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**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**
Ce qui frappe, c’est l’absence de hasard. Ces actualités ne sont pas juxtaposées ; elles s’entrelacent comme les fils d’une toile où chaque domaine – urbanisme, arts, justice – est à la fois symptôme et remède des maux algériens. Pour en saisir la logique, il faut accepter une hypothèse : l’Algérie contemporaine est un laboratoire où se joue, en accéléré, le conflit entre deux modèles de souveraineté. Le premier, hérité de l’ère postcoloniale, mise sur le contrôle étatique des ressources (céréales, gaz, commerce) et la centralisation du pouvoir. Le second, porté par une société civile de plus en plus audible, exige une redistribution des richesses, une justice sociale et une reconnaissance des identités plurielles.
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**Les villes nouvelles : le mirage de la modernité ou la fuite en avant ?**
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, l’Algérie se rêve en puissance régionale, capable d’attirer des investissements (48,3 milliards de dollars lors de l’IATF2025) et de rivaliser avec le Maroc sur le tourisme (« ce coin de désert moins cher que le Maroc »). De l’autre, elle peine à résoudre des problèmes locaux aussi basiques que la gestion d’un square constantinois, où la question du genre (un « square, un sexe ? ») révèle les résistances conservatrices face à l’évolution des mœurs. Les villes nouvelles sont-elles alors une solution ou une fuite en avant ? Une manière d’exporter les problèmes plutôt que de les régler ?
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**Culture et soft power : l’Algérie entre Depardieu et les Journées de Sétif**
Pourtant, les 6es Journées internationales du cinéma de Sétif prouvent que l’Algérie a aussi ses propres dynamiques. Dix pays en compétition, des débats sur la place de la culture dans le quotidien (Hakim Dekkar) : ces initiatives montrent une société qui refuse de se laisser enfermer dans le rôle de figurant. Le cinéma algérien, comme la gastronomie (exposition à Lyon avec Ségolène Royal en invitée vedette), devient un outil de diplomatie culturelle, une manière de dire : « Nous existons, et nous avons autre chose à offrir que du pétrole et des céréales. »
Mais là encore, les contradictions surgissent. Comment concilier cette ambition culturelle avec la réalité d’un journalisme sportif obnubilé par le mercato (un international algérien à l’OM) ou les indiscrétions sur la liste de l’équipe nationale ? La culture algérienne est-elle condamnée à osciller entre le prestige des festivals et la futilité des chroniques people ?
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**Le Parti des Travailleurs : l’éternel outsider qui dérange**
Pourtant, le PT est aussi le symptôme d’un système politique algérien verrouillé. Comment expliquer que ce parti, qui incarne une gauche combative, soit l’un des rares à oser critiquer ouvertement la diplomatie algérienne (sur l’Iran, par exemple) ? La réponse tient peut-être dans sa base militante : des ouvriers, des femmes, des jeunes en rupture avec le FLN et le RND. Le PT est un miroir grossissant des frustrations algériennes, mais aussi un rappel que la politique, en Algérie, reste un champ miné.
Son alliance avec Cuba (rencontre entre l’ambassadeur cubain et un membre du PT) est révélatrice : le PT se positionne comme le dernier rempart contre l’alignement sur l’Occident, une posture qui résonne dans une Algérie où le souvenir de la guerre d’indépendance est encore vif. Mais cette radicalité a un prix : l’isolement. Le PT est toléré tant qu’il ne menace pas le pouvoir, mais dès qu’il sort de son rôle de figurant, les pressions se multiplient.
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**Céréales et sécurité alimentaire : le grand bluff algérien ?**
Le paradoxe est criant. D’un côté, l’Algérie plaide au Conseil de sécurité de l’ONU pour « briser le cercle vicieux entre la faim et les conflits » ; de l’autre, elle est accusée de fermer les yeux sur les détournements des aides humanitaires à Tindouf (rapport d’un expert français). Comment concilier ces deux discours ? L’Algérie veut incarner une voix morale sur la scène internationale, mais ses propres pratiques (corruption, clientélisme) sapent sa crédibilité.
La mécanisation agricole, présentée comme une solution, est-elle vraiment la panacée ? Dans un pays où 40% de la population vit en milieu rural, moderniser l’agriculture sans toucher aux structures foncières (toujours dominées par les grands propriétaires) revient à soigner un cancer avec de l’aspirine. L’Algérie a les moyens de nourrir sa population, mais pas la volonté politique de remettre en cause les privilèges d’une élite.
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**Tourisme et justice : les deux visages de l’Algérie profonde**
La justice, elle, est un autre terrain miné. Nadia Ait Zai, avocate et militante féministe, exige une refonte du Code de la famille « sur la base de l’égalité en droits ». Son combat rejoint celui des étudiantes bangladaises, dont la révolution a renversé un régime autoritaire. Mais en Algérie, la loi-cadre contre les violences faites aux femmes, si elle voit le jour, se heurtera à une société profondément patriarcale.
Ces deux domaines – tourisme et justice – ont un point commun : ils cristallisent les peurs d’une partie de la société algérienne face au changement. Le tourisme, parce qu’il implique une ouverture à l’étranger ; la justice, parce qu’elle remet en cause des siècles de domination masculine. L’Algérie est-elle prête à affronter ces défis, ou préfère-t-elle les contourner ?
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**Commerce et diplomatie : l’Algérie, puissance régionale malgré elle**
Sur le plan diplomatique, l’Algérie joue un jeu subtil. En dénonçant les détournements humanitaires à Tindouf, elle se pose en gardienne de l’éthique internationale ; en soutenant l’Iran, elle affiche sa solidarité avec le « Sud global ». Mais cette posture a ses limites : l’Algérie a besoin de l’UE (63 millions d’euros d’aide à la Somalie) et des États-Unis pour ses investissements. Comment concilier ces alliances contradictoires ?
La réponse tient peut-être dans une stratégie de « souveraineté flexible » : l’Algérie veut être un acteur indépendant, mais sans s’aliéner ses partenaires occidentaux. Une équation difficile, surtout dans un contexte régional instable (guerre au Sahel, tensions au Maghreb).
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