L’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, finalisé en 2019 mais toujours en attente de ratification, représente un défi économique majeur pour l’Algérie et la Tunisie. Selon Maghreb Émergent, cet accord, qui vise à éliminer les droits de douane sur 90 % des échanges entre les deux blocs, menace directement les industries locales des deux pays maghrébins. Les secteurs les plus exposés sont l’agroalimentaire, l’automobile et les textiles, où la Tunisie et l’Algérie peinent déjà à rivaliser avec les géants sud-américains comme le Brésil ou l’Argentine.
Pour les entrepreneurs algériens, cet accord soulève deux enjeux principaux : la concurrence accrue sur les marchés européens et la pression sur les prix locaux. Les produits agricoles sud-américains, comme le soja ou la viande bovine, pourraient inonder le marché européen à des tarifs défiant toute concurrence. Résultat : les exportateurs algériens, déjà fragilisés par des coûts de production élevés, risquent de perdre des parts de marché. Maghreb Émergent souligne que les filières dattes et huile d’olive, deux piliers des exportations algériennes vers l’UE, pourraient être particulièrement touchées.
Du côté tunisien, la situation est encore plus critique. Le pays, dont l’économie dépend à 80 % des exportations vers l’Europe, voit dans cet accord une menace existentielle pour ses PME. Les industriels tunisiens, déjà confrontés à des pénuries de matières premières et à une inflation galopante, redoutent une déferlante de produits brésiliens ou argentins à bas prix. Selon Tuniscope, les taux d’intérêt élevés en Tunisie (parfois supérieurs à 10 % pour les crédits immobiliers) aggravent la vulnérabilité des entreprises locales, incapables d’investir pour moderniser leurs outils de production.
L’Algérie, de son côté, tente de se positionner comme un partenaire alternatif pour l’UE. Récemment, le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a multiplié les déclarations pour promouvoir les produits algériens, notamment dans les secteurs de l’énergie et des phosphates. La Sonatrach et l’Asmidal, deux fleurons nationaux, pourraient tirer leur épingle du jeu en misant sur des contrats à long terme avec l’Europe, notamment dans le gaz naturel et les engrais. Cependant, cette stratégie reste fragile : l’Algérie dépend encore largement des importations pour ses besoins en céréales et en produits manufacturés, deux secteurs où le Mercosur excelle.
Pour les entrepreneurs de la diaspora algérienne, cet accord représente à la fois un risque et une opportunité. Les investisseurs basés en Europe pourraient profiter de la baisse des droits de douane pour importer des matières premières à moindre coût, mais ils devront aussi faire face à une concurrence accrue sur les produits finis. Certains secteurs, comme les technologies vertes ou les énergies renouvelables, pourraient émerger comme des niches porteuses. Leconomiste Maghrebin cite l’exemple des start-up algériennes spécialisées dans le recyclage, qui pourraient trouver des débouchés en Europe grâce à des partenariats avec des entreprises sud-américaines.
À l’échelle régionale, l’Algérie et la Tunisie ont tout intérêt à renforcer leur coopération économique pour faire front commun. Récemment, des discussions ont été engagées pour harmoniser les tarifs douaniers et créer un marché maghrébin intégré, mais les progrès restent lents. Les entrepreneurs des deux pays pourraient mutualiser leurs efforts pour conquérir de nouveaux marchés, notamment en Afrique subsaharienne, où la demande en produits manufacturés et en services est en forte croissance.
À retenir pour les entrepreneurs
L’accord UE-Mercosur impose une adaptation rapide des entreprises algériennes, avec un recentrage sur les secteurs à haute valeur ajoutée comme l’énergie ou les technologies vertes. Les PME doivent anticiper une concurrence accrue sur les prix et explorer des partenariats régionaux pour compenser les pertes potentielles sur le marché européen. La diaspora peut jouer un rôle clé en facilitant les échanges avec l’UE et l’Amérique latine.
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