Finance islamique Tunisie cherche nouveaux chemins

Une poussée récente dans la finance islamique en Tunisie a attiré l’attention des acteurs régionaux, alors que le pays cherche à diversifier ses instruments financiers malgré un environnement macroéconomique difficile. Selon African Manager, cette dynamique, bien que prometteuse, reste exposée aux risques persistants de crise.

La Tunisie a récemment accéléré ses efforts pour élargir l’offre de produits financiers conformes à la charia, notamment via des mécanismes comme la murabaha (vente à crédit avec marge bénéficiaire) et l’ijarah (location-vente). Ces outils, encore marginaux dans le paysage financier tunisien, visent à capter une partie de l’épargne des ménages musulmans, évaluée à plusieurs milliards de dinars. Une étude citée par le média indique que les actifs de la finance islamique en Tunisie représentent moins de 5 % du secteur bancaire local, un chiffre bien en dessous des standards régionaux comme la Malaisie ou l’Arabie Saoudite, où ce taux dépasse souvent 30 %.

L’initiative s’inscrit dans un contexte où la Banque centrale de Tunisie (BCT) a encouragé les banques commerciales à explorer ces niches. Parmi les établissements pionniers, la Banque Zitouna, première banque islamique du pays créée en 2010, et la BIAT, qui a lancé une fenêtre islamique en 2021, jouent un rôle clé. Cependant, leur expansion se heurte à des obstacles structurels. Le cadre réglementaire tunisien, bien que partiellement mis à jour, reste fragmenté, avec des règles fiscales et comptables peu adaptées aux spécificités des produits islamiques. Par exemple, la fiscalité sur les sukuk (obligations islamiques) est alignée sur celle des obligations conventionnelles, ce qui limite leur attractivité pour les investisseurs.

Sur le plan macroéconomique, la Tunisie traverse une période de tensions financières aiguës, avec une inflation dépassant 9 % en 2022 et une dette publique approchant 80 % du PIB. Ces pressions freinent les ambitions du secteur. « Les banques islamiques tunisiennes peinent à mobiliser des fonds à long terme, essentiels pour financer des projets d’infrastructure ou des PME », souligne un expert du secteur contacté par African Manager. Les sukuk souverains, lancés en 2021 pour un montant de 100 millions de dinars, n’ont pas encore trouvé leur public, en partie à cause d’un manque de visibilité sur leur rendement comparé aux placements traditionnels.

Pour les entrepreneurs algériens, cette expérience tunisienne offre des enseignements utiles. L’Algérie, où la finance islamique représente environ 10 % des actifs bancaires, pourrait s’inspirer des initiatives tunisiennes pour moderniser son cadre légal. Le pays dispose déjà d’un écosystème de banques islamiques avec des acteurs comme Al Baraka Bank Algeria ou la BADR, mais le marché reste dominé par les produits conventionnels. La loi sur la monnaie et le crédit, révisée en 2021, a élargi les possibilités pour les sukuk, mais leur application concrète dépend encore des décrets d’application.

Un autre point de comparaison concerne la fiscalité. En Algérie, les sukuk sont exonérés de droits de timbre, une mesure incitative qui n’a pas encore été étendue aux autres produits islamiques comme les ijarah ou les murabaha. « Une harmonisation fiscale plus large pourrait stimuler la demande, surtout parmi les petites et moyennes entreprises qui peinent à accéder au crédit bancaire classique », explique un consultant en finance islamique à Alger.

La diaspora algérienne, qui détient une épargne estimée à plus de 20 milliards de dollars répartis entre la France, le Canada et d’autres pays européens, représente un vivier potentiel pour ces instruments. Des initiatives comme les fonds d’investissement islamiques pourraient attirer une partie de ces capitaux, à condition de garantir transparence et sécurité juridique. En Tunisie, certains acteurs tentent de capter cette manne via des partenariats avec des banques locales, mais l’Algérie, avec son marché bancaire plus large, a une carte majeure à jouer.

Cependant, les risques systémiques en Tunisie rappellent que la finance islamique ne peut prospérer sans un environnement économique stable. Les tensions sur la dette souveraine et la dépréciation du dinar tunisien en 2022 ont réduit la confiance des investisseurs. Pour l’Algérie, où la balance des paiements reste dépendante des hydrocarbures, une diversification vers des instruments islamiques nécessite une stabilité monétaire et un cadre réglementaire prévisible.

À retenir pour les entrepreneurs
La Tunisie teste de nouveaux produits financiers islamiques malgré un contexte économique tendu, avec des actifs représentant moins de 5 % du secteur bancaire local. En Algérie, où le potentiel de la finance islamique est plus élevé (10 % des actifs), une fiscalité avantageuse pour les sukuk existe, mais son extension à d’autres produits fait défaut. La diaspora algérienne pourrait financer des projets locaux via des fonds islamiques, sous réserve de garanties juridiques solides.

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