La nouvelle stratégie de l’Agence Nationale de Gestion du Microcrédit (ANGEM) pour 2025 s’annonce comme un tournant pour les porteurs de projets en Algérie. Dans un contexte économique marqué par une demande accrue en emplois et une quête d’autonomie des jeunes, l’agence multiplie les dispositifs pour fluidifier l’accès aux financements et au mentorat. Réda Amrani, consultant en économie industrielle, souligne que ces mesures pourraient combler des lacunes structurelles dans le soutien à la création d’entreprise, notamment pour les moins de 35 ans et les femmes entrepreneures.
Cette semaine, l’ANGEM a dévoilé une enveloppe budgétaire de 120 milliards de dinars dédiée aux microcrédits, avec des taux d’intérêt subventionnés à 2 %. Le plafond des prêts a été relevé à 5 millions de dinars pour les projets productifs, contre 3 millions auparavant. Pour les entrepreneurs des wilayas enclavées, des bonus de 15 % sur les montants accordés sont prévus, visant à relancer l’activité dans des zones moins dynamiques comme Tamanrasset ou Béchar. Selon des sources internes à l’agence, plus de 15 000 dossiers ont déjà été pré-approuvés depuis le début de l’année, un record pour une période similaire.
Un accompagnement renforcé pour les jeunes et les femmes
L’une des priorités de cette campagne est l’inclusion des jeunes. Les moins de 35 ans bénéficieront d’un accompagnement gratuit pendant deux ans via des plateformes digitales développées avec le ministère de la Jeunesse et des Sports. Ces plateformes proposent des modules en arabe et en français sur la gestion financière, le marketing digital et la conformité légale. « Les jeunes manquent souvent de formation pratique, pas seulement de financement », explique Réda Amrani. « Ces outils pourraient réduire le taux d’échec des startups de 40 %, comme le montrent les retours des incubateurs à Alger et Oran. »
Pour les femmes entrepreneures, l’ANGEM a réservé 30 % des fonds alloués aux microcrédits. Une étude interne révèle que seulement 18 % des créatrices d’entreprise en Algérie ont accès à des prêts bancaires classiques, contre 65 % des hommes. Pour y remédier, l’agence a lancé des partenariats avec des associations féminines comme l’Association Nationale de Soutien aux Femmes Entrepreneures (ANSFE) pour simplifier les démarches administratives. À Constantine, une cellule dédiée a été ouverte dans les locaux de la wilaya pour accélérer les dossiers des porteuses de projets.
Des secteurs ciblés et des partenariats stratégiques
L’ANGEM cible désormais des filières porteuses comme les énergies renouvelables, l’agroalimentaire et les technologies numériques. Pour les projets solaires, un financement à 70 % est garanti par l’État, avec des délais d’instruction réduits à 30 jours. Dans l’agroalimentaire, les coopératives agricoles de wilayas comme Tizi Ouzou ou Sétif peuvent prétendre à des prêts sans garantie personnelle pour les montants inférieurs à 2 millions de dinars. « Ces secteurs ont un potentiel énorme, mais leur accès aux crédits reste un goulot d’étranglement », note Amrani. « L’ANGEM comble ici un vide laissé par les banques commerciales. »
Des accords ont été signés avec des incubateurs privés comme StartUp Your Life à Alger et IncuTech à Oran pour faciliter l’hébergement des porteurs de projets dans des espaces coworking subventionnés. Ces partenariats prévoient aussi des formations en levée de fonds et en pitch deck, des compétences encore rares chez les entrepreneurs algériens. En 2025, près de 500 projets ont déjà été incubés grâce à ces collaborations, selon les chiffres de l’incubateur StartUp Your Life.
Un défi de taille : la digitalisation des procédures
Malgré ces avancées, l’ANGEM doit encore surmonter un obstacle majeur : la lenteur des procédures en ligne. Selon un rapport de la Cour des Comptes publié en 2024, 60 % des demandes de microcrédit prennent plus de 90 jours à aboutir, en raison de retards dans la vérification des dossiers. Pour y remédier, l’agence a déployé un nouveau système de suivi en temps réel, accessible via l’application mobile « ANGEM Pro ». Les entrepreneurs peuvent désormais consulter l’état de leur dossier et recevoir des notifications automatiques. « La digitalisation est un levier, mais elle doit s’accompagner d’une simplification des règles », insiste Amrani.
Un autre point noir reste le taux de remboursement, qui s’élève à 72 % en moyenne. Les wilayas de Tlemcen et Annaba affichent les meilleurs scores, tandis que les régions du Sud comme Illizi ou Adrar peinent à atteindre 50 %. L’ANGEM a annoncé des mesures de relance pour ces zones, dont des prêts à taux zéro pour les projets de moins de 1 million de dinars, assortis d’un moratoire de 6 mois sur le remboursement.
Ce que cela change pour la diaspora algérienne
Les entrepreneurs de la diaspora voient aussi dans cette initiative une opportunité. Depuis 2023, les Algériens résidant à l’étranger peuvent bénéficier des microcrédits de l’ANGEM, à condition de créer une entreprise en Algérie et de s’engager à y résider au moins 6 mois par an. « C’est une première pour attirer les compétences et les capitaux de l’étranger », souligne un responsable du ministère des Affaires Étrangères. Plusieurs projets dans les énergies vertes et le tourisme ont déjà été financés via ce dispositif, notamment à Ghardaïa et Tlemcen.
Pour activer ce mécanisme, l’ANGEM a mis en place un guichet dédié à Paris, en collaboration avec l’ambassade d’Algérie en France. Les dossiers sont traités en priorité, avec un délai maximal de 45 jours. « La diaspora représente un vivier d’idées et de fonds, mais les freins administratifs les décourageaient souvent », explique Amrani. « Cette ouverture pourrait injecter des centaines de millions de dinars dans l’économie locale. »
À retenir pour les entrepreneurs
L’ANGEM alloue 120 milliards de dinars en 2025 pour les microcrédits, avec des taux à 2 % et des plafonds relevés à 5 millions de dinars. Les jeunes de moins de 35 ans et les femmes bénéficient de dispositifs prioritaires, incluant un accompagnement gratuit et des bonus financiers pour les wilayas enclavées. Les secteurs des énergies renouvelables et de l’agroalimentaire sont particulièrement ciblés, avec des partenariats pour accélérer les projets.
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