L’Algérie absente du soutien international à la Palestine

En février 2024, le site d’analyse géopolitique Orient XXI publiait un article intitulé « L’Algérie, grande absente du soutien international à la Palestine », soulevant une question sensible pour la diplomatie algérienne. Ce constat, relayé par plusieurs médias internationaux, contraste avec l’image historique d’Alger comme bastion de la cause palestinienne. Pourtant, les faits récents montrent une position plus nuancée, voire en retrait, sur la scène internationale.

Une tradition diplomatique mise à l'épreuve

D’après des sources diplomatiques citées par le site, Alger aurait privilégié une approche discrète, évitant les déclarations publiques ou les actions médiatisées. Cette stratégie contraste avec celle d’autres pays arabes comme l’Iran, le Qatar ou même la Tunisie, qui ont multiplié les prises de position et les initiatives humanitaires. L’Algérie, elle, n’a pas organisé de conférences internationales sur la Palestine en 2023 ou 2024, ni proposé de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, contrairement à son habitude lors des crises précédentes.

Des explications multiples

Ensuite, l’Algérie a adopté une posture de non-alignement strict, refusant de s’engager dans des alliances militaires ou politiques qui pourraient compromettre sa souveraineté. Cette ligne, défendue par Tebboune, exclut toute intervention directe dans les conflits extérieurs, même symbolique. « L’Algérie ne veut pas être un acteur de division dans le monde arabe », explique un diplomate algérien sous couvert d’anonymat, cité par El Watan. Cette prudence s’inscrit dans une volonté de préserver des relations équilibrées avec tous les acteurs régionaux, y compris ceux qui entretiennent des liens avec Israël.

Enfin, les contraintes économiques jouent un rôle. L’Algérie, dépendante de ses exportations de gaz, a besoin de maintenir des relations stables avec l’Europe et les États-Unis. Une position trop tranchée sur la Palestine pourrait compliquer ses négociations commerciales, notamment avec l’Union européenne, qui a récemment renforcé ses partenariats énergétiques avec Alger.

Une absence remarquée sur le terrain humanitaire

Cette discrétion contraste avec les actions passées. En 2014, lors de l’opération « Bordure protectrice » à Gaza, l’Algérie avait envoyé des avions chargés de médicaments et de vivres, et avait accueilli des enfants palestiniens pour des soins. En 2021, elle avait également organisé une collecte nationale de fonds, relayée par les médias publics. Rien de tel en 2023-2024, où les initiatives algériennes sont restées confidentielles.

Réactions et critiques internes

Le gouvernement, lui, n’a pas réagi officiellement à l’article d’Orient XXI. Cependant, lors d’une rencontre avec des responsables palestiniens en décembre 2023, Tebboune a réaffirmé que « l’Algérie restera toujours aux côtés du peuple palestinien ». Une déclaration qui n’a pas dissipé les interrogations sur les raisons de ce retrait apparent.

Une stratégie en évolution

Pour la Palestine, cela signifie que l’Algérie continue de soutenir la cause, mais sans s’impliquer dans les dynamiques de confrontation entre blocs. « Notre priorité est la stabilité du monde arabe et la résolution pacifique des conflits », explique Ahmed Attaf dans une interview accordée à Al Jazeera en 2024. Cette position, bien que critiquée par certains, pourrait s’avérer durable, surtout si la crise à Gaza se prolonge sans issue politique claire.

Un rôle à redéfinir

Cependant, cette discrétion pourrait aussi être une stratégie. En évitant de s’exposer, l’Algérie préserve sa capacité à agir en coulisses, comme elle l’a fait lors des négociations pour la libération de prisonniers palestiniens en 2022. « L’Algérie n’a pas disparu, elle attend son moment », estime un analyste cité par Middle East Eye.

Pour l’instant, le pays reste un soutien financier et politique de la Palestine, mais sans la visibilité d’autrefois. Cette nouvelle approche, si elle se confirme, marquera un tournant dans la diplomatie algérienne, moins idéologique et plus pragmatique. Reste à savoir si elle portera ses fruits sur le long terme.

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