Forum innovation légale Alger 2025 réunit juristes et startups

Le 10 mai 2025, le Palais des Nations à Alger a accueilli la première édition du Forum de l’innovation légale, organisé par le ministère de la Justice en collaboration avec l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (ANVREDET). Cet événement a rassemblé plus de 300 participants, dont des magistrats, des avocats, des entrepreneurs du numérique et des représentants d’institutions publiques comme la Banque d’Algérie et Algérie Télécom.

Selon l’Établissement public de télévision (EPTV), le forum visait à moderniser le secteur juridique algérien en intégrant les outils numériques. Plusieurs ateliers ont été consacrés à la digitalisation des procédures judiciaires, à la protection des données personnelles et à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la rédaction d’actes juridiques. Le ministre de la Justice, Abderrachid Tabi, a souligné lors de son allocution que « l’Algérie ne peut rester en marge de la révolution numérique, surtout dans un domaine aussi sensible que la justice ».

Parmi les projets présentés, le logiciel « E-Justice » développé par la startup algérienne LegalTech Solutions a retenu l’attention. Ce système permet aux citoyens de suivre en temps réel l’avancement de leurs dossiers judiciaires via une plateforme sécurisée. D’après les responsables de la startup, le prototype a été testé dans trois tribunaux pilotes à Alger, Oran et Constantine, avec un taux de satisfaction de 85 % parmi les utilisateurs. Le directeur général de l’ANVREDET, Mohamed Bouzidi, a annoncé que ce projet bénéficierait d’un financement public de 50 millions de dinars pour son déploiement national d’ici 2026.

Le forum a également abordé les défis liés à la cybersécurité. Un rapport présenté par l’Agence nationale de la sécurité informatique (ANSI) a révélé que 60 % des cyberattaques ciblant les institutions algériennes en 2024 visaient des bases de données judiciaires. Le directeur de l’ANSI, Kamel Rezzag Bara, a insisté sur la nécessité de former les magistrats aux bonnes pratiques numériques, citant un exemple récent où un tribunal de Blida a perdu des archives judiciaires à cause d’une attaque par ransomware.

Les participants ont aussi discuté de l’adaptation du cadre législatif algérien aux nouvelles technologies. Me Fatima-Zohra Benbrahim, avocate au barreau d’Alger et experte en droit numérique, a plaidé pour une révision du Code civil afin d’y intégrer les contrats électroniques et la preuve numérique. « Aujourd’hui, un contrat signé sur une plateforme comme DZPay n’a pas la même valeur juridique qu’un contrat papier, ce qui freine les investissements étrangers », a-t-elle expliqué. Le ministère de la Justice a annoncé la création d’une commission chargée de proposer des amendements législatifs d’ici la fin de l’année.

En marge du forum, une table ronde a réuni des représentants de startups algériennes et des investisseurs. La plateforme « DZLegal », qui met en relation avocats et clients via une application mobile, a levé 2 millions de dollars auprès du fonds d’investissement « Algeria Venture Capital ». Son fondateur, Yacine Belkacem, a déclaré que « le marché algérien compte plus de 20 000 avocats, mais seulement 5 % d’entre eux utilisent des outils numériques pour gérer leur cabinet ». Cette levée de fonds permettra à DZLegal d’étendre ses services à cinq nouvelles wilayas d’ici 2025.

Le forum a également été l’occasion de signer des partenariats entre institutions publiques et acteurs privés. Algérie Télécom a annoncé un accord avec le ministère de la Justice pour fournir une connexion internet haut débit à tous les tribunaux du pays d’ici 2026. Le PDG d’Algérie Télécom, Adel Khemane, a précisé que « ce projet s’inscrit dans le cadre du plan national de modernisation de l’administration, avec un budget de 1,2 milliard de dinars ».

Enfin, le forum a mis en lumière les lacunes en matière de formation. Selon une étude présentée par l’Université d’Alger 1, seulement 12 % des étudiants en droit suivent des cours sur le droit numérique. Le recteur de l’université, Pr. Abdelkader Djerraba, a annoncé la création d’un master en « Droit et technologies de l’information » dès la rentrée universitaire 2025. Ce master sera co-encadré par des experts de l’ANSI et du Centre national d’études et d’analyses pour la planification (CNEAP).

Cette première édition du Forum de l’innovation légale marque une étape dans la transformation numérique du secteur juridique algérien. Si les défis restent nombreux, notamment en matière de cybersécurité et de formation, les initiatives présentées montrent une volonté claire de moderniser un domaine souvent perçu comme traditionnel. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la mise en œuvre concrète des projets annoncés.

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