Lancement de la plateforme "Diaspora – Talents établis en Algérie"
En 2023, les autorités algériennes ont annoncé la création d’une plateforme dédiée à la mise en relation des talents de la diaspora algérienne établis à l’étranger avec des opportunités professionnelles et entrepreneuriales en Algérie. Cette initiative, portée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, vise à faciliter le retour des compétences ou à encourager les investissements depuis l’étranger.
Selon El Moudjahid, la plateforme a été conçue pour servir de pont entre les Algériens résidant hors du pays et les entreprises locales, les startups ou encore les institutions publiques. Elle s’inscrit dans une logique de valorisation des compétences et de contribution au développement économique national.
Une réponse aux besoins du marché
L’Algérie fait face à un double défi : une fuite des cerveaux vers l’étranger et un manque de cadres qualifiés dans certains secteurs stratégiques. Les données disponibles montrent que plus de 10 000 diplômés algériens quittent le pays chaque année pour s’installer en Europe ou en Amérique du Nord. Pourtant, des secteurs comme les énergies renouvelables, les technologies de l’information ou encore la santé manquent cruellement d’experts.
La plateforme « Diaspora – Talents établis en Algérie » propose plusieurs fonctionnalités :
– Un espace de networking entre talents et employeurs
– Des offres d’emploi et de stages ciblées
– Des webinaires et ateliers pour accompagner les entrepreneurs
– Un système de mentorat pour les jeunes porteurs de projets
Les responsables du projet soulignent que cette plateforme est ouverte à tous les profils, des jeunes diplômés aux entrepreneurs expérimentés. Elle s’adresse également aux investisseurs souhaitant créer ou développer une entreprise en Algérie.
Les secteurs porteurs pour la diaspora
Plusieurs domaines sont mis en avant pour attirer les talents et les investisseurs :
1. Les énergies renouvelables : L’Algérie vise 30 % d’électricité produite à partir de sources renouvelables d’ici 2030. Des opportunités existent dans la gestion de projets, l’ingénierie ou la recherche.
2. Les technologies de l’information : Le pays ambitionne de devenir un hub numérique en Afrique. Des startups locales recherchent des profils en développement logiciel, cybersécurité ou data science.
3. L’agroalimentaire : Avec un marché intérieur de plus de 45 millions d’habitants, les opportunités dans la transformation alimentaire et l’export sont nombreuses.
4. Le tourisme : Le secteur reste sous-exploité malgré son potentiel. Des investisseurs diasporiques pourraient développer des infrastructures ou des projets écotouristiques.
Selon des sources proches du ministère de l’Industrie, plusieurs entrepreneurs de la diaspora ont déjà exprimé leur intérêt pour ces secteurs. Certains ont créé des entreprises à distance, tandis que d’autres envisagent un retour partiel ou total.
Les freins à lever
Malgré l’enthousiasme autour de cette initiative, plusieurs obstacles persistent :
– Les lourdeurs administratives : Créer une entreprise en Algérie reste un parcours complexe, avec des délais et des coûts élevés. Les entrepreneurs de la diaspora pointent du doigt la lenteur des procédures auprès des guichets uniques.
– L’accès au financement : Les banques algériennes sont souvent réticentes à financer des projets portés par des entrepreneurs résidant à l’étranger. Les garanties demandées sont parfois disproportionnées.
– La fiscalité : Le système fiscal algérien est perçu comme opaque et peu incitatif pour les investisseurs étrangers, y compris la diaspora.
– La stabilité politique et économique : Certains entrepreneurs hésitent à s’engager en raison des incertitudes macroéconomiques et des fluctuations du dinar.
Pourtant, des solutions commencent à émerger :
– Le gouvernement a annoncé en 2024 la simplification des procédures pour les entrepreneurs de la diaspora, notamment via des guichets dédiés dans les ambassades.
– Des banques comme la BADR ou la CPA ont lancé des offres spécifiques pour les investisseurs diasporiques, avec des taux préférentiels et des garanties allégées.
– Des incubateurs comme Startup Your Life ou Algeria Venture proposent des accompagnements pour les porteurs de projets.
Témoignages de membres de la diaspora
Plusieurs Algériens installés à l’étranger ont déjà bénéficié de la plateforme. C’est le cas de Kader, ingénieur en informatique basé en France, qui a rejoint une startup algéroise spécialisée dans l’IA. « La plateforme m’a permis de trouver un emploi en adéquation avec mes compétences, sans avoir à quitter mon pays d’adoption. De plus, j’ai pu négocier un poste à distance avec des déplacements réguliers en Algérie », explique-t-il.
Un autre exemple est celui de Yasmina, entrepreneure dans le domaine de l’agroalimentaire, installée au Canada. Elle a utilisé la plateforme pour identifier des partenaires locaux et mettre en place une ligne de production de confitures bio. « Le défi était de taille, mais l’accompagnement du ministère a été crucial pour comprendre les normes locales et sécuriser les investissements », précise-t-elle.
Un modèle à suivre ?
L’initiative algérienne s’inspire de modèles similaires mis en place par d’autres pays, comme le Maroc avec son programme « Marocains du Monde » ou la Tunisie avec « Tounesstart ». Ces plateformes ont permis de mobiliser des centaines de millions de dollars d’investissements et de rapatrier des milliers de talents.
Cependant, l’Algérie part avec un retard à combler. Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora algérienne s’élèvent à environ 2 milliards de dollars par an, un chiffre bien inférieur à celui d’autres pays comme l’Égypte ou le Maroc. Pourtant, ces fonds pourraient être réinvestis dans l’économie nationale via des projets entrepreneuriaux.
Prochaines étapes
Le ministère de l’Enseignement supérieur a indiqué que la plateforme sera progressivement étendue à d’autres secteurs et que de nouveaux partenariats seront signés avec des institutions étrangères pour faciliter les retours de compétences. Une campagne de communication est prévue pour 2025 afin d’inciter davantage de membres de la diaspora à s’inscrire.
À retenir pour les entrepreneurs
La plateforme « Diaspora – Talents établis en Algérie » offre une opportunité concrète pour les entrepreneurs de la diaspora d’investir ou de travailler en Algérie. Les secteurs des énergies renouvelables, des TIC et de l’agroalimentaire sont particulièrement porteurs. Les entrepreneurs doivent anticiper les défis administratifs et financiers pour maximiser leurs chances de succès.
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