Revue de presse : Relations Algérie Maroc, Importations Algérie, Hydrocarbures Algérie…

L’Algérie est un pays où les contradictions ne s’annulent pas, elles coexistent. Comme un moteur tournant à la fois à l’essence et à l’électricité, elle avance en oscillant entre deux temporalités : celle, immédiate, des hydrocarbures et des rapports de force géopolitiques, et celle, plus lente, des réformes structurelles et des aspirations sociales. Les dix domaines d’actualité qui agitent le pays en ce second semestre 2025 ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’une même tension fondamentale – celle d’une nation qui cherche à concilier souveraineté, développement et héritage postcolonial, tout en étant prise dans les rets d’un système économique et politique qui résiste au changement.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard. Les dossiers ne s’additionnent pas : ils s’articulent, se répondent, parfois s’opposent. Le Sahara occidental n’est pas qu’une question de diplomatie ; il est le miroir des ambitions énergétiques et militaires de l’Algérie, mais aussi de sa peur de l’encerclement. Les importations record ne sont pas un simple indicateur économique ; elles révèlent une dépendance structurelle qui sape les discours sur la diversification. Et quand la société civile gronde, ce n’est pas seulement pour des salaires ou des statuts : c’est contre l’immobilisme d’un État qui, malgré ses ressources, peine à offrir autre chose que des promesses.

Pour comprendre l’Algérie aujourd’hui, il faut accepter de naviguer entre ces strates, comme on traverse les couches géologiques d’un sous-sol riche en pétrole, mais aussi en fractures.

**LE SAHARA OCCIDENTAL : L’OMBRE PORTÉE DE L’ALGÉRIE SUR LE MAGHREB**

Le conflit du Sahara occidental n’est plus seulement une question de décolonisation ou de droit international. Il est devenu le terrain d’une guerre froide maghrébine, où chaque acteur joue sa partition avec une intensité renouvelée. L’Algérie, qui soutient le Front Polisario depuis des décennies, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un jeu d’échecs à trois dimensions : diplomatique, énergétique et militaire.

Les récentes pressions américaines pour imposer une « paix au pas de course » – selon la formule lapidaire d’un diplomate algérien – ne sont pas innocentes. Washington cherche à sécuriser ses intérêts dans une région où la Chine et la Russie étendent leur influence, et où l’Algérie, avec ses réserves de gaz, est un partenaire incontournable. Mais pour Alger, toute solution qui ne reconnaîtrait pas le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui serait une capitulation. D’où son refus catégorique de céder aux pressions, même quand la Russie, traditionnellement alliée, entrouvre la porte à une résolution du conflit. Moscou joue ici un double jeu : d’un côté, il soutient l’Algérie sur le plan énergétique (avec des contrats gaziers en hausse) ; de l’autre, il ménage le Maroc, qui reste un client important pour ses ventes d’armes.

Cette tension diplomatique a des répercussions concrètes. Le renforcement de la base aérienne de Bir Anzarane par les Forces armées royales (FAR) marocaines, ainsi que l’utilisation croissante de drones pour surveiller la zone tampon, montrent que le conflit est entré dans une phase de militarisation rampante. L’Algérie, qui a massivement investi dans son arsenal militaire ces dernières années (notamment avec des achats de systèmes russes S-400), ne peut se permettre de rester passive. Mais elle sait aussi que toute escalade ouverte serait catastrophique pour sa stabilité économique.

Car c’est là que le bât blesse : l’Algérie a besoin de paix pour exporter son gaz vers l’Europe, mais elle a aussi besoin de maintenir une posture de fermeté pour ne pas perdre la face face au Maroc. Ce dilemme explique pourquoi, malgré les provocations, Alger évite soigneusement l’affrontement direct. Le football lui-même devient un terrain de cette guerre larvée : quand la CAF, sous pression marocaine, tend une main « d’apaisement » à l’Algérie, c’est moins un geste de réconciliation qu’une manœuvre pour affaiblir la position algérienne dans les instances sportives – et, par ricochet, politiques.

**HYDROCARBURES : LE PARADOXE D’UNE RICHESSE QUI ÉTOUFFE**

L’Algérie est assise sur un trésor. Avec 7 nouveaux blocs ouverts à l’exploration et le lancement du Bid Round 2026, le pays cherche à attirer les investisseurs étrangers pour relancer une production pétrolière en baisse depuis janvier 2025. Les chiffres sont éloquents : malgré des réserves colossales, la production a chuté de près de 15 % en un an, en partie à cause du vieillissement des infrastructures, mais aussi en raison d’un manque d’investissements locaux.

Pourtant, l’Algérie se targue d’être « la plus attractive d’Afrique » pour les investissements étrangers. Comment expliquer ce paradoxe ? D’abord, par une réalité géopolitique : l’Europe, en quête de diversification après la guerre en Ukraine, voit dans l’Algérie un fournisseur fiable. Ensuite, par une stratégie de communication bien huilée, qui met en avant des contrats avantageux et une stabilité politique relative.

