Human Rights Watch (HRW) a publié récemment un rapport accablant sur le traitement des migrants en Mauritanie, pointant des « graves violations des droits humains ». L’organisation internationale, citée par InfoMigrants, documente des cas de détentions arbitraires, de tortures et de conditions de vie inhumaines dans les centres de rétention mauritaniens. Ces accusations interviennent dans un contexte régional marqué par une intensification des flux migratoires vers l’Europe via le Maghreb.
Des témoignages glaçants
La Mauritanie, pays de transit vers le Maroc et l’Algérie, est devenue ces dernières années une plaque tournante de la migration irrégulière. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 25 000 migrants ont traversé le territoire mauritanien en 2024, un chiffre en hausse de 40 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation s’explique en partie par le durcissement des contrôles en Libye et en Tunisie, poussant les candidats à l’exil vers des routes alternatives.
L'Algérie en première ligne
Cette situation place Alger dans une position délicate. D’un côté, le pays doit gérer les pressions européennes, notamment de l’Union européenne (UE), qui finance en partie les opérations de contrôle aux frontières. De l’autre, l’Algérie cherche à maintenir de bonnes relations avec ses voisins africains, tout en évitant une crise humanitaire sur son sol. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a récemment déclaré que l’Algérie « ne peut pas être le gendarme de l’Europe », tout en réaffirmant son engagement à lutter contre les réseaux de passeurs.
Une coopération régionale en question
Pourtant, des initiatives existent. En 2023, l’Algérie a lancé un programme de formation pour les garde-frontières mauritaniens, financé par l’UE. Mais selon un rapport du think tank algérien CARE, ces formations se concentrent davantage sur le contrôle des frontières que sur la protection des droits des migrants. « Il y a un déséquilibre flagrant entre les moyens alloués à la répression et ceux consacrés à l’aide humanitaire », souligne un chercheur du CARE, sous couvert d’anonymat.
Réactions internationales et pression sur Nouakchott
Pourtant, des signes de tension persistent. En avril 2025, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant les « violations systématiques des droits des migrants en Mauritanie ». Cette résolution, bien que symbolique, pourrait avoir des répercussions sur les aides financières accordées par Bruxelles à Nouakchott. La Mauritanie est en effet l’un des principaux bénéficiaires du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, qui vise à lutter contre les causes profondes de la migration.
Quelles solutions pour l'Algérie ?
Cependant, les défis restent immenses. Les réseaux de passeurs, souvent liés à des groupes criminels transnationaux, continuent de prospérer. Selon un rapport de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), plus de 300 réseaux ont été démantelés en Algérie en 2024, mais leur capacité d’adaptation rend la lutte complexe. « Les trafiquants utilisent désormais des routes plus dangereuses, comme le désert du Tanezrouft, pour éviter les contrôles », explique un officier de la Gendarmerie nationale.
Un enjeu géopolitique majeur
Pourtant, Alger refuse de se laisser dicter sa politique migratoire. Le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé à plusieurs reprises que l’Algérie « ne sera pas un sous-traitant de l’Europe ». Cette position, bien que populaire auprès de la population, complique les négociations avec Bruxelles. « L’Algérie veut être un partenaire, pas un exécutant », résume un diplomate européen en poste à Alger.
Vers une approche plus humaine ?
L’Algérie, qui n’a pas signé cette convention, argue que sa législation nationale offre déjà des protections suffisantes. Pourtant, les associations locales dénoncent régulièrement les expulsions collectives et les conditions de détention dans les centres de rétention. « Les migrants sont souvent traités comme des criminels, alors qu’ils fuient la guerre ou la misère », déplore un militant associatif à Tamanrasset.
Un défi pour les années à venir
Les prochains mois seront décisifs. Le sommet de l’UA prévu en juillet 2025 à Addis-Abeba pourrait être l’occasion d’aborder cette question de manière collective. En attendant, les migrants continuent de traverser le désert, au péril de leur vie, dans l’espoir d’un avenir meilleur.