Paiements, énergie et réformes sous surveillance

Les réformes bancaires et fiscales en Algérie cette semaine se concentrent sur trois axes : la sécurisation des transactions (via cartes internationales et lutte contre les abus), la consolidation des partenariats énergétiques pour attirer les investissements, et la simplification des formalités pour les entrepreneurs (EURL, SARL, artisanat). Les acteurs publics (CNRC, ANADE, ANGEM, BDL) et privés (Stellantis, entreprises chinoises) publient des stratégies ou des annonces concrètes, tandis que les secteurs des télécoms et de l’e-commerce restent sous tension réglementaire et concurrentielle.

Sécurité des paiements : cartes internationales et contrôle des flux

La Banque d’Algérie (BDL) active deux leviers pour internationaliser les paiements tout en limitant les risques. D’une part, elle lance le paiement international via MasterCard, une mesure attendue pour faciliter les transactions des entreprises exportatrices et des voyageurs. D’autre part, elle durcit les conditions d’accès à l’allocation touristique, en exigeant une carte bancaire dédiée pour tracer les dépenses et éviter les détournements.

Contexte utile pour les entrepreneurs :
– Le marché des cartes bancaires en Algérie compte 12,8 millions de cartes en circulation fin 2023 (source : Banque d’Algérie), dont seulement 3,2 millions actives pour les paiements en ligne.
– L’Algerian Bank of Senegal, filiale du groupe public BADR, se positionne comme un pont entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, avec un portefeuille de 150 000 clients en 2023. Son expansion pourrait intéresser les startups algériennes visant des marchés régionaux.

Énergie et partenariats : l’Algérie comme hub continental

L’ANADE confirme le rôle central de l’Algérie dans les accords énergétiques Europe-Afrique. Lors du Dialogue 5+5 à Alger (21 janvier 2018, toujours cité comme référence), les ministres des Affaires étrangères ont souligné l’importance des corridors gaziers algériens pour l’approvisionnement européen. En parallèle, les partenariats miniers avec la Banque mondiale (BM) visent à diversifier les revenus hors hydrocarbures. Un contrat cadre est attendu d’ici juin 2024 pour moderniser l’exploitation des gisements de phosphate et de fer.

Données clés pour les investisseurs :
– Les exportations de minerais non énergétiques ont représenté 1,2 milliard de dollars en 2023, soit 3 % des exportations totales (source : Douanes algériennes).
– La Banque d’Algérie a assoupli les conditions d’investissement étranger dans le secteur minier en octobre 2023, permettant aux entreprises de rapatrier 60 % des bénéfices (contre 40 % auparavant).

Capital investissement : le FGAR renforce les crédits aux PME

Le Fonds de Garantie des Crédits aux Artisans et Petites Entreprises (FGAR) a signé trois nouveaux accords avec des banques commerciales (BNA, BADR, Al Baraka) pour élargir l’accès aux crédits d’exploitation. Ces conventions prévoient des garanties couvrant jusqu’à 70 % des prêts, avec des plafonds fixés à 5 millions de dinars par entreprise. En parallèle, la Banque d’Algérie a adopté un nouveau cadre réglementaire pour les fonds de capital-investissement, autorisant les investisseurs étrangers à détenir jusqu’à 49 % du capital des fonds locaux.

Chiffres et acteurs :
– Le FGAR a garanti 1,8 milliard de dinars de crédits en 2023, soit une hausse de 15 % par rapport à 2022 (source : FGAR).
– Les secteurs prioritaires sont l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et les technologies industrielles.

Formalités et accompagnement : simplification pour SARL et EURL

Côté création d’entreprise, deux mesures impactent directement les SARL et EURL :
1. Pas de dissolution automatique en cas de décès de l’associé unique d’une EURL, une modification du Code de commerce entrée en vigueur le 1er janvier 2024.
2. Formation des artisans : plus de 1 200 artisans ont suivi une session nationale de formation en gestion et business plan, organisée par le CNRC. Les thèmes abordés incluent la digitalisation, la gestion de stock et l’accès aux financements.

Détails opérationnels :
– Le CNRC a enregistré 45 000 nouvelles inscriptions d’entreprises en 2023, dont 30 % dans le commerce et 22 % dans l’artisanat (source : CNRC).
– Les réformes du GAFI (sortie de la liste grise en octobre 2023) ont permis aux banques de réduire les délais d’ouverture de compte pour les SARL de 30 à 10 jours en moyenne.

