter des électrolyseurs. Parallèlement, des discussions sont en cours avec des entreprises européennes, comme Siemens Energy et Enel Green Power, pour des coentreprises locales.
Si ces projets aboutissent, l’Algérie pourrait devenir l’un des principaux fournisseurs d’hydrogène vert en Méditerranée d’ici 2030, avec des retombées économiques et technologiques majeures. Reste à savoir si le pays parviendra à surmonter les défis logistiques et financiers pour concrétiser cette ambition.