Hommage à Mohamed-Amine Mesli, pilier de la musique andalouse

Alger a récemment rendu un vibrant hommage à Mohamed-Amine Mesli, figure emblématique de la musique andalouse algérienne. Décédé en 2024, ce maître du malouf et du chaâbi a marqué plusieurs générations par son interprétation raffinée et son engagement pour la préservation du patrimoine musical national. Le ministère de la Culture et des Arts a organisé une cérémonie en son honneur au Théâtre national algérien (TNA) Mahieddine-Bachtarzi, en présence de musiciens, d’universitaires et de responsables culturels.

Selon El Moudjahid, qui a couvert l’événement, la soirée a été rythmée par des performances de ses disciples, dont le chanteur et oudiste Amine Kouider et l’orchestre El Djazaïr. Les intervenants ont souligné le rôle central de Mesli dans la transmission du répertoire andalou, notamment à travers son enseignement à l’Institut national de musique d’Alger. « Il a su allier tradition et modernité, tout en restant fidèle aux racines de notre musique », a déclaré le directeur de l’institut, Abdelkader Bouazzara, cité par le quotidien.

Mohamed-Amine Mesli, né en 1945 à Constantine, a débuté sa carrière dans les années 1960 au sein de l’orchestre de la radio algérienne. Il s’est distingué par sa maîtrise des noubas, ces suites musicales andalouses structurées en cinq mouvements, et par sa voix puissante, capable de passer du lyrisme poétique au rythme enlevé du chaâbi. Son interprétation de « Lamma Bada Yatathanna », un classique du répertoire arabo-andalou, est restée gravée dans la mémoire des mélomanes.

Un héritage menacé par l’oubli

La disparition de Mesli intervient à un moment où la musique andalouse algérienne peine à séduire les jeunes générations. D’après une étude publiée en 2023 par le Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), seulement 12 % des Algériens de moins de 30 ans déclarent écouter régulièrement ce genre musical. Les raisons ? Un manque de visibilité médiatique, la concurrence des musiques urbaines comme le rap ou le raï, et la raréfaction des espaces de transmission.

Pourtant, des initiatives récentes tentent de redonner ses lettres de noblesse à ce patrimoine. Le Festival national de la musique andalouse, organisé chaque année à Tlemcen, a accueilli en 2025 plus de 50 000 spectateurs, selon les chiffres officiels communiqués par l’Office national de la culture et de l’information (ONCI). Des ateliers de formation sont également proposés dans les conservatoires de Constantine, Alger et Oran, où des musiciens comme Fethi Zouaoui ou Nassima Chabane perpétuent l’enseignement des noubas.

La diplomatie culturelle en jeu

La musique andalouse n’est pas seulement un enjeu patrimonial : elle est aussi un outil de soft power pour l’Algérie. Comme le souligne The Conversation dans une analyse récente, les pays du Maghreb, dont l’Algérie, utilisent désormais l’opéra et les musiques classiques comme leviers diplomatiques. Le ministère des Affaires étrangères a ainsi soutenu plusieurs tournées internationales d’orchestres andalous, comme celle de l’Ensemble El Djazaïr en Europe en 2024.

« La musique andalouse est un pont entre l’Algérie et le monde arabe, mais aussi avec l’Europe, en raison de ses origines médiévales partagées », explique l’historien de la musique Kamel Righi, interrogé par El Watan. Il rappelle que des compositeurs comme Mesli ont contribué à populariser ce genre au-delà des frontières, notamment en France, où des festivals comme « Les Suds à Arles » ou « Les Nuits d’Orient » à Dijon (comme le rapporte Le Bien Public) programment régulièrement des artistes algériens.

Un défi pour les institutions

Pour éviter que la musique andalouse ne sombre dans l’oubli, les acteurs culturels appellent à des mesures concrètes. Parmi les propositions avancées lors de l’hommage à Mesli : l’intégration obligatoire de ce répertoire dans les programmes scolaires, la création d’un label national dédié à sa promotion, et le soutien aux jeunes talents via des résidences artistiques.

Le ministre de la Culture, Soraya Mouloudji, a annoncé lors de la cérémonie la mise en place d’un fonds spécial pour la préservation des musiques traditionnelles, doté d’un budget de 500 millions de dinars. « Nous ne pouvons pas laisser disparaître un pan aussi important de notre identité », a-t-elle déclaré, citée par l’APS. Une première étape, mais qui devra s’accompagner d’une volonté politique durable pour porter ses fruits.

En attendant, les mélomanes algériens gardent en mémoire les enregistrements de Mohamed-Amine Mesli, disponibles sur les plateformes numériques et dans les archives de la Radio algérienne. Son héritage, à la fois artistique et pédagogique, reste une boussole pour ceux qui croient encore en l’avenir de la musique andalouse.

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