Le journaliste français Christophe Gleizes a été condamné en appel à sept ans de prison par la justice algérienne, une décision qui suscite des réactions internationales et relance le débat sur la liberté de la presse en Algérie. Arrêté en 2024, Gleizes, correspondant pour plusieurs médias francophones, avait été initialement condamné en première instance à cinq ans de détention pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « diffusion de fausses informations ». La cour d’appel d’Alger a alourdi sa peine cette semaine, selon les comptes rendus publiés par Les Échos, Charente Libre et ici.fr.
Une condamnation qui divise
Gleizes, qui couvre l’actualité algérienne depuis près d’une décennie, avait été interpellé en 2024 alors qu’il enquêtait sur des allégations de corruption impliquant des responsables locaux dans le secteur des hydrocarbures. Ses avocats, Me Samir Benissad et Me Amine Sidhoum, ont dénoncé un « procès politique » et annoncé leur intention de se pourvoir en cassation. « Cette condamnation est un message clair envoyé aux journalistes étrangers : l’Algérie n’est pas un terrain sûr pour la presse indépendante », a déclaré Me Benissad à Les Échos.
Réactions des organisations de défense des droits
Human Rights Watch (HRW), dans un rapport publié fin mars 2026, a également pointé du doigt « une répression accrue de la dissidence » en Algérie, citant des cas de militants condamnés pour des publications sur les réseaux sociaux. L’ONG a notamment évoqué le cas d’un militant algérien, Walid Kechida, pour qui trois ans de prison ont été requis en appel en 2021 pour avoir partagé des mèmes jugés « offensants » envers le président Abdelmadjid Tebboune. « Ces condamnations illustrent une tendance inquiétante à criminaliser l’expression pacifique », a déclaré HRW.
Le secteur médiatique sous pression
Plusieurs médias algériens, comme El Watan ou Liberté, ont été la cible de pressions ces dernières années, avec des suspensions temporaires ou des amendes pour des articles jugés critiques envers les autorités. En 2023, le journaliste Khaled Drareni, correspondant de RSF et fondateur du site Casbah Tribune, avait été condamné à deux ans de prison pour « incitation à attroupement non armé » après avoir couvert des manifestations du Hirak. Sa libération conditionnelle en 2024 avait été saluée par la communauté internationale, mais les observateurs soulignent que les lois répressives restent en place.
Un contexte régional tendu
En Algérie, les autorités justifient ces mesures par la nécessité de « protéger la stabilité du pays » et de lutter contre « les ingérences étrangères ». Le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, a récemment déclaré que « la presse doit servir l’intérêt national et non les agendas extérieurs ». Pourtant, ces arguments peinent à convaincre les défenseurs des droits humains, qui y voient une tentative de museler les voix critiques.
Prochaines étapes
Sur le terrain, des collectifs de journalistes algériens ont prévu des rassemblements silencieux devant le tribunal d’Alger pour dénoncer la condamnation de Gleizes. « Nous ne pouvons pas rester silencieux face à cette injustice », a déclaré une journaliste d’El Watan sous couvert d’anonymat. « Si un journaliste étranger peut être condamné à sept ans de prison pour son travail, qu’en est-il de nous ? »
La décision de la Cour suprême, attendue dans les mois à venir, sera un test crucial pour l’indépendance de la justice algérienne et pour l’avenir de la liberté de la presse dans le pays.