Banque d’Algérie limite le cash pour les comptes commerciaux

La Banque d’Algérie a récemment renforcé ses directives pour encadrer l’alimentation des comptes bancaires des entreprises, en privilégiant les transactions scripturales au détriment des dépôts en espèces. Selon El Watan, cette mesure vise à réduire l’utilisation du cash dans les opérations commerciales, ne l’autorisant qu’à titre exceptionnel. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du système financier et de lutte contre l’économie informelle.

Un cadre strict pour les entreprises
D’après les nouvelles instructions, les banques algériennes doivent désormais exiger des justificatifs détaillés pour tout dépôt en espèces sur un compte commercial. Les entreprises doivent prouver l’origine des fonds et leur lien avec une activité légale. Cette procédure s’applique aussi bien aux petites qu’aux grandes structures, avec des contrôles renforcés pour les montants élevés. La Banque d’Algérie a précisé que les établissements bancaires qui ne respecteraient pas ces règles s’exposeraient à des sanctions.

Les commerçants et les PME sont directement concernés par cette mesure. Pour beaucoup, le cash reste un moyen de paiement courant, notamment dans les secteurs du commerce de détail et des services. Cependant, la Banque d’Algérie encourage désormais le recours aux virements, aux chèques et aux paiements électroniques. Une transition qui, selon les experts, pourrait améliorer la traçabilité des transactions et faciliter le financement des entreprises par les banques.

Lutte contre l’informel et inclusion financière
Cette décision s’inscrit dans une volonté de formaliser l’économie algérienne. Le secteur informel, estimé à près de 30 % du PIB selon certaines études, échappe en grande partie au système bancaire. En limitant l’usage du cash, les autorités espèrent inciter les acteurs économiques à intégrer le circuit formel. Cela pourrait aussi permettre une meilleure évaluation des besoins en liquidités des entreprises et une réduction des risques de blanchiment d’argent.

Les banques publiques et privées jouent un rôle clé dans cette transition. Elles sont invitées à sensibiliser leurs clients aux avantages des transactions scripturales, comme la sécurité et la rapidité. Certaines institutions, comme la Banque Nationale d’Algérie (BNA) et la Banque Extérieure d’Algérie (BEA), ont déjà commencé à proposer des solutions adaptées aux petites entreprises, telles que des terminaux de paiement électronique et des comptes dédiés.

Des défis logistiques et culturels
Malgré ces avancées, la mise en œuvre de cette mesure se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, une partie importante de la population et des commerçants reste réticente à l’idée d’abandonner le cash, perçu comme plus flexible et moins coûteux. Ensuite, l’infrastructure bancaire, notamment dans les zones rurales, n’est pas toujours adaptée pour absorber une augmentation des transactions électroniques. Les coupures d’électricité et les problèmes de connectivité internet peuvent aussi compliquer l’accès aux services bancaires en ligne.

Pour surmonter ces difficultés, la Banque d’Algérie travaille en collaboration avec les opérateurs télécoms et les fournisseurs de services financiers. Des campagnes de sensibilisation sont prévues pour expliquer les bénéfices de la dématérialisation, comme la réduction des risques de vol et la simplification des démarches administratives. Par ailleurs, des incitations fiscales pourraient être envisagées pour encourager les entreprises à adopter les paiements scripturaux.

Un pas vers la digitalisation du secteur bancaire
Cette initiative s’ajoute à d’autres réformes récentes visant à moderniser le système financier algérien. En 2023, la Banque d’Algérie avait déjà lancé un plan pour développer les services de paiement mobile, en partenariat avec des fintechs locales. Des applications comme Djezzy Pay et Mobilis Money ont connu un essor significatif, permettant aux utilisateurs d’effectuer des transactions sans passer par une agence bancaire.

L’ouverture du capital de certaines banques publiques, comme le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) et la Banque de Développement Local (BDL), pourrait aussi accélérer cette transition. En attirant des investisseurs privés, l’État espère améliorer la compétitivité du secteur et encourager l’innovation. Ces évolutions s’inscrivent dans une vision plus large de diversification de l’économie, en réduisant la dépendance aux hydrocarbures et en favorisant les secteurs productifs.

Réactions des acteurs économiques
Les réactions à cette mesure sont partagées. Certains chefs d’entreprise saluent cette initiative, estimant qu’elle contribuera à assainir le climat des affaires. « C’est une bonne chose pour la transparence, même si cela va demander un temps d’adaptation », confie un commerçant d’Alger. D’autres, en revanche, expriment des craintes quant à la complexité des procédures et aux coûts supplémentaires que cela pourrait engendrer.

Les associations professionnelles, comme le Forum des Chefs d’Entreprises (FCE), appellent à un accompagnement des PME pour faciliter cette transition. Elles soulignent la nécessité de former les entrepreneurs aux outils numériques et de simplifier les démarches bancaires. « Il faut éviter que cette mesure ne pénalise les petites structures qui n’ont pas les moyens de se digitaliser rapidement », explique un représentant du FCE.

Prochaines étapes
La Banque d’Algérie prévoit d’évaluer l’impact de cette mesure dans les mois à venir. Si les résultats sont concluants, d’autres restrictions pourraient être introduites, notamment pour les particuliers. Une généralisation progressive des paiements scripturaux est envisagée, avec pour objectif de réduire la part du cash dans l’économie à moins de 50 % d’ici 2030.

Cette réforme s’inscrit dans un contexte économique marqué par la volonté de stabiliser les finances publiques et de renforcer la confiance dans le système bancaire. Alors que l’Algérie cherche à attirer davantage d’investissements étrangers, la transparence et la modernisation du secteur financier deviennent des priorités. Reste à voir comment les acteurs économiques s’adapteront à ces nouvelles règles et quels seront les effets concrets sur le terrain.

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