La commune rurale de Boussouma, située dans la wilaya de Sétif, devient un laboratoire du rôle que peut jouer la diaspora algérienne dans le développement local. Selon le quotidien Sidwaya, publié récemment, les membres de la communauté algérienne établie à l’étranger y investissent massivement, transformant des projets individuels en leviers collectifs pour l’économie locale. Ce mouvement, encore marginal il y a cinq ans, s’accélère sous l’effet de deux facteurs : la volonté politique affichée par les autorités locales et l’émergence de plateformes facilitant les transferts de fonds et les partenariats.
À Boussouma, les initiatives portées par la diaspora ne se limitent pas aux dons ou aux aides ponctuelles. Elles prennent la forme d’investissements structurants, souvent en collaboration avec des acteurs locaux. Parmi les projets récents, on compte la création d’une unité de transformation agroalimentaire, financée à 60 % par des Algériens résidant en France et au Canada. L’usine, d’une capacité de 5 000 tonnes par an, emploie déjà 45 personnes, dont 30 % sont des femmes. Son modèle économique repose sur l’achat de matières premières auprès des agriculteurs de la région, avec des contrats d’approvisionnement signés pour trois ans. « Nous avons voulu éviter le piège de la dépendance aux subventions. Ici, chaque dinar investi doit générer des retombées concrètes pour la commune », explique Karim Benali, un entrepreneur basé à Montréal et cofondateur du projet.
Un cadre juridique encore perfectible
Les transferts de fonds, autre pilier de l’engagement de la diaspora, restent soumis à des contraintes bancaires. Bien que la Banque d’Algérie ait assoupli certaines règles en 2023, permettant aux non-résidents d’ouvrir des comptes en dinars convertibles, les plafonds et les frais de change découragent encore les petits investisseurs. « Un entrepreneur qui veut transférer 50 000 euros pour lancer une PME doit s’acquitter de frais équivalant à 3 % du montant. À cela s’ajoutent les délais de traitement, qui peuvent atteindre trois semaines », détaille un rapport de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) publié en 2024. Ces obstacles expliquent pourquoi une partie des fonds transitent encore par des canaux informels, malgré les risques encourus.
L’agriculture et le numérique en première ligne
Dans le numérique, les initiatives se concentrent sur la formation et l’accompagnement des jeunes. Une école de codage, financée par des entrepreneurs basés en Allemagne, a ouvert ses portes en 2024. Elle propose des formations gratuites en développement web et en intelligence artificielle, avec un taux de placement en emploi de 70 % à la sortie. « Notre objectif n’est pas de former des chômeurs, mais des créateurs d’entreprises. Nous les aidons à monter leurs startups, avec un focus sur les solutions locales, comme les plateformes de vente en ligne pour les artisans », explique le directeur de l’école, lui-même issu de la diaspora.
Un modèle reproductible ?
Pour les entrepreneurs de la diaspora, le principal frein reste l’absence de garanties juridiques sur la propriété foncière et les contrats. « En Algérie, un terrain agricole peut être réquisitionné du jour au lendemain pour un projet public. Comment investir des centaines de milliers de dinars dans ces conditions ? », s’interroge un investisseur basé en Suisse. La loi sur l’investissement, adoptée en 2022, prévoit des mécanismes de protection, mais leur application reste inégale selon les wilayas.
À Boussouma, les résultats sont pourtant visibles. Le taux de chômage dans la commune a baissé de 8 points entre 2020 et 2024, selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS). Les recettes fiscales locales ont augmenté de 22 % sur la même période, grâce aux taxes sur les nouvelles activités économiques. « Ce n’est pas un miracle, mais la preuve qu’une approche ciblée peut fonctionner. La diaspora n’est pas une solution magique, mais un partenaire parmi d’autres », résume le maire de Boussouma, cité par Sidwaya.
À retenir pour les entrepreneurs
La diaspora algérienne investit de plus en plus dans les zones rurales, avec des projets concrets en agroalimentaire et numérique. Les obstacles administratifs et bancaires persistent, mais des initiatives locales comme celle de Boussouma montrent qu’un cadre favorable peut accélérer les retombées économiques. Pour les porteurs de projets, la clé réside dans le partenariat avec les acteurs locaux et la diversification des sources de financement.
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