L’Algérie lance son plus grand complexe touristique The Heaven

Le groupe algérien Condor vient de dévoiler les premières images de The Heaven, présenté comme le plus grand complexe touristique jamais construit en Algérie. Situé à Sidi Fredj, à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, ce projet pharaonique s’étend sur 120 hectares et promet de redéfinir l’offre hôtelière et de loisirs du pays. Selon Visas & Voyages Algérie, qui a révélé les visuels en juin 2025, le complexe comprendra des hôtels cinq étoiles, des résidences de luxe, un parc aquatique, un centre de congrès et des espaces dédiés aux sports nautiques.

Un investissement estimé à plus de 1,5 milliard de dollars
Condor, connu jusqu’ici pour son activité dans l’électroménager et l’électronique, diversifie ses activités avec ce projet ambitieux. Le PDG du groupe, Karim Ouali, a déclaré lors d’une conférence de presse que The Heaven serait « un levier pour le tourisme national et une vitrine de l’expertise algérienne en matière d’infrastructures haut de gamme ». Le financement du projet repose en partie sur des partenariats publics-privés, avec l’implication de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) et de banques publiques comme la Banque extérieure d’Algérie (BEA).

Le complexe vise une clientèle internationale, avec des tarifs annoncés entre 30 000 et 100 000 dinars la nuit pour les suites les plus luxueuses. Les promoteurs misent sur une fréquentation mixte, combinant touristes étrangers, Algériens de la diaspora et hommes d’affaires. « Nous voulons attirer des visiteurs du Golfe, d’Europe et d’Afrique subsaharienne », a précisé Ouali, soulignant que le site bénéficiera d’une connexion directe à l’autoroute Alger-Oran et d’un accès privilégié à l’aéroport international Houari Boumediene.

Un projet dans un secteur en pleine mutation
The Heaven s’inscrit dans une dynamique plus large de relance du tourisme en Algérie. Depuis 2020, le gouvernement a multiplié les incitations pour attirer les investisseurs, comme la suppression des visas pour les ressortissants de plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, et la création de zones touristiques intégrées (ZTI). Le ministre du Tourisme, Yacine Hamadi, a récemment annoncé que le secteur représentait désormais 3 % du PIB, contre 1,5 % il y a cinq ans.

Cependant, le projet suscite des interrogations. Des experts soulignent les défis logistiques, notamment la saturation des infrastructures routières autour d’Alger et les retards récurrents dans les grands chantiers. « Sidi Fredj est déjà un pôle touristique, mais il manque des dessertes ferroviaires et des solutions de mobilité durable », explique un économiste algérien cité par El Watan. Par ailleurs, la concurrence régionale est forte : le Maroc et la Tunisie disposent déjà de complexes similaires, comme le Mazagan Beach Resort ou le Yasmine Hammamet, qui attirent une clientèle européenne depuis des années.

Des retombées économiques locales limitées ?
Autre sujet de débat : l’impact réel sur l’emploi et les PME locales. Condor promet la création de 5 000 emplois directs et indirects, mais certains observateurs craignent que les postes qualifiés ne soient réservés à des expatriés. « Les hôtels cinq étoiles en Algérie ont souvent recours à des managers étrangers pour les postes clés, ce qui limite les transferts de compétences », note un rapport de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) publié en 2024.

Pour répondre à ces critiques, Condor a signé des partenariats avec des écoles hôtelières algériennes, comme l’Institut national de formation en hôtellerie et tourisme (INFHT) d’Alger, pour former des jeunes aux métiers de l’hôtellerie de luxe. « Nous voulons que 80 % des emplois soient occupés par des Algériens », assure un responsable du groupe.

Un calendrier serré malgré les incertitudes
Les travaux, lancés en 2023, doivent s’achever d’ici fin 2026, avec une ouverture progressive des premières unités dès 2025. Le complexe sera construit en plusieurs phases, la première incluant deux hôtels de 300 chambres chacun, un centre de congrès de 2 000 places et un parc aquatique de 10 hectares. La deuxième phase prévoit des résidences haut de gamme et un golf de 18 trous.

Pour accélérer le chantier, Condor a fait appel à des entreprises turques et chinoises, spécialisées dans les grands projets touristiques. « Nous avons choisi des partenaires expérimentés pour respecter les délais », justifie Ouali, tout en précisant que 60 % des travaux seront réalisés par des entreprises algériennes.

Un symbole de la diversification économique ?
The Heaven intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le secteur du tourisme, bien que marginal dans l’économie nationale, est présenté comme un pilier de la diversification. Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs souligné lors d’un Conseil des ministres en 2024 que « le tourisme doit devenir une industrie à part entière, créatrice de richesses et d’emplois ».

Pourtant, les défis restent nombreux. L’Algérie peine à se positionner face à ses voisins maghrébins, qui bénéficient d’une image plus établie auprès des touristes européens. « Notre avantage, c’est notre stabilité politique et notre patrimoine naturel, mais il faut améliorer la qualité des services et la connectivité aérienne », estime un consultant en tourisme cité par TSA.

Une vitrine pour l’Algérie ?
Si The Heaven tient ses promesses, il pourrait devenir un symbole de la capacité de l’Algérie à réaliser des projets d’envergure. Mais son succès dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité des investissements, la formation des ressources humaines et la capacité à attirer une clientèle internationale. Pour l’instant, le projet reste une promesse ambitieuse, scrutée de près par les acteurs économiques et les citoyens.

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