Semaine marquée par un renforcement des flux financiers et des réformes ciblées
La semaine écoulée en Algérie a été caractérisée par trois dynamiques principales :
– Une intensification des transferts financiers depuis la diaspora, avec des montants estimés à plus de 200 milliards de francs CFA par an depuis le Burkina Faso, et la création d’une plateforme dédiée aux talents établis en Algérie.
– Un renforcement des outils réglementaires pour les entrepreneurs, notamment via le Registre de commerce et le CNRC, avec des ajustements sur la transmission des EURL en cas de décès.
– Une accélération des réformes sectorielles, notamment dans l’énergie et les TIC, tout en maintenant une pression sur les acteurs historiques comme Algérie Télécom.
Diaspora entrepreneur : entre transferts financiers et ancrage économique
Transferts financiers : La diaspora burkinabè transfère annuellement plus de 200 milliards de francs CFA vers son pays, selon leFaso.net. Ce volume, équivalent à environ 300 millions de dollars, dépasse largement les flux directs enregistrés depuis l’Europe ou l’Amérique du Nord. Les transferts informels, via des systèmes comme Western Union ou MoneyGram, ne sont pas comptabilisés, mais sont estimés à 15 à 20 % supplémentaires par les observateurs locaux.
Plateforme de rencontre : Un projet de plateforme digitale, destiné à connecter les talents algériens de la diaspora avec des opportunités locales, a été annoncé. Aucune date de lancement n’a été précisée, mais les critères d’éligibilité incluront des profils dans les secteurs de la tech, de la santé et des services financiers.
Lien avec l’e-commerce : Ces transferts pourraient alimenter la demande en biens importés via des plateformes locales. En 2023, les ventes en ligne en Algérie ont progressé de 18 %, selon les données de la Banque d’Algérie, avec une part croissante dédiée aux produits électroniques et alimentaires.
E-commerce : rationalisation des flux et partenariats énergétiques
Allocation touristique : Le gouvernement a restreint l’accès à la carte bancaire pour les voyages à l’étranger, sauf pour les échanges commerciaux ou les soins médicaux. Cette mesure vise à limiter les abus, avec un plafond de 5 000 euros par an pour les particuliers.
Partenariats énergétiques : L’Algérie a finalisé des accords avec l’Europe et l’Asie pour l’exportation de gaz et d’électricité, sans chiffre officiel sur les volumes supplémentaires. Ces partenariats pourraient indirectement bénéficier aux PME locales via :
– L’augmentation des devises, améliorant les liquidités bancaires.
– Des opportunités logistiques pour les entreprises actives dans les infrastructures.
Cartes bancaires : nouveau marché : Les banques algériennes (BNA, BADR, CNEP) accélèrent le déploiement de cartes sans contact et de solutions de paiement mobile. En 2024, 6,2 millions de cartes actives sont enregistrées, contre 4,8 millions en 2022. Les commissions sur les transactions en ligne ont été réduites de 0,5 % à 0,3 % pour les commerçants.
ANGEM et Télécom : réformes et incertitudes
Application « BeDjezzy » : L’ANGEM a lancé une nouvelle interface pour simplifier l’accès aux aides à la création d’entreprise. Les fonctionnalités incluent :
– Un simulateur de subventions.
– Un suivi en temps réel des dossiers.
Instabilité à Algérie Télécom : L’entreprise a connu huit changements de PDG en 12 ans, avec une gouvernance marquée par des tensions entre l’État et les actionnaires privés. En 2023, son chiffre d’affaires a reculé de 4,2 %, à 82 milliards de dinars, en raison d’une baisse des abonnés mobiles (-2,1 %) et d’une concurrence accrue de Djezzy et Ooredoo.
Orascom : incertitudes : L’avenir du groupe en Algérie reste flou après des années de litiges sur les licences 2G/3G. Aucune décision n’a été prise sur le renouvellement de ses fréquences, attendue avant juillet 2024.
Business plan et ANADE : énergie et minier comme leviers
Stratégie minière : La Banque mondiale et l’Algérie ont signé un partenariat pour booster le secteur, sans montant disclosed. Les priorités incluent :
– La modernisation des infrastructures (ports, routes).
– L’attraction des investisseurs étrangers, avec une simplification des procédures d’octroi de licences.
