L’Algérie a signé récemment un partenariat stratégique avec le Pakistan dans les secteurs des mines et des engrais, marquant une nouvelle étape dans sa diversification industrielle. Selon L’Algérie Aujourd’hui, cet accord, conclu en août 2025, vise à renforcer les échanges économiques entre les deux pays et à exploiter les ressources naturelles algériennes, notamment en phosphates et en potasse.
Un partenariat aux enjeux économiques et agricoles
Le ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Ali Aoun, a souligné l’importance de ce partenariat pour l’Algérie, qui cherche à développer ses capacités de production d’engrais. Le pays, déjà l’un des principaux exportateurs de phosphate au monde, entend valoriser ses gisements pour répondre à la demande croissante en fertilisants, notamment en Asie du Sud. Le Pakistan, de son côté, dépend largement des importations pour son agriculture, un secteur clé de son économie.
L’accord prévoit des investissements conjoints dans l’exploration minière et la construction d’usines de transformation. Selon des sources proches du dossier, une délégation pakistanaise a visité récemment les sites miniers de Djebel Onk, dans la wilaya de Tébessa, où se trouvent d’importants gisements de phosphate. Ces ressources pourraient alimenter des projets industriels communs, avec un accent sur la production d’engrais phosphatés et azotés.
Des retombées attendues pour l’industrie algérienne
Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification économique, portée par le président Abdelmadjid Tebboune. Le gouvernement mise sur le développement des industries extractives et chimiques pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Selon des données du ministère de l’Industrie, l’Algérie exporte environ 2 millions de tonnes de phosphate brut par an, mais seulement une faible partie est transformée localement en engrais.
L’accord avec le Pakistan pourrait accélérer la modernisation des infrastructures industrielles algériennes. Des entreprises publiques comme l’Entreprise nationale des produits miniers non ferreux et des substances utiles (ENOF) et l’Entreprise nationale des engrais (ASMIDAL) sont directement concernées. Des discussions sont en cours pour la création de joint-ventures, avec un transfert de technologie dans la production d’engrais complexes, essentiels pour l’agriculture pakistanaise.
Des défis logistiques et géopolitiques
Malgré les opportunités, ce partenariat soulève des questions logistiques. Le transport des matières premières depuis les mines algériennes vers les ports méditerranéens, puis vers le Pakistan, nécessite des infrastructures adaptées. Le port de Skikda, déjà utilisé pour les exportations de gaz, pourrait jouer un rôle clé dans ce dispositif. Des investissements sont également envisagés pour améliorer les capacités de stockage et de manutention.
Sur le plan géopolitique, cet accord s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération Sud-Sud. L’Algérie, qui renforce ses liens avec plusieurs pays asiatiques et africains, cherche à positionner son industrie minière comme un acteur régional. Le Pakistan, confronté à des défis économiques, voit dans ce partenariat une opportunité pour sécuriser ses approvisionnements en engrais, dans un contexte de volatilité des prix mondiaux.
Une concurrence internationale à anticiper
L’Algérie n’est pas le seul pays à cibler le marché pakistanais. Le Maroc, premier exportateur mondial de phosphate, et la Chine, principal producteur d’engrais, sont déjà des fournisseurs majeurs du Pakistan. Pour se différencier, Alger mise sur des prix compétitifs et des conditions de livraison avantageuses. Selon des analystes cités par El Watan, la proximité géographique entre l’Algérie et le Pakistan, via la mer Rouge, pourrait réduire les coûts de transport par rapport aux concurrents éloignés.
Ce partenariat pourrait aussi ouvrir la voie à des collaborations dans d’autres secteurs, comme l’énergie ou les infrastructures. Des discussions préliminaires ont eu lieu sur la possibilité d’exporter du gaz algérien vers le Pakistan, un pays en quête de diversification énergétique.
Vers une intégration industrielle régionale
À plus long terme, cet accord pourrait s’étendre à d’autres pays de la région. L’Algérie a déjà signé des mémorandums d’entente avec la Tunisie et la Mauritanie pour des projets miniers transfrontaliers. Le Pakistan, de son côté, cherche à renforcer ses liens avec l’Afrique du Nord, notamment dans le cadre de l’Organisation de coopération islamique (OCI).
Pour l’Algérie, ce partenariat représente une opportunité de consolider son rôle de fournisseur stratégique en Afrique et en Asie. Il s’inscrit dans une politique industrielle ambitieuse, qui vise à transformer les ressources naturelles en produits à haute valeur ajoutée. Si les premiers projets aboutissent, ce modèle pourrait être reproduit avec d’autres pays, renforçant ainsi la position de l’Algérie sur la scène économique internationale.