Le Groupement d’Intérêt Économique Monétique (GIE Monétique) a annoncé récemment le déploiement du système de paiement mobile en Algérie, marquant une étape clé dans la modernisation des transactions financières du pays. Selon les informations publiées par dia-algérie.com, cette initiative vise à accélérer l’inclusion financière et à réduire la dépendance aux espèces, un objectif inscrit dans la stratégie nationale de digitalisation portée par le ministère des Finances et la Banque d’Algérie.
Le système, dont le lancement est prévu pour janvier 2025, permettra aux citoyens d’effectuer des paiements via leurs téléphones portables, sans nécessiter de carte bancaire physique. Les utilisateurs pourront lier leurs comptes bancaires ou leurs portefeuilles électroniques à une application dédiée, facilitant ainsi les transactions au quotidien, que ce soit pour régler des factures, effectuer des achats en ligne ou transférer de l’argent. Le GIE Monétique, qui regroupe les principales banques publiques et privées du pays, a souligné que cette solution s’appuiera sur des protocoles de sécurité renforcés, conformes aux standards internationaux en matière de protection des données.
Une réponse à la demande croissante de services financiers digitaux
L’Algérie enregistre une progression constante de l’usage des services bancaires digitaux, portée par l’augmentation du taux de pénétration de la téléphonie mobile, qui dépasse aujourd’hui les 120 % selon l’Autorité de Régulation de la Poste et des Communications Électroniques (ARPCE). Cependant, près de 60 % des transactions restent effectuées en espèces, un chiffre que les autorités cherchent à réduire pour limiter les risques liés à la circulation monétaire et améliorer la traçabilité des flux financiers. Le paiement mobile s’inscrit dans cette dynamique, en offrant une alternative accessible, notamment pour les populations non bancarisées ou résidant dans des zones rurales.
Le ministre des Finances, Laaziz Faid, avait évoqué en octobre 2024 l’importance de ce type d’innovations pour soutenir l’économie nationale, rappelant que « la digitalisation des paiements est un levier essentiel pour renforcer la transparence et stimuler l’activité économique ». Le projet s’aligne également sur les recommandations de la Banque Mondiale, qui encourage les pays émergents à développer des solutions de paiement mobile pour favoriser l’inclusion financière.
Des défis techniques et sécuritaires à relever
Si le paiement mobile représente une avancée significative, son déploiement en Algérie soulève plusieurs enjeux. Le premier concerne l’infrastructure technologique : les opérateurs télécoms, comme Algérie Télécom, Mobilis et Djezzy, devront garantir une couverture réseau stable et des débits suffisants pour supporter les transactions en temps réel. L’ARPCE a indiqué travailler en étroite collaboration avec ces acteurs pour optimiser les réseaux, notamment via le déploiement de la 4G et la préparation du passage à la 5G, prévue pour 2026.
La cybersécurité constitue un autre défi majeur. Les récentes cyberattaques ciblant des institutions financières en Algérie, comme celle subie par la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) en 2023, ont rappelé la vulnérabilité des systèmes informatiques. Le GIE Monétique a assuré que le nouveau système intégrera des mécanismes de cryptage avancés et une authentification à deux facteurs pour protéger les utilisateurs. Par ailleurs, une campagne de sensibilisation sera lancée pour informer les citoyens des bonnes pratiques, comme la vérification des liens de paiement et la protection de leurs identifiants.
Un écosystème en construction
Le succès du paiement mobile dépendra aussi de l’adhésion des commerçants et des prestataires de services. Le GIE Monétique prévoit d’accompagner les petites et moyennes entreprises (PME) dans l’adoption de terminaux de paiement compatibles avec le système, via des partenariats avec des fournisseurs locaux comme Condor Electronics ou des startups spécialisées dans les solutions fintech. Des incitations fiscales pourraient être proposées pour encourager les commerçants à s’équiper, comme l’a suggéré le ministre du Commerce, Kamel Rezig, lors d’une récente réunion avec les représentants du secteur.
Par ailleurs, le système de paiement mobile s’intégrera dans un écosystème plus large, incluant les plateformes de e-commerce et les services publics. La Société Nationale des Transports Ferroviaires (SNTF) a déjà annoncé son intention d’accepter les paiements mobiles pour l’achat de billets de train, tandis que la Sonelgaz étudie une extension de ce mode de règlement pour les factures d’électricité et de gaz. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du plan « Algérie Numérique 2025 », qui vise à digitaliser 80 % des services administratifs d’ici la fin de la décennie.
Comparaisons régionales et enjeux géopolitiques
L’Algérie rejoint ainsi d’autres pays du Maghreb et d’Afrique dans la course au paiement mobile. Le Maroc a lancé son système « M-Wallet » en 2020, tandis que la Tunisie a généralisé les paiements par mobile via « D17 » en 2022. Cependant, l’Algérie se distingue par l’ampleur de son marché, avec plus de 50 millions d’abonnés mobiles, et par sa volonté de développer une solution souveraine, indépendante des géants internationaux comme Visa ou Mastercard.
Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté numérique, défendue par le président Abdelmadjid Tebboune. En novembre 2024, lors d’un Conseil des ministres, il avait insisté sur la nécessité de « maîtriser les technologies clés pour ne pas dépendre de solutions étrangères », citant en exemple le cloud souverain et les systèmes de paiement locaux. Le paiement mobile algérien pourrait ainsi devenir un modèle pour d’autres pays africains, notamment ceux de la zone UMA (Union du Maghreb Arabe), où les échanges économiques restent limités par des barrières monétaires et technologiques.
Perspectives pour les citoyens et l’économie
Pour les Algériens, le paiement mobile promet de simplifier les transactions au quotidien. Les travailleurs indépendants, les artisans et les petits commerçants, souvent exclus du système bancaire traditionnel, pourront accéder à des services financiers de base sans ouvrir de compte. Les transferts d’argent entre particuliers, notamment pour les familles dispersées entre les wilayas, devraient également gagner en rapidité et en sécurité.
Sur le plan économique, cette innovation pourrait stimuler la consommation et réduire l’économie informelle, qui représente encore près de 30 % du PIB selon les estimations de la Banque d’Algérie. En facilitant les paiements électroniques, le système permettra une meilleure traçabilité des flux financiers, ce qui pourrait attirer davantage d’investisseurs étrangers. Les startups algériennes spécialisées dans la fintech, comme Temtem ou Yassir, pourraient aussi bénéficier de cet élan pour développer de nouveaux services, comme le microcrédit ou l’assurance digitale.
Le déploiement du paiement mobile en Algérie marque une étape concrète vers une économie plus digitale et inclusive. Si les défis techniques et sécuritaires restent importants, les acteurs publics et privés semblent déterminés à les surmonter pour offrir aux citoyens une solution moderne et accessible. Reste à voir comment les Algériens s’approprieront cet outil, et si son adoption massive pourra transformer durablement les habitudes de consommation dans le pays.