L’Algérie a marqué un tournant dans sa stratégie technologique avec l’ouverture récente de l’événement « L’Algérie à l’ère de l’intelligence artificielle » à Alger. Présidé par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, et le ministre délégué chargé de l’Économie de la connaissance et des Start-up, Yacine Oualid, ce rassemblement a réuni chercheurs, entrepreneurs et décideurs autour d’un objectif clair : positionner le pays comme un acteur clé du numérique en Afrique et en Méditerranée.
Selon la Radio algérienne, qui a couvert l’événement, les débats ont porté sur l’intégration de l’IA dans des secteurs stratégiques comme la santé, l’agriculture et l’énergie. Les participants ont souligné la nécessité de former des compétences locales et de développer des infrastructures adaptées, notamment des centres de données et des laboratoires spécialisés. Le gouvernement algérien a d’ailleurs annoncé la création prochaine d’un institut national dédié à l’IA, en partenariat avec des universités et des entreprises technologiques.
Parmi les projets présentés, celui de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) a retenu l’attention. Son laboratoire d’informatique a dévoilé une plateforme d’IA pour la détection précoce des maladies chroniques, développée en collaboration avec des hôpitaux algériens. « Notre outil analyse des milliers de données médicales pour identifier des schémas invisibles à l’œil humain », explique le professeur Mohamed Amine Chikh, responsable du projet. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large, avec des applications similaires en cours dans les domaines de l’agriculture de précision et de la gestion des ressources hydriques.
Le secteur privé n’est pas en reste. Des start-up algériennes comme DeepMind Algérie et DataFlow ont présenté des solutions d’IA pour l’optimisation des chaînes logistiques et la cybersécurité. « L’Algérie dispose d’un vivier de talents en ingénierie, mais il faut accélérer la transition vers des projets concrets », affirme Samir Saïdani, PDG de DataFlow, cité par El Watan. Son entreprise, spécialisée dans l’analyse de données, collabore déjà avec des institutions publiques pour moderniser les systèmes de gestion administrative.
Les défis restent cependant nombreux. Les participants à l’événement ont pointé du doigt le manque de financements dédiés et la lenteur des procédures administratives. « Les projets d’IA nécessitent des investissements lourds et une stabilité réglementaire », souligne un chercheur de l’École nationale supérieure d’informatique (ESI), qui préfère garder l’anonymat. Pour y remédier, le gouvernement a promis des fonds supplémentaires via le Fonds national de la recherche scientifique et du développement technologique (FNRSDT), ainsi qu’un assouplissement des règles pour les partenariats public-privé.
À l’international, l’Algérie cherche à renforcer ses collaborations. Des accords ont été signés avec des institutions françaises et allemandes pour des échanges de chercheurs et des projets communs. « L’IA est un domaine où la coopération est indispensable, car les enjeux dépassent les frontières », déclare Yacine Oualid, cité par l’APS. Un partenariat avec l’Université de Munich est notamment en discussion pour la création d’un master en intelligence artificielle, avec une double diplomation.
Sur le plan économique, l’IA pourrait devenir un levier de diversification. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a évoqué des applications dans l’industrie pétrolière, où des algorithmes pourraient optimiser l’extraction et réduire les coûts. SONATRACH a d’ailleurs lancé un appel à projets pour des solutions d’IA dans ce secteur, avec un budget de 500 millions de dinars.
Les universités algériennes jouent un rôle central dans cette dynamique. L’USTHB, l’ESI et l’Université de Blida 1 ont annoncé la création de chaires dédiées à l’IA, avec des programmes de formation adaptés aux besoins du marché. « Nous devons former des ingénieurs capables de développer des solutions locales, pas seulement des utilisateurs de technologies étrangères », insiste le recteur de l’USTHB, Djamel Eddine Boubaya.
Enfin, l’événement a mis en lumière des initiatives citoyennes. Des associations comme AlgéroTech organisent des hackathons pour sensibiliser les jeunes à l’IA et les inciter à lancer des start-up. « L’objectif est de créer une communauté active, capable de porter des projets innovants », explique la présidente de l’association, Nadia Benslimane.
L’Algérie semble déterminée à ne pas rater le virage de l’intelligence artificielle. Si les défis persistent, les annonces récentes montrent une volonté politique et une mobilisation des acteurs locaux. Reste à transformer ces engagements en réalisations concrètes, pour que le pays ne se contente pas de suivre, mais devienne un acteur influent dans ce domaine.