La récente adoption d’une résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la question du Sahara occidental a ravivé les tensions entre l’Algérie et le Maroc. Selon des sources diplomatiques citées par Atalayar, ce texte, approuvé en novembre 2025, est perçu par Rabat comme une victoire stratégique, tandis qu’Alger y voit une manœuvre contraire au droit international.
Le ministère des Affaires étrangères algérien a réagi par un communiqué officiel, diffusé par l’Agence presse service (APS), qualifiant la résolution de « partiale » et de « non conforme aux principes d’autodétermination ». Le document souligne que l’Algérie « réaffirme son soutien indéfectible au droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même », en référence à la position historique d’Alger en faveur du Front Polisario. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré lors d’une conférence de presse que « l’Algérie ne reconnaîtra aucune solution qui ne respecte pas la volonté du peuple sahraoui ».
De son côté, le Maroc a salué la résolution comme une « reconnaissance implicite » de son plan d’autonomie pour le Sahara, présenté en 2007. Le roi Mohammed VI a évoqué, dans un discours diffusé par la MAP (Maghreb Arabe Presse), une « avancée décisive » vers une solution « réaliste et durable ». Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a accusé l’Algérie d’être « le principal obstacle à une résolution pacifique », l’accusant de financer et d’armer le Polisario.
Les observateurs notent que cette escalade verbale s’inscrit dans un contexte plus large de rivalité régionale. Le Maroc a renforcé ses alliances diplomatiques ces dernières années, obtenant la reconnaissance de plusieurs pays, dont les États-Unis en 2020, de sa souveraineté sur le Sahara. L’Algérie, quant à elle, a intensifié ses efforts pour contrer cette dynamique, notamment en organisant des visites officielles de responsables sahraouis à Alger et en multipliant les déclarations de soutien au Polisario.
Sur le terrain, la situation reste tendue. Le cessez-le-feu de 1991, déjà fragilisé par des incidents répétés depuis 2020, n’est plus respecté. Les Nations unies, par la voix de leur secrétaire général, Antonio Guterres, ont appelé à « éviter toute action susceptible d’aggraver les tensions ». Cependant, ni l’Algérie ni le Maroc ne semblent prêts à faire des concessions.
Les conséquences économiques de ce conflit ne sont pas négligeables. Les deux pays ont engagé des dépenses militaires importantes, détournant des ressources qui pourraient être allouées au développement. Selon un rapport de La Nouvelle Tribune, le « duel sans fin » entre Alger et Rabat coûte des milliards de dollars chaque année, affectant les investissements dans des secteurs clés comme les infrastructures ou l’éducation.
Sur le plan international, l’Algérie cherche à mobiliser des soutiens, notamment en Afrique et auprès des pays non alignés. Le président Abdelmadjid Tebboune a effectué plusieurs tournées diplomatiques en 2024 et 2025, visant à rallier des États à la cause sahraouie. Le Maroc, de son côté, mise sur son intégration économique, comme en témoigne son adhésion à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 2024, malgré les réticences de certains membres.
La question du Sahara reste un sujet sensible pour les populations des deux pays. En Algérie, les médias d’État mettent régulièrement en avant les souffrances des réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf, tandis qu’au Maroc, les médias proches du pouvoir insistent sur la « marocanité » du Sahara et les réalisations économiques dans les provinces du Sud.
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Le Conseil de sécurité doit renouveler le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) en octobre 2026. L’Algérie et le Maroc ont déjà commencé à préparer leurs arguments, chacun espérant influencer les membres permanents du Conseil. Pour l’instant, aucune médiation ne semble en mesure de rapprocher les deux positions, laissant planer le risque d’une nouvelle escalade.