Le gouvernement algérien mise sur la Banque de l’Habitat (BH) pour dynamiser l’accès à la propriété et résorber la crise du logement qui touche des millions de citoyens. Créée en 2022, cette institution financière publique a récemment accéléré ses opérations, avec des résultats tangibles en 2025. Selon Jeune Afrique, qui a analysé son rôle en janvier 2023, la BH devait devenir un levier clé pour faciliter l’acquisition de logements, notamment pour les ménages à revenus moyens et modestes. Deux ans plus tard, les chiffres confirment cette ambition.
Un financement ciblé pour les Algériens
La Banque de l’Habitat se distingue des banques commerciales classiques par son mandat social. Elle propose des prêts immobiliers à des taux préférentiels, souvent inférieurs à ceux du marché, et avec des durées de remboursement étendues jusqu’à 25 ans. D’après les données de la Banque d’Algérie, citées par El Watan en septembre 2025, près de 40 % des crédits immobiliers accordés en Algérie cette année l’ont été par la BH. Un chiffre en hausse de 15 % par rapport à 2024, signe d’une demande croissante.
Parmi les bénéficiaires, les jeunes couples et les fonctionnaires représentent une part importante. Le dispositif « Aadl 2 » (Aide à l’acquisition de logements), lancé en 2023, a permis à plus de 120 000 ménages d’accéder à la propriété, selon un bilan du ministère de l’Habitat. La BH joue un rôle central dans ce programme en octroyant des prêts couvrant jusqu’à 90 % du coût du logement, avec un apport personnel minimal de 10 %. Une mesure qui contraste avec les exigences des banques privées, où l’apport initial peut atteindre 30 %, comme le soulignait Le Monde en 2021.
Des obstacles persistants
Malgré ces avancées, la Banque de l’Habitat fait face à des défis structurels. Le premier concerne la lenteur des procédures. Des témoignages recueillis par TSA en 2025 révèlent que certains dossiers mettent jusqu’à six mois pour être traités, en raison de la saturation des services et des vérifications administratives. Un délai qui décourage une partie des demandeurs, notamment ceux qui cherchent à acheter dans des zones urbaines tendues comme Alger, Oran ou Constantine.
Autre problème : le manque de liquidités. La BH dépend en grande partie des fonds publics et des partenariats avec des institutions comme la Caisse nationale du logement (CNL). Or, en 2024, plusieurs projets de logements sociaux ont été retardés en raison de retards dans le déblocage des budgets, comme l’a rapporté l’APS. Ces tensions financières limitent la capacité de la banque à répondre à la demande, estimée à plus de 1,5 million de logements par an selon le ministère de l’Habitat.
Enfin, la question des prix immobiliers reste un frein. À Alger, le mètre carré dans les nouveaux programmes dépasse souvent les 200 000 dinars, soit près de 1 500 euros, un montant inaccessible pour une grande partie de la population. La BH tente d’y remédier en ciblant des projets à coût maîtrisé, comme ceux du programme « Logement rural », mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.
Une stratégie pour 2026
Pour surmonter ces difficultés, le gouvernement a annoncé en mars 2025 une série de mesures visant à renforcer le rôle de la Banque de l’Habitat. Parmi elles, l’augmentation de son capital, qui passera de 50 à 100 milliards de dinars d’ici fin 2026, selon une déclaration du ministre des Finances, Laaziz Faid. Cette injection de fonds devrait permettre à la BH d’élargir son offre de crédits et de réduire les délais de traitement.
Par ailleurs, un partenariat avec la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque nationale d’Algérie (BNA) est en discussion pour mutualiser les ressources et accélérer les décaissements. L’objectif est de doubler le nombre de prêts accordés d’ici 2027, en ciblant particulièrement les zones périurbaines, où la pression démographique est la plus forte.
La digitalisation des services est également à l’ordre du jour. La BH prévoit de lancer une plateforme en ligne d’ici fin 2025 pour permettre aux demandeurs de suivre leur dossier en temps réel. Une initiative qui s’inspire des applications locales comme « Djezzy Pay » ou « CIB », citées par Visas & Voyages Algérie en 2025 comme des outils utiles pour les expatriés, mais qui pourrait aussi simplifier les démarches pour les Algériens.
Un impact social et économique
Au-delà de l’accès au logement, la Banque de l’Habitat a un impact économique indirect. En facilitant l’acquisition de biens immobiliers, elle stimule le secteur du BTP, l’un des principaux employeurs du pays. Selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), le secteur de la construction a créé plus de 200 000 emplois en 2024, en partie grâce aux programmes financés par la BH.
Sur le plan social, l’accès à la propriété est un facteur de stabilité. Comme le notait El Watan en septembre 2025, les ménages propriétaires sont moins vulnérables aux fluctuations des loyers, qui ont augmenté de 30 % en cinq ans dans les grandes villes. La BH contribue ainsi à réduire les inégalités en offrant une alternative aux logements informels, qui abritent encore près de 2 millions de personnes selon les estimations du ministère de l’Habitat.
Les limites d’un modèle public
Malgré ses succès, la Banque de l’Habitat reste dépendante des orientations politiques et des contraintes budgétaires de l’État. Son modèle, basé sur des subventions et des taux d’intérêt subventionnés, est vulnérable aux crises économiques. En 2020, la chute des prix du pétrole avait contraint le gouvernement à geler plusieurs programmes de logement, comme le rappelait Webmanagercenter dans une analyse sur les subventions en Tunisie en 2026.
Pour pérenniser son action, la BH devra diversifier ses sources de financement. Une piste évoquée par des experts serait de s’appuyer davantage sur les fonds de la diaspora algérienne, qui envoie chaque année plus de 2 milliards de dollars en transferts, selon la Banque mondiale. Des mécanismes incitatifs, comme des taux préférentiels pour les expatriés investissant dans l’immobilier local, pourraient être mis en place.
En attendant, la Banque de l’Habitat reste un acteur incontournable pour des millions d’Algériens. Son succès dépendra de sa capacité à concilier efficacité administrative, viabilité financière et réponse aux besoins d’une population en croissance. Si les défis sont nombreux, les avancées récentes montrent que le logement reste une priorité nationale.