Industrie et automobile : partenariats industriels en hausse

Deux annonces symbolisent l’industrialisation en cours :
1. Stellantis a signé un accord pour assembler des modèles Opel en Algérie, avec un volume initial de 10 000 véhicules/an, destiné au marché local et à l’export vers l’Afrique subsaharienne.
2. Une entreprise chinoise (non nommée) investira 120 millions de dollars dans une usine de phares et pare-chocs à Tiaret, avec une capacité de 1,5 million de pièces/an. L’accord prévoit un transfert de technologie et la formation de 500 employés locaux.

Impact pour les sous-traitants :
– L’usine chinoise nécessitera 200 fournisseurs locaux pour 60 % de ses composants.
– Stellantis vise une intégration à 30 % de pièces locales d’ici 2026, créant une opportunité pour les PME du secteur mécanique.

Télécoms et numérique : surveillance renforcée et incertitudes

Le secteur des télécoms reste sous pression :
Orascom (propriétaire de Djezzy) fait face à des incertitudes sur son avenir en Algérie, avec des rumeurs de cession ou de retrait progressif.
Maroc Telecom voit sa part de marché reculer face à Inwi et Orange, passant de 48 % en 2022 à 42 % en 2023 (source : ARPT).
L’application « BeDjezzy » lancée par Algérie Télécom (ANGEM) affiche 500 000 téléchargements depuis son lancement en décembre 2023, mais son modèle économique (monétisation des données) n’est pas encore précisé.

Régulation et sanctions :
– Les opérateurs ont été sanctionnés pour non-respect des obligations de couverture 4G dans les zones rurales, avec des amendes totalisant 1,2 milliard de dinars en 2023.

Financement PME : tensions politiques et accélération des réformes

Le ministre de l’Économie, Yacine Oualid, est au cœur d’une polémique liée au business de son épouse (maghrebemergent.com), sans lien direct avec les politiques publiques. Cette affaire intervient alors que :
– Le FGAR a débloqué 200 millions de dinars supplémentaires pour les PME en janvier 2024.
– Les banques privées (UIB, CPA, Crédit Populaire d’Algérie) ont lancé des offres de crédits « énergie verte » pour les startups, avec des taux bonifiés à 4 % sur 7 ans.

Chiffres sectoriels :
– Les PME représentent 35 % du PIB algérien, mais ne captent que 18 % des crédits bancaires (source : Banque mondiale).

Business plan et artisanat : renforcement des compétences

Le partenariat Algérie-Banque mondiale (BM) vise à moderniser le secteur minier, mais inclut aussi un volet formation :
Une école supérieure (Essaia) ouvre ses portes pour former 500 étudiants/an aux métiers de l’industrie alimentaire, avec un focus sur la transformation des produits locaux.
– Les réformes fiscales pour les agences de voyages (demandées par Finabi Conseil) incluent un taux de TVA réduit à 9 % pour les circuits touristiques internes, et une exonération de l’impôt sur les sociétés pendant 5 ans pour les nouvelles agences.

Données sectorielles :
– Le secteur agroalimentaire représente 10 % du PIB industriel, avec 1 200 unités de production enregistrées en 2023 (source : Ministère de l’Industrie).

Bilan de la semaine : trois fils rouges

1. Internationalisation des paiements : La BDL accélère les outils de paiement transfrontaliers (MasterCard, cartes touristiques contrôlées) pour soutenir les exportateurs et les startups, tout en limitant les fuites de devises.
2. Énergie et industrialisation : Les partenariats miniers, agricoles et automobiles (Stellantis, usine chinoise) s’accompagnent de transferts de technologie et de création de chaînes de valeur locales.
3. Simplification administrative : Les mesures pour les EURL (pas de dissolution au décès) et les SARL (délais réduits) visent à fluidifier la création d’entreprise, tandis que le FGAR élargit les garanties aux PME.

À retenir pour les entrepreneurs
Les dispositifs de garantie (FGAR) couvrent désormais 70 % des crédits d’exploitation pour les PME. Les partenariats industriels (automobile, agroalimentaire) nécessitent une intégration locale de 30 % à 60 % selon les secteurs. Les réformes bancaires réduisent les délais d’accès aux comptes professionnels à 10 jours en moyenne.

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