Baisse d’embauche des diplômés des grandes écoles algériennes

Le marché du travail algérien montre des signes de ralentissement pour les jeunes diplômés des grandes écoles, selon une enquête publiée récemment par Le Monde.fr. Les données révèlent une diminution des recrutements dans plusieurs secteurs clés, notamment l’ingénierie, la finance et les technologies de l’information, où ces profils étaient traditionnellement recherchés. Cette tendance, observée depuis le début de l’année 2025, soulève des questions sur l’adéquation entre la formation supérieure et les besoins réels de l’économie nationale.

Un taux d’insertion en recul

Un responsable des ressources humaines au sein du groupe Sonatrach, qui préfère rester anonyme, explique : « Quand le marché de l’emploi est plus difficile, on recrute moins de jeunes, même qualifiés. Les priorités se recentrent sur les profils expérimentés pour limiter les risques. » Cette logique, bien que compréhensible du point de vue des employeurs, aggrave la précarité d’une génération déjà fragilisée par des années d’attente pour un premier poste.

Des secteurs en tension

Le secteur bancaire, autre débouché historique pour les diplômés des grandes écoles, n’est pas épargné. Les recrutements dans les banques publiques comme la Banque extérieure d’Algérie (BEA) ou la Banque nationale d’Algérie (BNA) ont chuté de 15 % en un an. « Les restrictions budgétaires imposées par l’État limitent les embauches, même pour des postes stratégiques », confie un cadre de la BEA. Les banques privées, moins touchées par ces contraintes, privilégient désormais des profils bilingues ou ayant une expérience à l’international, ce qui exclut une partie des jeunes diplômés locaux.

L’écart entre formation et marché du travail

Par ailleurs, la concurrence des diplômés étrangers, notamment tunisiens et marocains, s’intensifie. Ces derniers, souvent formés dans des écoles plus orientées vers l’entreprise, séduisent les recruteurs algériens par leur polyvalence. « Un ingénieur tunisien coûte moins cher et parle couramment français et anglais. C’est un argument de poids pour les PME », reconnaît un chef d’entreprise à Alger.

Des solutions en débat

Les entreprises, de leur côté, sont appelées à jouer un rôle plus actif. Certaines, comme le groupe Cevital, ont mis en place des programmes de pré-recrutement pour les étudiants en fin de cycle. « Nous identifions les talents dès leur troisième année et les formons en interne. Cela réduit les coûts de recrutement et fidélise les jeunes », explique un cadre du groupe.

Enfin, les diplômés eux-mêmes sont incités à diversifier leurs recherches. « Beaucoup visent uniquement les grandes entreprises ou la fonction publique. Pourtant, les PME et les start-up offrent des opportunités intéressantes », note un consultant en ressources humaines. L’entrepreneuriat, bien que risqué, séduit de plus en plus de jeunes, avec une hausse de 12 % des créations d’entreprises par des diplômés en 2024, selon l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI).

Un enjeu national

Le gouvernement semble conscient de l’urgence. En juin 2025, le Premier ministre a annoncé la création d’un fonds de soutien à l’emploi des jeunes, doté de 50 milliards de dinars, destiné à subventionner les entreprises qui embauchent des diplômés. « Ce fonds permettra de réduire les charges pour les employeurs et d’encourager les recrutements », précise un communiqué officiel.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance. Pour les milliers de jeunes diplômés algériens, l’attente se prolonge, entre espoirs déçus et nouvelles stratégies pour percer dans un marché du travail de plus en plus exigeant.

Laisser un commentaire