Algérie commande 205 locomotives pour moderniser son rail

L’Algérie a lancé récemment deux appels d’offres distincts pour l’acquisition de 205 locomotives, marquant une étape décisive dans la modernisation de son réseau ferroviaire. Selon les informations publiées par La Tribune et TSA, 85 locomotives ont été commandées dans un premier temps, tandis qu’un second processus concerne 120 unités supplémentaires. Ces achats s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à renforcer les capacités de transport de marchandises et de passagers, notamment dans les régions sahariennes et les zones industrielles.

Un investissement ciblé pour le fret et le transport régional
Les nouvelles locomotives, dont les modèles et les fournisseurs n’ont pas encore été officiellement dévoilés, devraient être déployées sur des axes stratégiques. Parmi eux, la ligne Béchar-Tindouf-Gara Djebilet, inaugurée en février 2026, joue un rôle clé dans le désenclavement du Sud et l’exploitation des gisements de fer de Gara Djebilet. Selon La Patrie News, l’Union internationale des chemins de fer (UIC) a salué cette inauguration, soulignant son impact sur l’intégration économique des wilayas du Sud. Le ministre des Travaux publics, Lakhdar Rekhroukh, a indiqué que ces équipements permettront d’augmenter la capacité de transport de minerais, réduisant ainsi la dépendance aux camions pour les longues distances.

Réduction des coûts logistiques et relance industrielle
L’Algérie mise sur le rail pour diminuer les coûts de transport, estimés à 15 % du prix final des marchandises selon une étude de la Banque mondiale citée par El Watan. Le fret ferroviaire, actuellement sous-exploité, pourrait absorber une partie du trafic routier, notamment pour les produits pétroliers, les céréales et les matériaux de construction. La Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) prévoit d’atteindre un objectif de 50 millions de tonnes transportées par an d’ici 2028, contre 20 millions en 2023. Ces locomotives, dotées de technologies modernes, devraient améliorer la régularité des convois et réduire les temps de trajet entre les ports et les zones industrielles.

Financement et calendrier de livraison
Les contrats, d’un montant non divulgué, s’inscrivent dans le cadre du plan quinquennal 2025-2029, qui alloue 1 500 milliards de dinars aux infrastructures ferroviaires. Selon des sources proches du dossier citées par TSA, les premières livraisons pourraient intervenir dès 2027, avec une priorité accordée aux locomotives dédiées au fret. Le reste des engins sera affecté au transport de passagers, notamment sur les lignes Alger-Oran, Alger-Annaba et Alger-Constantine, où la demande dépasse souvent l’offre. Le ministre Rekhroukh a précisé que ces acquisitions s’accompagneront de travaux de modernisation des voies et des gares, financés par des partenariats public-privé.

Défis techniques et formation des agents
L’intégration de ces nouvelles locomotives pose plusieurs défis, notamment en matière de maintenance et de formation des conducteurs. La SNTF a lancé un programme de recyclage pour 500 agents, en collaboration avec l’École nationale des chemins de fer de Rouïba. Par ailleurs, des ateliers de réparation seront construits à Sidi Bel Abbès et Ouargla pour assurer un suivi technique optimal. Le Matin d’Algérie rapporte que des experts chinois et allemands, partenaires historiques de l’Algérie dans le secteur ferroviaire, participeront à la mise en service des équipements.

Impact sur les usagers et les entreprises
Pour les voyageurs, ces investissements devraient se traduire par une amélioration de la ponctualité et du confort. La SNTF envisage d’introduire des trains à deux étages sur les lignes les plus fréquentées, comme Alger-Blida, où les retards et la surcharge sont récurrents. Du côté des entreprises, les industriels du secteur minier et agricole attendent une baisse des coûts de transport. Le groupe Manal, spécialisé dans l’agroalimentaire, a déjà signé un accord avec la SNTF pour expédier ses produits vers les ports de Béjaïa et Skikda par rail, réduisant ainsi ses dépenses logistiques de 20 %.

Un projet intégré dans une vision nationale
Ces commandes s’ajoutent à d’autres initiatives récentes, comme l’importation de 10 000 bus pour le transport urbain, dont une première cargaison a été réceptionnée au port d’Alger en février 2026. Selon Autobip.com, l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (ETUSA) a lancé un nouveau programme de desserte à partir de septembre 2025, visant à désengorger les axes routiers de la capitale. Ces projets s’inscrivent dans la loi de finances 2025, qui prévoit une enveloppe de 3 000 milliards de dinars pour les infrastructures de transport, incluant routes, métros et tramways.

Réactions des acteurs économiques
Les opérateurs économiques saluent cette dynamique. Le président de la Confédération algérienne du patronat (CAP), Reda Hamiani, a déclaré à L’Expression que « ces investissements sont essentiels pour relancer la compétitivité des entreprises algériennes ». Du côté des citoyens, les attentes portent sur une amélioration tangible des services. Un usager interrogé par El Khabar à la gare d’Alger a exprimé son espoir de voir « moins de retards et plus de trains aux heures de pointe ».

Perspectives à moyen terme
À l’horizon 2030, l’Algérie vise un réseau ferroviaire de 12 000 kilomètres, contre 4 500 actuellement. Les projets en cours incluent la ligne à grande vitesse Alger-Oran, dont les travaux ont débuté en 2024, et l’extension du métro d’Alger vers Baraki et Zéralda. Ces développements s’accompagnent d’une volonté de réduire la dépendance aux hydrocarbures en diversifiant les sources de revenus, notamment via le transport de marchandises. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cité dans un rapport de 2019, l’amélioration des infrastructures pourrait générer une croissance annuelle de 1,5 % du PIB.

L’Algérie confirme ainsi sa volonté de faire du rail un pilier de son développement économique, tout en répondant aux besoins croissants de mobilité de sa population.

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