Attaf relance la diplomatie algérienne à l’OCI

Cette semaine, le ministre d’État et ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a marqué un tournant dans la stratégie diplomatique algérienne en marge de la session extraordinaire du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) à Djeddah. Selon un communiqué de l’ambassade d’Algérie en France, Attaf a multiplié les entretiens bilatéraux avec plusieurs de ses homologues, une démarche qualifiée par l’Agence de presse africaine (APAnews) de tentative pour « briser l’isolement » de l’Algérie sur la scène internationale.

La rencontre avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, a été particulièrement scrutée. Les deux parties ont évoqué le renforcement des relations économiques et sécuritaires, ainsi que la coordination sur les crises régionales, notamment en Palestine et au Sahara occidental. D’après des sources proches du dossier citées par El Watan, cette rencontre aurait permis de lever certaines tensions liées aux divergences passées entre Alger et Riyad sur la question sahraouie.

Attaf a également échangé avec le ministre turc Hakan Fidan, confirmant la volonté des deux pays de dynamiser leur partenariat stratégique, notamment dans les domaines de l’énergie et de la défense. La Turquie, qui a récemment signé des accords militaires avec l’Algérie, cherche à consolider sa présence en Afrique du Nord, un positionnement qui pourrait servir les intérêts algériens dans un contexte de rivalité croissante entre puissances régionales.

Une réponse aux soutiens marocains

Ces initiatives diplomatiques interviennent dans un contexte tendu pour l’Algérie, après les déclarations récentes de la France, des États-Unis et du parti français La France Insoumise (LFI) en faveur du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Selon Le Figaro, Alger a « vu rouge » face à ces prises de position, les interprétant comme une remise en cause de sa position historique sur la question. La diplomatie algérienne, qui défend le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, a réagi en intensifiant ses efforts au sein des organisations internationales.

La participation d’Attaf à l’OCI s’inscrit dans cette logique. L’Algérie mise sur cette plateforme pour rallier des soutiens parmi les pays musulmans, notamment ceux qui partagent sa vision sur le Sahara occidental. D’après APS, Attaf aurait obtenu des assurances de plusieurs États membres, dont l’Iran et le Pakistan, pour une résolution plus ferme de l’OCI en faveur du droit international dans ce dossier.

L’énergie et la sécurité au cœur des discussions

Au-delà de la question sahraouie, les entretiens d’Attaf à Djeddah ont également porté sur des enjeux économiques. L’Algérie, qui cherche à diversifier ses partenariats énergétiques, a abordé avec ses interlocuteurs la possibilité d’investissements dans les énergies renouvelables et le gaz naturel. Selon TSA, des discussions avancées auraient eu lieu avec des fonds souverains du Golfe pour financer des projets d’infrastructures en Algérie.

Sur le plan sécuritaire, la lutte contre le terrorisme et la stabilité au Sahel ont été évoquées. L’Algérie, qui joue un rôle clé dans la médiation entre les pays de la région, a proposé une approche coordonnée pour faire face aux défis posés par les groupes armés. Cette initiative a été saluée par plusieurs pays africains présents à Djeddah, selon des sources diplomatiques citées par Jeune Afrique.

Un bilan contrasté

Si ces rencontres marquent une volonté de relance diplomatique, certains observateurs soulignent les défis persistants. L’Algérie reste isolée sur la scène internationale concernant le Sahara occidental, notamment face à l’offensive diplomatique du Maroc, qui a obtenu le soutien de plusieurs pays africains et occidentaux. D’après Liberté, la stratégie d’Attaf consiste à contourner cet isolement en misant sur des alliances ciblées, notamment avec les pays du Sud global.

Par ailleurs, la question des réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf continue de peser sur la diplomatie algérienne. L’ONU a récemment alerté sur la réduction des rations alimentaires, une situation qui pourrait aggraver les tensions humanitaires. Selon UN News, l’Algérie, qui abrite ces camps depuis des décennies, est sous pression pour trouver des solutions durables, notamment en facilitant les négociations entre le Front Polisario et le Maroc.

Une diplomatie en mouvement

Les efforts d’Attaf à Djeddah confirment une tendance observée depuis plusieurs mois : l’Algérie cherche à reprendre l’initiative diplomatique après une période de repli relatif. Cette dynamique s’accompagne d’une communication plus offensive, comme en témoignent les récentes déclarations du président Abdelmadjid Tebboune sur la nécessité de « défendre les intérêts nationaux sans compromis ».

Pour l’Algérie, l’enjeu est double : consolider ses positions traditionnelles, comme sur le Sahara occidental, tout en s’adaptant aux nouvelles réalités géopolitiques. Les prochains mois seront cruciaux, avec des rendez-vous internationaux comme le sommet de l’Union africaine et les négociations sur le gaz avec l’Europe. La capacité d’Attaf à transformer ces rencontres en résultats concrets déterminera l’efficacité de cette relance diplomatique.

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