Cette semaine, des dizaines d’étudiants algériens ont dénoncé des escroqueries dans le cadre de contrats d’alternance. Des entreprises fantômes, des promesses non tenues et des versements de frais illégaux ont été signalés à travers plusieurs wilayas, selon des témoignages recueillis par L’Étudiant et confirmés par des responsables universitaires. Ces pratiques, comparées aux arnaques des « brouteurs » en ligne, révèlent des failles dans le système de formation professionnelle et d’insertion des jeunes.
Des contrats bidon et des frais illicites
D’autres ont découvert que leur « entreprise formatrice » n’existait pas. « J’ai vérifié sur le registre du commerce, le numéro d’immatriculation était faux. Ils utilisaient des adresses fictives et des numéros de téléphone qui ne répondent plus », témoigne Sarah, 23 ans, inscrite en gestion à l’université d’Oran. Selon L’Étudiant, plusieurs cas ont été signalés aux services de la sûreté nationale, mais les enquêtes piétinent en raison du manque de preuves.
Un système de contrôle défaillant
Pourtant, les étudiants pointent l’absence de suivi. « Personne ne vérifie si l’entreprise existe vraiment ou si les tuteurs sont qualifiés. Les universités se contentent de valider les conventions sans contrôle », déplore Yacine, représentant d’une association estudiantine à Blida. Le MFEP a lancé une plateforme en ligne pour centraliser les offres d’alternance, mais son efficacité reste limitée : de nombreuses annonces frauduleuses y figurent encore.
Des alternatives pour sécuriser les parcours
Autre piste : les dispositifs publics comme le programme ANADE (Agence nationale de développement de l’apprentissage), qui propose des contrats d’apprentissage encadrés par l’État. « Ces contrats offrent une rémunération minimale et une protection sociale, contrairement aux stages non réglementés », explique un formateur de l’ANADE à Boumerdès.
Enfin, des universités commencent à sensibiliser leurs étudiants. À l’université de Tlemcen, des ateliers sur les droits des stagiaires et les signes d’arnaque sont organisés depuis le début de l’année. « Nous leur apprenons à vérifier les numéros de registre du commerce et à exiger des contrats écrits avant tout paiement », précise le doyen de la faculté des sciences économiques.
Un phénomène qui s’étend
Le phénomène prend une telle ampleur que des collectifs d’étudiants appellent à une mobilisation nationale. « Nous allons organiser des sit-in devant les rectorats et les sièges des wilayas pour exiger des mesures concrètes », annonce un membre du collectif Défense Étudiants Algérie, basé à Sétif.
Que faire en cas d’arnaque ?
Les universités peuvent aussi jouer un rôle. « Les étudiants doivent exiger une convention de stage signée par l’établissement avant de s’engager. Si l’entreprise refuse, c’est un signe d’alerte », souligne un responsable du service des stages à l’université de Constantine.
Vers une régulation plus stricte ?
Mais pour les étudiants, ces promesses tardent à se concrétiser. « On nous parle de réformes depuis des années, mais sur le terrain, rien ne change. Les arnaqueurs continuent de sévir en toute impunité », regrette Karim, étudiant en génie civil à Annaba.
En attendant, les jeunes Algériens sont appelés à la vigilance. « Ne payez jamais pour un stage ou un emploi. Une entreprise sérieuse ne demande pas d’argent », martèle un message diffusé par le ministère de la Jeunesse et des Sports sur les réseaux sociaux. Un conseil simple, mais qui pourrait éviter à des milliers d’étudiants de tomber dans le piège.