L’accord franco-algérien de 1968, souvent évoqué cette semaine par les médias français et algériens, refait surface dans le débat public. Signé dans la foulée de l’indépendance, ce texte régit encore aujourd’hui les relations entre les deux pays, notamment en matière de circulation des personnes, de travail et de sécurité sociale. Mais au-delà de son caractère historique, ce renouveau médiatique soulève des questions sur son impact concret pour les entrepreneurs algériens et la diaspora économique.
Un texte toujours en vigueur
L’accord de 1968, complété par des échanges ultérieurs comme l’avenant de 1985, encadre encore les mouvements migratoires entre l’Algérie et la France. Il permet aux Algériens de travailler en France sous conditions, tout en garantissant aux Français des droits similaires en Algérie. Selon l’Alliance Solidaire des Français de l’Étranger, qui cite des sources diplomatiques, ce cadre juridique reste la référence pour les ressortissants des deux pays souhaitant s’installer ou investir.
Pour les entrepreneurs algériens, cette stabilité juridique est un atout. Elle offre une visibilité sur les règles du jeu, notamment pour ceux qui souhaitent développer des projets transfrontaliers. Un exemple concret : la création d’une entreprise en France par un Algérien, ou inversement, peut s’appuyer sur ce texte pour sécuriser le statut des associés et des employés.
Des retombées économiques tangibles
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France restent parmi les plus importants pour Alger. En 2025, la France représentait encore 12 % des importations algériennes, avec un volume d’échanges estimé à plus de 8 milliards d’euros par an, d’après les chiffres du Centre national du registre du commerce (CNRC). Des secteurs comme l’agroalimentaire, l’énergie et les services sont particulièrement dynamiques.
Pour les entrepreneurs locaux, l’accord de 1968 facilite les partenariats avec des entreprises françaises. Par exemple, un cabinet d’études algérien peut collaborer avec un groupe français sur un projet énergétique en Algérie, en s’appuyant sur les dispositions de l’accord pour faciliter les déplacements des experts et le transfert de fonds. Selon la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), plus de 500 entreprises algériennes ont des liens directs avec des partenaires français, un chiffre en hausse depuis 2020.
Un levier pour la diaspora
La diaspora algérienne en France, forte de plus de 2 millions de personnes, joue un rôle clé dans l’économie des deux pays. Beaucoup d’entre eux sont des entrepreneurs ou des investisseurs. Grâce à l’accord de 1968, ils peuvent créer des entreprises en Algérie tout en conservant leur statut en France. Un cas typique : un entrepreneur basé à Lyon qui lance une start-up à Alger tout en gérant son activité depuis la France, en profitant des dispositifs de double affiliation à la sécurité sociale.
Cependant, des obstacles persistent. Les restrictions administratives en Algérie, comme les délais pour obtenir des visas ou les lourdeurs bureaucratiques, freinent encore les échanges. En 2025, le ministère des Affaires étrangères algérien a reconnu des retards dans le traitement des dossiers de visas pour les hommes d’affaires, un point souvent soulevé par la CACI.
Un cadre à moderniser ?
Plusieurs voix s’élèvent pour demander une révision de l’accord, afin de mieux refléter les réalités économiques actuelles. En 2024, le Forum des chefs d’entreprise (FCE) avait déjà plaidé pour un texte plus adapté aux enjeux des start-up et des investissements verts. L’idée n’est pas de renégocier l’accord existant, mais de l’enrichir avec des protocoles sectoriels, notamment sur les énergies renouvelables et le numérique.
Un exemple de cette dynamique : Proparco, filiale de l’AFD, s’est associée en 2026 avec Yas et AXIAN Energy pour financer des projets de transition énergétique en Afrique, dont certains incluent des partenariats franco-algériens. Ces initiatives montrent que l’accord de 1968, bien que centré sur les questions migratoires, peut servir de base pour des collaborations économiques plus larges.
À retenir pour les entrepreneurs
L’accord de 1968 reste un outil juridique stable pour les échanges entre l’Algérie et la France. Pour les entrepreneurs, il offre une base sécurisée pour les projets transfrontaliers, mais son efficacité dépendra de la simplification des procédures administratives. Les secteurs de l’énergie et des services sont les plus dynamiques, avec des opportunités pour les PME algériennes et les investisseurs de la diaspora.
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