Alger, mars 2025 — Le géant pétrolier et gazier algérien Sonatrach a enregistré une performance financière remarquable en 2024, avec un bénéfice net en progression de 20% par rapport à l’année précédente. Cette annonce, relayée par Réalités Magazine début décembre 2025, confirme la résilience du secteur des hydrocarbures en Algérie malgré un contexte énergétique mondial marqué par des tensions géopolitiques et des fluctuations des prix.
Selon les données publiées, cette hausse s’explique principalement par une augmentation des revenus tirés des exportations de gaz naturel, dont l’Algérie reste l’un des principaux fournisseurs pour l’Europe. Le groupe a également bénéficié d’une optimisation de ses coûts opérationnels et d’une diversification de ses partenariats internationaux, notamment avec des pays comme l’Italie et l’Espagne, qui ont accru leurs achats pour réduire leur dépendance au gaz russe.
Une stratégie axée sur les exportations et les investissements
Sonatrach a renforcé ses capacités d’exportation en 2024, avec la mise en service de nouvelles infrastructures, dont le gazoduc transsaharien en partenariat avec le Nigeria. Ce projet, longtemps retardé, a permis d’augmenter les volumes de gaz acheminés vers l’Europe via l’Algérie. Par ailleurs, le groupe a poursuivi ses investissements dans l’exploration et la production, avec des découvertes significatives dans le bassin de Berkine et le champ gazier de Hassi R’Mel.
Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a souligné lors d’une conférence de presse récente que cette performance reflétait « la solidité de la stratégie énergétique algérienne, basée sur la diversification des marchés et l’innovation technologique ». Il a également rappelé que Sonatrach prévoyait d’investir plus de 40 milliards de dollars d’ici 2027 pour moderniser ses installations et développer les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert.
L’Europe, un partenaire clé malgré les défis
L’Algérie a consolidé sa position de fournisseur stratégique pour l’Union européenne, qui cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes. Selon Le Point, les livraisons de gaz algérien vers l’Europe ont augmenté de 15% en 2024, faisant de l’Algérie le deuxième fournisseur du continent après la Norvège. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre des accords signés entre Alger et Bruxelles en 2022, qui prévoient une coopération renforcée dans les domaines du gaz, de l’hydrogène et des énergies renouvelables.
Cependant, cette dépendance accrue de l’Europe au gaz algérien pose des questions sur la pérennité de cette relation. Des experts cités par Connaissance des Énergies estiment que l’Algérie devra accélérer sa transition énergétique pour maintenir sa compétitivité face à la concurrence des énergies renouvelables et des autres fournisseurs, comme les États-Unis ou le Qatar.
Des défis internes et externes
Malgré ces résultats positifs, Sonatrach fait face à plusieurs défis. Sur le plan interne, le groupe doit composer avec des contraintes budgétaires liées aux subventions énergétiques en Algérie, qui pèsent sur les finances publiques. Par ailleurs, la volatilité des prix du pétrole et du gaz, ainsi que les tensions géopolitiques au Sahel, pourraient affecter la stabilité des approvisionnements.
Sur le plan environnemental, l’Algérie est sous pression pour réduire son empreinte carbone. Le pays a lancé plusieurs projets d’hydrogène vert, comme celui annoncé en octobre 2024 pour connecter l’Algérie à l’Europe via un réseau dédié. Cependant, des ONG comme Survie.org alertent sur les risques d’accaparement des terres et de pollution liés à ces projets, notamment dans le sud du pays.
Un avenir entre hydrocarbures et transition énergétique
Pour Sonatrach, l’enjeu des prochaines années sera de concilier exploitation des hydrocarbures et transition vers des énergies plus propres. Le groupe a annoncé son intention de porter la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique à 30% d’ici 2030, en s’appuyant sur des partenariats avec des entreprises européennes et asiatiques.
Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé lors d’un discours en juin 2024 que l’Algérie ne renoncerait pas à ses ressources en hydrocarbures, mais qu’elle miserait sur une exploitation « responsable et durable ». Cette approche vise à garantir des revenus stables pour l’État tout en préparant l’après-pétrole.
En attendant, la hausse des bénéfices de Sonatrach en 2024 offre une marge de manœuvre supplémentaire pour financer les grands projets industriels et sociaux du pays. Reste à savoir si cette dynamique pourra se maintenir dans un contexte mondial de plus en plus incertain.