Mais cette attractivité a un prix. En ouvrant davantage son secteur énergétique aux multinationales, l’Algérie prend le risque de reproduire les erreurs du passé : une dépendance accrue aux technologies étrangères, une fuite des compétences locales, et surtout, une économie toujours plus ancrée dans la rente. Car malgré les discours sur la diversification, les hydrocarbures représentent encore 90 % des exportations algériennes. Et quand les cours du pétrole baissent – comme c’est le cas depuis 2023 –, c’est toute l’économie qui vacille.

Les chiffres de l’ONS pour le deuxième trimestre 2025 sont révélateurs : recul des exportations, hausse des importations (notamment en électronique et électroménager), et un déficit commercial qui se creuse. L’Algérie importe massivement ce qu’elle pourrait produire localement, faute d’une industrie compétitive. Et quand elle tente de soutenir des filières, comme l’électronique, c’est souvent trop peu, trop tard.

Cette dépendance aux importations est le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité de l’Algérie à transformer sa rente pétrolière en développement durable. Les jeunes, formés en alternance dans des secteurs comme la mécanique ou la santé, sont censés être la solution. Mais sans un écosystème industriel solide, ces formations risquent de ne produire que des cohortes de diplômés sous-employés – ou pire, contraints à l’exil.

**LA SOCIÉTÉ CIVILE : LE RÉVEIL D’UNE GÉNÉRATION QUI N’A PLUS RIEN À PERDRE**

Si l’Algérie était un corps, la société civile en serait le système nerveux. Et en ce moment, ce système envoie des signaux de plus en plus douloureux. Les appels à la grève de la CGT dans la fonction publique, les manifestations des enseignants contre leur « statut particulier », les tensions dans les universités : tout indique que le mécontentement, longtemps contenu, est en train de déborder.

Ce qui frappe, c’est la diversité des revendications. Il ne s’agit plus seulement de salaires – même si la question des revenus reste centrale. Les enseignants, par exemple, ne protestent pas seulement contre leur statut, mais contre un système éducatif à la dérive, où les réformes se succèdent sans jamais résoudre les problèmes structurels : classes surchargées, manque de moyens, formation des enseignants défaillante. Même chose pour les jeunes en formation professionnelle : ils ont accès à des programmes en alternance, mais sans garantie d’embauche à la clé.

Derrière ces mobilisations, il y a une génération qui a grandi avec les promesses du Hirak – ce mouvement de 2019 qui avait fait trembler le pouvoir. Cinq ans plus tard, beaucoup ont le sentiment que rien n’a vraiment changé. Le régime a survécu, les oligarques sont toujours là, et l’économie reste prisonnière de ses vieux démons. Pire : avec la baisse de la production pétrolière, les marges de manœuvre du gouvernement se réduisent. Comment augmenter les salaires quand les recettes de l’État fondent ?

Le pouvoir a deux options. La première, répressive : durcir le ton, comme il l’a fait en 2021-2022 avec les arrestations de militants. Mais cette stratégie a ses limites, surtout quand la colère est portée par des fonctionnaires – une catégorie difficile à réprimer sans risquer un effondrement des services publics. La seconde option, plus subtile, consiste à lâcher du lest sur des questions symboliques (comme le statut des enseignants) tout en maintenant le cap sur les réformes économiques. Mais là encore, le risque est grand : si les concessions sont perçues comme cosmétiques, la frustration ne fera que grandir.

**L’ÉNERGIE RENOUVELABLE : LE RÊVE INACHEVÉ D’UNE ALGÉRIE VERTE**

L’Algérie a tout pour devenir un géant des énergies renouvelables. Un ensoleillement parmi les plus élevés au monde, des terres désertiques disponibles, et une position géographique idéale pour exporter vers l’Europe. Pourtant, malgré les annonces répétées, le pays reste à la traîne. En 2025, les énergies vertes ne représentent que 5 % de la production électrique nationale – loin des 27 % visés pour 2030.

Pourquoi un tel retard ? D’abord, parce que les hydrocarbures restent la priorité. Tant que le gaz et le pétrole rapportent des milliards, pourquoi investir massivement dans le solaire ou l’éolien ? Ensuite, parce que le secteur est miné par les lourdeurs bureaucratiques et le manque de compétences locales. Les projets de coopération avec la Tunisie ou le Tchad (comme les 120 millions USD d’échanges pétroliers annoncés en 2025) montrent que l’Algérie préfère exporter son expertise en hydrocarbures plutôt que de développer une filière verte autonome.

Pourtant, les signes d’un changement sont là. Le gouvernement parle désormais de « leadership africain » en matière d’énergies renouvelables, et des partenariats avec des entreprises européennes commencent à se concrétiser. Mais ces initiatives restent fragiles, dépendantes des aléas politiques et des fluctuations des cours du pétrole.

Le vrai défi, c’est de faire des renouvelables un pilier de l’économie, et non une vitrine. Cela suppose de former des ingénieurs, de créer des emplois locaux, et surtout, de briser le monopole de Sonatrach sur le secteur énergétique. Or, c’est là que le bât blesse : dans un pays où l’État contrôle l’essentiel de l’économie, toute réforme qui menace les rentes existantes se heurte à une

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