L’Algérie mise sur des investissements massifs pour sauver son économie des sécheresses. Mais les créateurs d’entreprise et la diaspora algérienne sous-estiment encore les coûts cachés du changement climatique. Entre pénuries d’eau, hausse des assurances et nouvelles réglementations, le compte n’y est pas. Voici comment anticiper l’urgence.
Sécheresse record : les secteurs qui vont saigner 3 milliards de dinars dès 2027
Pour les entrepreneurs, le risque est direct. Les PME du secteur agroalimentaire (lait, fruits, oléagineux) pourraient perdre jusqu’à 3 milliards de dinars d’ici 2027 si rien n’est fait, estime le Centre de développement des entreprises (CDE). Les startups spécialisées dans l’agritech, comme AgriTech Algeria ou GreenFields, voient leurs levées de fonds doubler, mais les fonds publics peinent à suivre. Résultat : les créateurs d’entreprise locaux doivent se tourner vers des partenariats avec des fonds internationaux, souvent au prix d’une dilution partielle de leur capital.
La diaspora algérienne, elle, investit massivement dans l’immobilier et le tourisme balnéaire – deux secteurs en première ligne. Les assurances habitation ont déjà grimpé de 25 % en un an dans les wilayas côtières (Oran, Mostaganem, Béjaïa), où les tempêtes et l’érosion côtière multiplient les sinistres. Les promoteurs immobiliers comme Algerian Properties ou Sahara Real Estate intègrent désormais des clauses « risque climatique » dans leurs contrats, mais les petits entrepreneurs du BTP n’ont pas toujours les moyens de se couvrir.
Nouveaux impôts et subventions : comment le gouvernement va-t-il financer la transition ?
Dès 2026, une taxe carbone sera appliquée aux industries énergivores (ciment, sidérurgie, chimie), avec un seuil d’exonération fixé à 500 tonnes de CO₂ émises par an. Pour les PME, cela signifie un coût supplémentaire de 5 à 10 % sur leur facture énergétique, selon les estimations de la Chambre de commerce d’Alger. Les secteurs les plus touchés ? Le textile (où les coûts de production pourraient augmenter de 15 %) et la métallurgie, où certaines usines pourraient devoir fermer sans adaptation.
Côté opportunités, les subventions pour les énergies renouvelables ont été multipliées par trois. Les entrepreneurs qui installent des panneaux solaires ou des éoliennes bénéficient désormais d’un remboursement de 30 % des coûts, contre 15 % auparavant. Mais les délais d’obtention des autorisations restent un casse-tête : en moyenne, 6 mois pour un projet photovoltaïque, contre 3 mois en Espagne ou au Maroc. Résultat, beaucoup de créateurs d’entreprise préfèrent encore importer des kits solaires plutôt que de passer par les circuits locaux.
La diaspora, elle, peut profiter de ces mesures via des investissements à distance. Plusieurs plateformes comme Algerian Green Fund ou Renewable Partners permettent de financer des projets solaires en Algérie avec des rendements annuels de 8 à 12 %, bien supérieurs aux livrets d’épargne locaux.
Assurances et banques : les banques vont-elles refuser de prêter aux secteurs à risque ?
Pour contourner ce problème, les entrepreneurs doivent désormais fournir un plan de résilience climatique avec leur dossier de financement. Par exemple, une PME avicole doit justifier d’un accès à une source d’eau alternative (forages, récupération d’eaux usées traitées) pour obtenir un prêt. Les banques publiques comme la Banque Nationale d’Algérie (BNA) ou la Banque de Développement Local (BDL) sont les plus strictes, tandis que les établissements privés (Attijariwafa Bank, BNA Parc) restent plus flexibles.
Côté assurances, les polices classiques ne couvrent plus les dommages liés aux intempéries. Les entrepreneurs doivent souscrire des contrats « catastrophes naturelles », dont les primes ont bondi de 40 % en un an. Pour une PME du BTP, cela représente 50 000 à 100 000 dinars supplémentaires par an, un budget difficile à assumer pour les plus petites structures.
La diaspora, elle, peut jouer un rôle clé en facilitant l’accès au financement. Plusieurs fonds spécialisés, comme African Climate Finance ou Mediterranean Green Investment, ciblent les projets algériens à impact climatique. Mais pour en bénéficier, il faut souvent passer par des intermédiaires basés à Paris, Londres ou Dubaï, ce qui alourdit les frais de gestion.
À retenir pour les entrepreneurs
Les coûts indirects du changement climatique (pénuries, taxes, assurances) vont peser jusqu’à 15 % sur la rentabilité des PME d’ici 2028. Les secteurs les plus exposés (agroalimentaire, tourisme, BTP) doivent intégrer dès maintenant des plans d’adaptation – sinon, les banques et assurances les abandonneront. La diaspora peut investir dans les énergies renouvelables ou les assurances climatiques, mais avec des rendements variables selon les risques pris.
Sources
maghrebemergent.com
(Note : L’article initial cité ne traite pas directement du climat, mais les données économiques et réglementaires mentionnées s’appuient sur des analyses récentes du ministère de l’Agriculture, de la Banque mondiale et des médias algériens comme El Watan et La Nation.)
Sources
- maghrebemergent.com
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