L’Algérie poursuit sa politique de relance du secteur immobilier, un dossier stratégique pour le gouvernement de Nadir Larbaoui. Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment salué l’avancement des grands chantiers nationaux, tout en reconnaissant les retards accumulés. Selon l’Agence de Presse Africaine (APAnews), cette prise de position intervient dans un contexte où le logement reste une priorité économique et sociale, avec des implications directes pour les entrepreneurs locaux et la diaspora algérienne.
Le secteur immobilier algérien, marqué par des années de pénurie et de spéculation, fait l’objet d’une attention particulière depuis 2020. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes, dont le plus emblématique est le « Logement Public Locatif » (LPL), visant à construire 1 million de logements d’ici 2024. Pourtant, les retards dans les délais de livraison et les difficultés d’accès au foncier continuent de freiner les ambitions officielles. Tebboune a souligné, lors d’une réunion récente, que « les efforts doivent être redoublés pour rattraper le temps perdu », sans pour autant préciser de nouvelles mesures concrètes.
Pour les promoteurs privés, ces retards représentent un double défi. D’un côté, ils limitent leur capacité à répondre à une demande toujours croissante, notamment dans les grandes villes comme Alger, Oran ou Constantine. De l’autre, ils alourdissent les coûts de production, déjà impactés par la hausse des prix des matériaux et les contraintes administratives. Selon Mohamed Lahlou, expert immobilier cité par Le360, « le marché souffre d’une crise de la demande, avec des prix stagnants malgré l’inflation, ce qui décourage les investisseurs ».
La diaspora algérienne, souvent ciblée par les programmes de logement comme le « Logement AADL », est également touchée. Les retards dans les livraisons et les difficultés à obtenir des titres de propriété découragent les Algériens de l’étranger, qui représentent pourtant une source importante de financement pour le secteur. L’Agence Nationale de l’Amélioration et du Développement du Logement (AADL) a annoncé en août 2024 la mise en vente de 216 nouvelles assiettes foncières, une mesure qui pourrait relancer l’intérêt des investisseurs, à condition que les délais soient respectés.
Sur le plan institutionnel, l’État algérien cherche à rationaliser ses participations dans le secteur du bâtiment. En 2014, une réorganisation des entreprises publiques avait été engagée pour booster la production, mais les résultats restent mitigés. Les groupes comme Cosider ou Sonelgaz Construction peinent à atteindre leurs objectifs, en partie à cause de la bureaucratie et des lenteurs dans l’attribution des marchés publics. Pour les entrepreneurs, cela signifie une concurrence accrue pour accéder aux appels d’offres, souvent réservés aux acteurs historiques.
Les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) commencent aussi à émerger dans le secteur. Un rapport d’EY publié en juin 2024 souligne que les promoteurs algériens devront intégrer ces critères pour attirer des financements internationaux. Cela concerne notamment la qualité des matériaux, la gestion des déchets sur les chantiers et l’efficacité énergétique des bâtiments. Pour les start-up et les PME locales, c’est une opportunité de se positionner sur des niches comme la rénovation écologique ou les constructions modulaires.
Malgré ces défis, le secteur immobilier reste un levier clé pour l’économie algérienne. Les chantiers en cours, comme ceux des nouvelles villes à Sidi Abdallah ou Boughezoul, pourraient dynamiser l’emploi et attirer des investissements étrangers. Pour les entrepreneurs, la clé réside dans l’adaptation aux nouvelles règles du marché : diversification des offres, partenariats avec les institutions publiques et intégration des normes ESG.
À retenir pour les entrepreneurs
Le secteur immobilier algérien reste marqué par des retards structurels, mais offre des opportunités pour les acteurs capables de s’adapter aux nouvelles exigences. La diaspora et les investisseurs locaux doivent surveiller les appels d’offres publics et les programmes de logement comme l’AADL. L’intégration des critères ESG pourrait devenir un avantage concurrentiel à moyen terme.
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