L’Algérie mise sur le gaz de schiste en 2025

Le gaz de schiste revient au cœur des débats énergétiques en Algérie. Cette semaine, les déclarations du président Abdelmadjid Tebboune ont relancé la question de l’exploitation du gaz non conventionnel, notamment dans le sud du pays. À In Salah, région productrice de gaz depuis des décennies, la colère s’exprime face aux projets envisagés. SONATRACH, l’opérateur historique, se retrouve au centre d’une polémique qui dépasse le cadre local pour toucher des enjeux économiques et environnementaux majeurs.

Le pari controversé des autorités

Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé récemment la volonté de l’État d’exploiter les ressources de gaz de schiste, malgré les oppositions. « L’Algérie doit exploiter toutes ses ressources énergétiques pour sécuriser son approvisionnement et exporter davantage », a-t-il déclaré lors d’une réunion gouvernementale en 2025. Cette position s’inscrit dans un contexte de tensions sur le marché du gaz en Europe, où l’Algérie cherche à renforcer sa position de fournisseur fiable.

SONATRACH, dirigé par Toufik Hakkar, a été chargé de mener les études techniques nécessaires. Les premières explorations ciblent principalement le bassin de Berkine, dans le sud-est du pays, où des réserves potentielles sont estimées à plusieurs centaines de milliards de mètres cubes. Selon des sources proches du dossier, les travaux préparatoires pourraient démarrer dès cette année, avec un budget initial de 2 milliards de dollars alloué par l’État.

La colère d'In Salah

Les habitants d’In Salah, ville emblématique de la production gazière algérienne, manifestent depuis des mois contre les projets d’exploitation du schiste. Les craintes portent sur l’impact environnemental, notamment la consommation d’eau dans une région déjà en stress hydrique. « On nous parle de développement, mais qui va payer le prix de la pollution ? » s’interroge un militant local, cité par El Watan.

Les associations écologistes, comme Touiza et Réseau associatif algérien pour la nature et le développement (RAAND), alertent sur les risques sismiques et la contamination des nappes phréatiques. À l’Assemblée populaire nationale, des députés ont demandé des garanties environnementales avant tout lancement de forages. « L’exploitation du schiste ne doit pas se faire au détriment des générations futures », a souligné une députée de la wilaya de Tamanrasset.

Enjeux économiques pour les entrepreneurs

Pour les entrepreneurs algériens, cette exploitation représente à la fois une opportunité et un risque. D’un côté, SONATRACH prévoit d’appels d’offres pour des sous-traitants locaux dans les domaines de la logistique, de la maintenance et des services techniques. Selon des chiffres officiels, le secteur pourrait générer 10 000 emplois directs et indirects d’ici 2027, avec un focus sur les PME des wilayas du Sud.

De l’autre, les contraintes environnementales pourraient freiner certains projets. Les normes internationales imposent désormais des évaluations d’impact rigoureuses, ce qui ralentit les procédures. Les entrepreneurs spécialisés dans les énergies renouvelables voient aussi une contradiction : « Pourquoi investir dans le solaire ou l’éolien si l’État mise sur le schiste ? » s’interroge un chef d’entreprise basé à Ouargla.

La diaspora face au dilemme

Pour la diaspora algérienne, notamment celle installée en Europe, cette stratégie divise. Certains ingénieurs et techniciens, formés à l’étranger, pourraient être sollicités pour former des équipes locales. « Il y a une expertise algérienne à valoriser, mais les conditions de travail et les risques sanitaires posent question », confie un ingénieur basé en France.

Les investisseurs de la diaspora, souvent actifs dans les énergies vertes, observent avec prudence. « L’Algérie a besoin d’une transition énergétique cohérente, pas de projets qui sacrifient l’avenir », estime un entrepreneur installé à Montréal. Les retombées économiques, si elles se concrétisent, pourraient cependant inciter certains à revenir ou à investir localement.

Le défi de la communication

SONATRACH a lancé une campagne d’information pour expliquer les bénéfices du projet aux populations locales. Des réunions publiques sont organisées dans les wilayas concernées, mais la méfiance reste forte. « Les promesses de développement se font attendre depuis des années », rappelle un ancien employé de l’entreprise.

Pour les entrepreneurs, cette période de transition offre une chance de se positionner sur des créneaux innovants, comme les technologies de fracturation propre ou la formation aux métiers verts. Les acteurs qui miseront sur la transparence et la durabilité pourraient tirer leur épingle du jeu.

À retenir pour les entrepreneurs
L’exploitation du gaz de schiste en Algérie ouvre des opportunités pour les PME locales dans les secteurs logistique et technique, avec un potentiel de 10 000 emplois d’ici 2027. Les contraintes environnementales et les résistances locales imposent une veille réglementaire stricte pour les investisseurs. Les entrepreneurs de la diaspora pourraient jouer un rôle clé dans la formation et l’innovation, à condition de s’adapter aux exigences du marché algérien.

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