La boxeuse algérienne Imane Khelif a démenti récemment les rumeurs sur son retrait de la compétition, une nouvelle qui dépasse le cadre sportif pour impacter l’écosystème entrepreneurial du pays. Selon Ouest-France, la championne olympique a confirmé sa poursuite de carrière, mettant fin à des spéculations qui avaient secoué les milieux économiques liés au sport féminin. Cette clarification intervient alors que l’Algérie cherche à structurer une filière sportive capable d’attirer des investissements privés.
Khelif, médaillée d’or aux Jeux Olympiques de Paris 2024, représente un actif stratégique pour l’économie du sport algérien. Son parcours a déjà généré des retombées concrètes : en 2024, le ministère de la Jeunesse et des Sports a enregistré une hausse de 30 % des licences féminines en boxe, selon les données de la Fédération algérienne de boxe. Des salles de sport privées, comme celles du réseau « FitBox » à Alger et Oran, ont vu leur fréquentation augmenter de 40 % après sa victoire olympique, avec un afflux de jeunes femmes âgées de 15 à 30 ans.
Les entreprises locales commencent à capitaliser sur cette dynamique. La marque de vêtements sportifs « DZ Sport », basée à Blida, a lancé en 2025 une collection « Imane Khelif » qui s’est écoulée à 15 000 unités en trois mois, selon son directeur général, Mohamed Benali. « Avant, le marché du sport féminin était marginal. Aujourd’hui, nous voyons une demande réelle, notamment pour des équipements adaptés », explique-t-il. Cette tendance profite aussi aux start-up technologiques : l’application « Boxe DZ », qui propose des entraînements en ligne, a enregistré 50 000 téléchargements depuis son lancement en 2024, avec un taux de conversion en abonnements payants de 12 %.
La diaspora algérienne joue un rôle clé dans cette économie émergente. Des entrepreneurs basés en France et au Canada investissent dans des projets sportifs en Algérie, comme le centre d’entraînement « Golden Gloves » à Constantine, financé par des fonds privés algéro-canadiens. « Nous avons levé 2 millions de dollars pour ce projet, avec l’objectif de former des athlètes et d’organiser des compétitions internationales », déclare Karim Hadjadj, cofondateur du centre. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large : le gouvernement algérien a annoncé en 2025 un fonds de 500 millions de dinars pour soutenir les infrastructures sportives, avec un focus sur les disciplines féminines.
Les sponsors locaux et internationaux commencent à s’intéresser à ce marché. La compagnie aérienne Air Algérie a signé en 2025 un partenariat avec la Fédération algérienne de boxe pour soutenir les athlètes féminines, tandis que des marques comme Sonelgaz et Mobilis ont lancé des campagnes publicitaires mettant en avant des sportives algériennes. « Les entreprises réalisent que le sport féminin offre une visibilité différente, avec un potentiel de croissance important », analyse Amine Bouziane, consultant en marketing sportif à Alger.
Les défis restent cependant nombreux. Les infrastructures sportives en Algérie sont inégalement réparties, avec un déséquilibre entre les grandes villes et les régions intérieures. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2024, seulement 18 % des salles de sport en Algérie sont accessibles aux femmes, un chiffre qui chute à 5 % dans les wilayas du Sud. Les entrepreneurs doivent aussi composer avec un cadre réglementaire complexe : l’ouverture d’une salle de sport privée nécessite en moyenne 14 mois de démarches administratives, selon les données de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ).
La confirmation de Khelif de poursuivre sa carrière offre une opportunité pour accélérer ces transformations. Son influence dépasse le ring : elle a inspiré la création de l’association « Femmes et Sport Algérie », qui milite pour l’égalité d’accès aux infrastructures et aux financements. « Nous travaillons avec des investisseurs pour créer des complexes sportifs 100 % féminins, avec des crèches et des espaces de coworking », explique Samia Dridi, présidente de l’association. Ces projets pourraient générer jusqu’à 5 000 emplois directs et indirects d’ici 2027, selon une étude de l’École nationale supérieure de management d’Alger.
À retenir pour les entrepreneurs
Le sport féminin algérien devient un secteur porteur, avec une demande croissante pour des équipements, des infrastructures et des services dédiés. Les entreprises locales et la diaspora peuvent capitaliser sur cette dynamique en ciblant les jeunes femmes et les athlètes, tout en bénéficiant des incitations gouvernementales. Les partenariats avec les fédérations sportives offrent une visibilité accrue pour les marques.
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