GAFI : L’Algérie a été retirée de la liste grise du GAFI en octobre 2023, après 3 ans de réformes sur la transparence financière et la lutte contre le blanchiment. Cette sortie permet un accès facilité aux financements internationaux, notamment pour les PME.
Lien avec le capital-investissement : Les fonds locaux et internationaux (comme Coris Bank) ciblent désormais les secteurs minier et énergétique, en quête de rendements à deux chiffres.
Registre de commerce : vigilance accrue sur les sociétés-écrans
Sociétés-écrans russes : Une enquête du Maghreb révèle comment des traders russes utilisent des sociétés fantômes en Algérie pour contourner les sanctions occidentales. Les secteurs concernés incluent :
– Le pétrole (via des intermédiaires locaux).
– Les métaux précieux, avec des flux estimés à plus de 500 millions de dollars depuis 2022.
Conséquences pour les entrepreneurs :
– Risque de surveillance accrue par les autorités fiscales.
– Difficultés accrues pour obtenir des licences d’import-export.
Financement PME : pression politique et opportunités
Affaire du ministre Oualid : Le ministre de l’Industrie, Yacine Oualid, est sous pression après la révélation de l’activité commerciale de son épouse, impliquant des contrats publics. Aucune preuve de conflit d’intérêts n’a été publiée, mais l’affaire relance le débat sur :
– La transparence dans l’attribution des marchés.
– Les garanties bancaires pour les PME, souvent exigées par les banques publiques (BNA, BADR).
Données clés :
– Taux de refus des prêts bancaires : 42 % en 2023 (contre 38 % en 2022).
– Garanties demandées : 80 % du montant emprunté en moyenne.
CNRC : plan d’action 2024 et transmission des EURL
Stratégie 2024 du CNRC : Le Centre national du registre du commerce a présenté son plan, axé sur :
– La dématérialisation des procédures (déjà à 70 % en 2023).
– La lutte contre la fraude (fausses déclarations, sociétés dormantes).
Transmission des EURL : Une modification législative permet désormais de transmettre une EURL à un héritier sans dissolution, sous conditions :
– L’associé unique doit avoir un lien familial direct.
– La transmission est exonérée de droits d’enregistrement si le repreneur s’engage à maintenir l’activité pendant 3 ans.
Capital-investissement : dynamisme africain et lacunes locales
Levée de fonds en Afrique :
– Coris Bank et Vista Bank (Sénégal) ont sollicité 45 millions de dollars auprès de la SFI pour financer des PME en Afrique de l’Ouest.
– WildyNess (Tunisie) a bouclé une levée de 1,2 million d’euros en capital-risque, avec des investisseurs européens.
Problématiques locales :
– Absence de fonds dédiés aux startups technologiques (seuls 3 fonds algériens actifs en 2024).
– Rendements exigés par les investisseurs locaux : 15 à 20 % minimum, contre 8 à 12 % en Europe.
EURL et sectores clés : alimentaire et tourisme
École supérieure de l’alimentaire : L’Essaia, spécialisée dans la formation aux métiers agroalimentaires, a été inaugurée à Alger. Objectif : former 500 professionnels par an d’ici 2026, avec un focus sur l’innovation et les normes internationales.
Agences de voyages : Le secteur réclame des réformes fiscales pour relancer un marché en berne. Les taxes sur les services touristiques (5 % actuellement) pourraient être réduites à 2 % pour les PME.
Bilan : trois faits marquants de la semaine
1. Les transferts de la diaspora (200 milliards de francs CFA/an) confirment leur rôle de soutien structurel à l’économie, avec un impact direct sur la consommation et l’e-commerce.
2. La sortie de la liste grise du GAFI ouvre des opportunités de financement pour les PME, mais nécessite une vigilance accrue sur la conformité.
3. L’incertitude autour d’Algérie Télécom et Orascom souligne les tensions persistantes dans un secteur clé, avec des répercussions sur les investissements étrangers.
À retenir pour les entrepreneurs :
– Les transferts de la diaspora (300 M$/an depuis le Burkina Faso) peuvent être mobilisés pour des projets commerciaux ou logistiques.
– La transmission d’une EURL sans dissolution est désormais possible sous conditions, avec une exonération de droits.
– Les garanties bancaires restent le principal frein au financement des PME, avec un taux de refus à 42 % en 2023.
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