La BID finance 36 millions d’euros pour l’emploi mauritanien

La Banque islamique de développement (BID) et le gouvernement mauritanien ont signé récemment un accord de financement de 36 millions d’euros destiné à renforcer la formation professionnelle et l’insertion des jeunes. Selon الوكالة الموريتانية للأنباء, ce partenariat vise à moderniser les centres de formation et à adapter les programmes aux besoins du marché du travail local. Bien que l’accord concerne directement la Mauritanie, ses implications pourraient inspirer des réflexions similaires en Algérie, où le chômage des jeunes et le déficit de compétences techniques restent des défis persistants.

Un projet ciblé sur les métiers porteurs
Le financement de la BID se concentre sur plusieurs axes prioritaires. D’abord, la rénovation et l’équipement de centres de formation professionnelle dans des secteurs clés comme l’artisanat, l’agriculture et les technologies de l’information. Ensuite, la mise en place de programmes de formation alignés sur les exigences des employeurs, avec une attention particulière portée aux métiers manuels et aux compétences numériques. Enfin, le projet inclut un volet d’accompagnement à l’entrepreneuriat, notamment pour les jeunes diplômés souhaitant créer leur propre activité.

En Mauritanie, où le taux de chômage des jeunes dépasse les 20 %, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de la précarité économique. Les autorités misent sur la formation professionnelle comme levier pour absorber une partie des 30 000 nouveaux demandeurs d’emploi qui arrivent chaque année sur le marché du travail. La BID, pour sa part, souligne que ce type de projet s’aligne sur ses objectifs de développement humain et de stabilité socio-économique dans les pays membres.

Des leçons pour l’Algérie ?
L’Algérie, confrontée à des enjeux comparables, pourrait tirer des enseignements de cette approche. Le pays compte environ 1,5 million de chômeurs, dont une majorité de jeunes, selon les dernières données de l’Office national des statistiques (ONS). Les secteurs de l’artisanat, comme le tissage et la poterie, offrent des opportunités d’emploi non négligeables, mais souffrent souvent d’un manque de structuration et de modernisation. Par exemple, les ateliers de tapis traditionnels, bien que porteurs d’un savoir-faire ancestral, peinent à attirer les jeunes en raison de conditions de travail précaires et d’un accès limité aux marchés.

Un modèle de partenariat public-privé pourrait être envisagé en Algérie, à l’image de l’accord mauritanien. La BID, qui a déjà financé des projets dans le pays, comme la modernisation du secteur agricole ou le développement des énergies renouvelables, pourrait jouer un rôle similaire dans la formation professionnelle. Une collaboration avec des institutions locales, telles que l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) ou les chambres de l’artisanat, permettrait de cibler des filières porteuses, comme le textile ou la menuiserie, où la demande en main-d’œuvre qualifiée reste élevée.

Les défis de la formation adaptée
L’un des principaux obstacles en Algérie réside dans le décalage entre les formations proposées et les besoins réels des entreprises. Les centres de formation professionnelle, souvent sous-financés, peinent à offrir des équipements modernes et des programmes actualisés. Par ailleurs, les jeunes diplômés se tournent davantage vers les emplois publics, perçus comme plus stables, plutôt que vers les métiers manuels ou l’entrepreneuriat. Ce phénomène aggrave les pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs comme le BTP ou l’artisanat, où les compétences locales sont pourtant recherchées.

La Mauritanie a choisi de miser sur des partenariats avec le secteur privé pour garantir l’employabilité des jeunes formés. En Algérie, des initiatives similaires existent, comme le programme « Ansej » pour l’auto-emploi, mais leur impact reste limité en raison d’un manque de suivi et de financements insuffisants. Une approche plus intégrée, combinant formation, accompagnement et accès au crédit, pourrait améliorer les résultats. Par exemple, des ateliers de tissage pourraient bénéficier de formations en gestion et en marketing pour mieux commercialiser leurs produits, tant sur le marché local qu’à l’export.

Un enjeu régional
Au-delà des frontières nationales, ce type de projet illustre une tendance régionale où les institutions financières internationales, comme la BID ou la Banque africaine de développement (BAD), jouent un rôle croissant dans le financement de la formation professionnelle. Pour l’Algérie, s’inspirer de ces modèles pourrait permettre de diversifier ses sources de financement et d’accélérer la modernisation de son système éducatif. Le pays dispose déjà d’un potentiel important, notamment dans l’artisanat, où des produits comme les tapis de Tlemcen ou les poteries de M’Sila jouissent d’une renommée internationale.

Cependant, pour que ces secteurs deviennent de véritables moteurs d’emploi, une approche plus proactive est nécessaire. Cela passe par une meilleure coordination entre les ministères concernés (Formation professionnelle, Artisanat, Commerce), mais aussi par une implication accrue des acteurs privés. Les entreprises algériennes, en particulier dans le textile ou l’agroalimentaire, pourraient être incitées à participer à la conception des programmes de formation, comme c’est le cas en Mauritanie.

En conclusion, l’accord signé entre la Mauritanie et la BID rappelle que la formation professionnelle est un levier essentiel pour lutter contre le chômage des jeunes. Pour l’Algérie, ce projet offre une occasion de repenser ses propres stratégies, en s’appuyant sur des partenariats innovants et une meilleure adéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché. Si les défis restent nombreux, les opportunités le sont tout autant, à condition de les saisir avec pragmatisme et détermination.

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