Algérie Tunisie relancent le câble électrique sous-marin

L’Algérie et la Tunisie étudient conjointement un projet de câble électrique sous-marin reliant les deux pays à l’Italie, selon des sources concordantes citées par Réalités Magazine. Ce projet, évoqué lors d’une réunion technique tenue récemment à Tunis, s’inscrit dans une stratégie régionale de renforcement des interconnexions énergétiques et de diversification des exportations.

Le câble, d’une capacité estimée à 1 000 mégawatts, traverserait la Méditerranée sur environ 300 kilomètres, reliant Annaba en Algérie à la Sicile en Italie, avec un point d’ancrage en Tunisie. Son coût, non encore officialisé, pourrait dépasser les 500 millions de dollars, financés en partie par des fonds européens et des investisseurs privés. La Société algérienne de l’électricité et du gaz (SONELGAZ) et son homologue tunisienne, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), seraient chargées de la mise en œuvre technique.

Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives similaires en Méditerranée, comme le câble Elmed entre la Tunisie et l’Italie, déjà en construction. Pour l’Algérie, il représente une opportunité de valoriser ses excédents gaziers et électriques, notamment ceux produits par les centrales solaires de Hassi R’Mel et de Ouargla. Selon un responsable de SONELGAZ cité par l’Agence presse service (APS), ce câble permettrait d’exporter jusqu’à 8 térawattheures par an vers l’Europe, générant des revenus supplémentaires estimés à 300 millions de dollars annuels.

La Tunisie, de son côté, y voit un moyen de sécuriser son approvisionnement énergétique et de devenir un hub régional. Le ministre tunisien de l’Énergie, Nizar Ben Néji, a déclaré lors d’une conférence de presse que ce projet renforcerait « la résilience du réseau électrique maghrébin et ouvrirait des perspectives pour des partenariats industriels avec l’Europe ». La STEG a déjà lancé des études de faisabilité technique, en collaboration avec des experts italiens de Terna, l’opérateur du réseau électrique italien.

Les défis restent cependant nombreux. La question du financement, notamment, n’est pas encore tranchée. L’Union européenne (UE) a exprimé son intérêt pour le projet, mais aucune enveloppe budgétaire n’a été officiellement allouée. Par ailleurs, les tensions géopolitiques en Méditerranée, notamment autour des gisements gaziers en Libye, pourraient compliquer les négociations. Un diplomate algérien, sous couvert d’anonymat, a confié à TSA que « les discussions avec l’Italie avancent, mais les garanties sur les tarifs d’exportation et les droits de transit tunisiens restent des points de blocage ».

Sur le plan technique, le câble devra traverser des zones sismiques actives, comme le détroit de Sicile, ce qui impose des normes de sécurité renforcées. Les ingénieurs de SONELGAZ et de la STEG travaillent actuellement sur des simulations pour évaluer les risques de rupture et les solutions de contournement. Un rapport préliminaire, consulté par El Watan, souligne que « les technologies de câbles sous-marins ont progressé, mais les coûts de maintenance en cas d’avarie restent élevés ».

Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération énergétique entre l’Algérie et la Tunisie. En 2023, les deux pays ont signé un accord pour doubler la capacité d’interconnexion électrique entre leurs réseaux, passant de 500 à 1 000 mégawatts. Cette initiative avait permis à la Tunisie d’importer de l’électricité algérienne lors des pics de consommation estivaux, évitant des coupures massives. Selon les données de la STEG, ces échanges ont représenté près de 15 % de la consommation tunisienne pendant l’été 2024.

Pour l’Algérie, ce câble sous-marin s’ajoute à d’autres projets d’exportation d’énergie vers l’Europe, comme le gazoduc Galsi, toujours en suspens, ou les discussions en cours avec l’Espagne pour augmenter les livraisons de gaz. Le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, a récemment déclaré que « l’Algérie mise sur une diversification de ses débouchés énergétiques, avec une priorité accordée aux partenariats avec l’Afrique et l’Europe ». Le câble vers l’Italie s’inscrit dans cette vision, tout en renforçant les liens avec la Tunisie.

Les retombées économiques pour les deux pays pourraient être significatives. En Algérie, le projet créerait des emplois dans les secteurs de la construction et de la maintenance, tandis qu’en Tunisie, il stimulerait les investissements dans les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, pour alimenter le réseau. Un économiste tunisien, cité par Kapitalis, estime que « ce câble pourrait attirer des industries énergivores, comme les data centers ou les usines de dessalement, en quête d’une électricité compétitive ».

Les prochaines étapes du projet dépendront des résultats des études de faisabilité, attendues d’ici la fin de l’année. Si les conclusions sont favorables, les appels d’offres pour la construction du câble pourraient être lancés en 2027, avec une mise en service prévue à l’horizon 2030. En attendant, les gouvernements algérien et tunisien multiplient les rencontres bilatérales pour finaliser les aspects juridiques et financiers.

Ce projet illustre une volonté commune de dépasser les clivages politiques pour miser sur des infrastructures stratégiques. Comme l’a souligné un analyste du Centre africain de recherche sur les politiques énergétiques (CARPE), « l’Algérie et la Tunisie montrent que la coopération maghrébine peut avancer malgré les tensions régionales, à condition de se concentrer sur des intérêts économiques partagés ». Reste à savoir si cette dynamique résistera aux aléas géopolitiques et aux pressions extérieures.

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