Les inscriptions pour l’année universitaire 2024-2025 ont débuté en Algérie, marquant une étape cruciale pour des centaines de milliers de bacheliers. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS), près de 600 000 nouveaux étudiants sont attendus dans les universités et centres universitaires du pays. Les procédures, entièrement dématérialisées depuis 2020, se déroulent via la plateforme nationale Progres, mais des ajustements récents visent à simplifier l’accès et à réduire les erreurs d’orientation.
Une plateforme unique, des défis persistants
La plateforme Progres reste le seul canal pour les inscriptions, avec une phase de préinscription ouverte jusqu’à fin juillet. Les bacheliers doivent y saisir leurs vœux d’orientation, classés par ordre de préférence, en fonction de leur moyenne au baccalauréat et des filières disponibles. D’après le MESRS, 95 % des places sont attribuées selon ce système automatisé, tandis que 5 % sont réservées aux cas particuliers (sportifs de haut niveau, étudiants en situation de handicap, etc.).
Cependant, des dysfonctionnements ont été signalés dès les premiers jours. Des parents et étudiants ont rapporté à El Watan des lenteurs sur le site, des erreurs de saisie des notes, ou des difficultés à accéder aux filières demandées. Le ministère a réagi en annonçant une « cellule de crise » pour traiter les réclamations, avec un numéro vert (300) dédié. « Nous avons renforcé les serveurs et formé des équipes pour accompagner les candidats en difficulté », a déclaré le ministre Kamel Baddari lors d’une conférence de presse le 18 juillet.
Nouveautés 2024 : filières prioritaires et quotas régionaux
Cette année, le MESRS a introduit des mesures pour mieux répartir les étudiants sur le territoire. Un quota de 30 % des places dans les filières saturées (médecine, pharmacie, informatique) est désormais réservé aux bacheliers des wilayas sous-représentées, comme Tindouf, Illizi ou Tamanrasset. « L’objectif est de réduire les déséquilibres entre le nord et le sud du pays », explique un responsable du ministère cité par l’APS.
Autre changement : l’ouverture de nouvelles filières professionnalisantes, en partenariat avec des entreprises publiques. À l’Université de Blida 1, une licence en « maintenance industrielle » a été lancée avec la SONATRACH, tandis que l’Université d’Oran 2 propose un master en « énergies renouvelables » en collaboration avec Sonelgaz. « Ces formations répondent aux besoins du marché du travail et offrent des débouchés concrets », souligne un communiqué du MESRS.
Les bacheliers face au casse-tête des choix
Malgré ces efforts, le système reste complexe pour les étudiants. « Beaucoup ne savent pas comment classer leurs vœux et se retrouvent dans des filières qui ne les intéressent pas », confie Amina, une bachelière en sciences expérimentales à Alger. Pour les guider, le ministère a publié un guide détaillé sur son site, avec des exemples de parcours selon les séries du bac (maths, sciences, lettres, etc.).
Les filières les plus demandées restent la médecine, l’informatique et les sciences économiques, avec des moyennes d’admission dépassant souvent 16/20. À l’inverse, les filières techniques ou littéraires peinent à attirer les candidats. « Nous avons 2 000 places en licence de langues étrangères à l’Université d’Alger 2, mais seulement 800 candidats cette année », déplore un enseignant interrogé par Liberté.
Logement et bourses : des solutions en demi-teinte
Le logement étudiant reste un sujet sensible. Avec plus de 1,5 million d’étudiants inscrits en 2023, les cités universitaires ne couvrent que 30 % des besoins, selon un rapport du MESRS. Pour 2024-2025, le ministère promet 20 000 nouvelles places, mais les délais de construction sont souvent dépassés. À Constantine, la cité universitaire de Zouaghi, prévue pour 2022, n’est toujours pas opérationnelle.
Côté bourses, le montant reste inchangé depuis 2021 : 3 000 DA par mois pour les étudiants non logés, 6 000 DA pour ceux en cité universitaire. « C’est insuffisant pour couvrir les frais de transport et de nourriture, surtout avec l’inflation », estime un étudiant de l’Université de Tlemcen. Le ministère a annoncé une « réévaluation » des montants, sans préciser de date.
Un système en transition
L’Algérie mise sur la digitalisation pour moderniser son enseignement supérieur. Depuis 2023, les étudiants peuvent suivre des cours en ligne via la plateforme E-learning, et le MESRS prévoit d’étendre les MOOC (cours en ligne ouverts) à toutes les universités d’ici 2026. « L’objectif est de rendre l’université plus accessible, y compris pour les étudiants des zones rurales », explique un responsable du ministère.
Pourtant, des défis structurels persistent. Le taux d’encadrement reste faible : un enseignant pour 40 étudiants en moyenne, contre 1 pour 20 dans les pays de l’OCDE. Les laboratoires et équipements manquent dans certaines universités, comme à Béjaïa ou à Sétif, où des étudiants ont manifesté en 2023 pour réclamer de meilleures conditions.
Prochaines étapes
Les résultats définitifs des affectations seront publiés début septembre, après une phase de réclamation pour les candidats non satisfaits. Les inscriptions administratives dans les universités auront lieu entre le 15 et le 30 septembre, avec une rentrée prévue pour le 1er octobre.
Pour les bacheliers, le message du ministère est clair : « Vérifiez vos vœux, suivez les consignes sur Progres, et contactez les cellules d’aide en cas de problème. » Une campagne de sensibilisation est également lancée sur les réseaux sociaux, avec des vidéos explicatives et des lives avec des responsables du MESRS.
Dans un pays où l’enseignement supérieur est un ascenseur social pour des millions de familles, les inscriptions 2024-2025 s’annoncent comme un test pour la capacité du système à s’adapter aux attentes des jeunes Algériens.