L’Algérie confirme son rôle de fournisseur clé sur les marchés énergétiques émergents. Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, a récemment signé des accords de long terme avec des partenaires en Inde et au Brésil, renforçant sa présence hors des marchés traditionnels européens. Ces contrats s’inscrivent dans une stratégie de diversification des débouchés, alors que l’Europe réduit progressivement sa dépendance aux énergies fossiles.
Selon Jeune Afrique, Sonatrach a finalisé un accord avec la société indienne Petronet LNG pour la livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) sur une période de cinq ans. Le volume exact n’a pas été divulgué, mais des sources proches du dossier évoquent des livraisons annuelles de l’ordre de 1,5 million de tonnes. L’Inde, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements pour soutenir sa croissance économique, devient ainsi un partenaire stratégique pour l’Algérie. Le pays asiatique, troisième consommateur mondial d’énergie, a vu sa demande en GNL augmenter de 15 % en 2024, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie.
Au Brésil, Sonatrach a conclu un partenariat avec Petrobras pour la fourniture de GNL et le développement conjoint de projets d’exploration. Le géant brésilien, qui cherche à réduire sa dépendance aux importations de gaz bolivien, a salué la fiabilité de l’Algérie comme fournisseur. Les deux entreprises ont également évoqué des collaborations futures dans les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert. Un responsable de Petrobras, cité par Reuters, a souligné que « l’Algérie dispose d’un potentiel énorme en matière de transition énergétique, avec un ensoleillement parmi les plus élevés au monde ».
Ces accords s’ajoutent à une série de contrats signés avec la Turquie en 2024, où Sonatrach a augmenté ses livraisons de gaz de 20 % par rapport à l’année précédente. La compagnie algérienne a également renforcé ses positions en Afrique, avec des livraisons accrues vers le Maroc et la Tunisie, malgré les tensions diplomatiques récurrentes avec Rabat.
La stratégie de diversification de Sonatrach répond à plusieurs enjeux. D’abord, elle permet de compenser la baisse des exportations vers l’Europe, où la demande en gaz algérien a reculé de 8 % en 2024, selon les chiffres de la Commission européenne. Ensuite, elle sécurise des revenus à long terme dans un contexte de volatilité des prix des hydrocarbures. Enfin, elle positionne l’Algérie comme un acteur incontournable sur les marchés émergents, où la demande en énergie devrait croître de 30 % d’ici 2030, selon l’OPEP.
Les contrats avec l’Inde et le Brésil incluent des clauses de flexibilité, permettant d’ajuster les volumes en fonction des besoins des clients et des capacités de production algériennes. Sonatrach a également insisté sur la compétitivité de ses prix, notamment face aux fournisseurs américains et qatariens. Un analyste du secteur, interrogé par El Watan, explique que « l’Algérie mise sur des contrats à long terme pour stabiliser ses revenus, tout en restant agile pour profiter des hausses de prix sur les marchés spot ».
Sur le plan logistique, ces nouveaux accords posent des défis. L’Inde et le Brésil sont éloignés des terminaux de liquéfaction algériens, situés principalement à Arzew et Skikda. Sonatrach a dû négocier des créneaux de chargement prioritaires avec ses partenaires maritimes, dont la société nationale de transport maritime CNAN. La compagnie a également investi dans la modernisation de ses infrastructures portuaires pour accélérer les opérations de chargement et de déchargement.
En parallèle, Sonatrach poursuit ses efforts pour augmenter sa production. La compagnie a annoncé en décembre 2024 le lancement de nouveaux forages dans le bassin de Berkine, dans le sud-est du pays, en partenariat avec des sociétés étrangères comme TotalEnergies et Eni. Ces projets visent à porter la production gazière à 130 milliards de mètres cubes par an d’ici 2027, contre 100 milliards actuellement. Selon le Courrier d’Algérie, la production a déjà augmenté de 5 % en 2025, grâce à la mise en service de nouveaux gisements dans le sud.
Les accords avec l’Inde et le Brésil interviennent alors que Sonatrach renforce ses investissements dans les énergies renouvelables. La compagnie a lancé en 2024 un plan de 5 milliards de dollars pour développer des projets solaires et éoliens, avec l’objectif de produire 15 000 mégawatts d’électricité verte d’ici 2030. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie nationale de transition énergétique, qui prévoit de réduire la part des hydrocarbures dans le mix énergétique algérien à 50 % d’ici 2035.
Les retombées économiques de ces contrats sont déjà visibles. Les recettes des exportations d’hydrocarbures ont atteint 45 milliards de dollars en 2024, en hausse de 3 % par rapport à 2023, selon les données de la Banque d’Algérie. Cette performance a permis de financer des projets d’infrastructure et de soutenir la balance commerciale du pays. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a récemment déclaré que « ces contrats garantissent des revenus stables pour les années à venir, tout en ouvrant de nouvelles opportunités pour l’économie algérienne ».
Les défis restent néanmoins nombreux. La concurrence sur les marchés du GNL s’intensifie, avec l’entrée en jeu de nouveaux acteurs comme le Mozambique et les États-Unis. Par ailleurs, les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient perturber les routes maritimes et affecter les livraisons. Sonatrach devra également gérer les attentes croissantes des pays clients en matière de décarbonation, alors que l’Algérie mise encore à 90 % sur les hydrocarbures pour ses exportations.
Malgré ces obstacles, l’Algérie semble déterminée à consolider sa position de leader régional dans le secteur énergétique. Les contrats signés avec l’Inde et le Brésil marquent une étape importante dans cette stratégie, tout en confirmant la capacité de Sonatrach à s’adapter aux mutations du marché mondial de l’énergie.