L’Algérie élimine le trachome selon l’OMS

L’Algérie a franchi une étape sanitaire décisive en devenant le deuxième pays africain à éliminer le trachome, une maladie infectieuse cécitante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé cette éradication en avril 2026, saluant les efforts conjugués du ministère de la Santé et des acteurs locaux. Cette victoire place l’Algérie aux côtés du Maroc, premier pays du continent à avoir atteint cet objectif en 2016.

Le trachome, causé par la bactérie Chlamydia trachomatis, se transmet par contact direct avec des sécrétions oculaires ou nasales, souvent dans des environnements où l’hygiène est précaire. La maladie progresse en plusieurs stades, pouvant mener à une cécité irréversible si elle n’est pas traitée. Selon l’OMS, elle touchait encore 1,9 million de personnes dans le monde en 2022, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

En Algérie, la lutte contre le trachome a débuté dans les années 1980, avec des campagnes de dépistage ciblant les wilayas du Sud, où les conditions climatiques et socio-économiques favorisaient sa propagation. Le programme national, baptisé « Stratégie SAFE » (pour Surgery, Antibiotics, Facial cleanliness, Environmental improvement), a combiné plusieurs approches : interventions chirurgicales pour les cas avancés, distribution massive d’antibiotiques (azithromycine), promotion de l’hygiène faciale et amélioration de l’accès à l’eau potable.

D’après le Dr Amine Benali, directeur de la prévention au ministère de la Santé, « la clé du succès réside dans la mobilisation des communautés locales ». Les agents de santé, formés pour repérer les symptômes précoces, ont sillonné les zones rurales et les écoles, où les enfants représentent un groupe à haut risque. Les campagnes de sensibilisation, menées en partenariat avec des associations comme l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA), ont permis de briser les tabous autour de la maladie.

L’OMS a validé l’élimination du trachome après une évaluation rigoureuse, basée sur des critères stricts : une prévalence de moins de 5 % chez les enfants de 1 à 9 ans, et moins d’un cas de trichiasis (stade avancé) pour 1 000 habitants. Les données algériennes, collectées entre 2022 et 2025, ont confirmé que ces seuils étaient largement respectés. « C’est le résultat de décennies de travail acharné, mais aussi d’une volonté politique constante », a déclaré le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, lors d’une conférence de presse organisée à Alger.

Cette réussite s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement du système de santé algérien. En 2024, l’Algérie a lancé un plan quinquennal pour moderniser ses infrastructures médicales, avec un budget de 1 200 milliards de dinars. Le pays a également étendu la couverture sanitaire universelle, permettant à 90 % de la population d’accéder gratuitement aux soins de base. « L’élimination du trachome prouve que l’Algérie est capable de relever des défis sanitaires complexes », souligne le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Pourtant, des défis persistent. Le trachome reste endémique dans certaines régions frontalières, comme Tindouf ou Djanet, où les populations nomades et les réfugiés sahraouis compliquent les campagnes de dépistage. Le ministère de la Santé a annoncé le maintien de programmes de surveillance active dans ces zones, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). « Nous ne pouvons pas baisser la garde, car la maladie peut resurgir si les conditions d’hygiène se dégradent », avertit le Dr Benali.

L’expérience algérienne sert désormais de modèle pour d’autres pays africains. En Éthiopie et au Soudan, où le trachome touche encore des millions de personnes, des délégations sanitaires ont été reçues à Alger pour étudier les méthodes locales. « L’Algérie a montré que l’élimination est possible, même dans des contextes difficiles », estime le Dr Anthony Solomon, responsable du programme mondial de lutte contre le trachome à l’OMS.

Cette victoire sanitaire s’accompagne d’une reconnaissance internationale. En mai 2026, l’Algérie a reçu le prix « Héros de la santé publique » lors de l’Assemblée mondiale de la santé à Genève, récompensant ses avancées dans la lutte contre les maladies tropicales négligées. Pour le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, ce succès doit inspirer d’autres combats : « Après le trachome, notre prochain objectif est l’élimination de l’hépatite C d’ici 2030, conformément aux engagements pris devant l’OMS. »

Sur le terrain, les bénéficiaires des programmes de santé saluent cette avancée. À Adrar, où le trachome était encore endémique il y a dix ans, Fatima, une mère de famille, témoigne : « Avant, on voyait des enfants avec des yeux rouges et des paupières qui saignaient. Aujourd’hui, grâce aux médicaments gratuits et aux visites des infirmières, plus personne ne souffre de ça. » Dans les écoles de la wilaya, les enseignants intègrent désormais des leçons sur l’hygiène oculaire, une pratique qui devrait perdurer pour éviter toute résurgence.

L’élimination du trachome en Algérie rappelle que les maladies infectieuses ne sont pas une fatalité. Elle démontre aussi l’importance des partenariats entre l’État, les organisations internationales et la société civile. Alors que le pays se prépare à célébrer le 65e anniversaire de son indépendance, cette réussite sanitaire offre une nouvelle raison de croire en un système de santé plus résilient et plus inclusif.

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