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**L’Algérie à l’épreuve du miroir brisé**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie parle plusieurs langues à la fois : celle du développement industriel, portée par une élite technocratique obsédée par les indicateurs macroéconomiques ; celle de la diaspora, courtisée pour ses devises mais maintenue à distance par des procédures kafkaïennes ; celle, enfin, des luttes sociales et culturelles, où l’amazighité, les droits des femmes et la crise écologique s’entrechoquent avec un État dont la légitimité repose sur un nationalisme aussi rigide que poreux.
Pour comprendre cette Algérie en mouvement brownien, il faut accepter de naviguer entre les échelles : du microcosme des artisans de la scierie des Cèdres (un détail qui en dit long sur la désindustrialisation) au macrocosme des relations algéro-marocaines, où la question amazighe devient un champ de bataille symbolique. Partout, la même question : comment concilier l’urgence du présent avec les fantômes du passé ?
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**L’ÉCONOMIE, OU L’ART DE COURIR SUR PLACE**
Cette ambiguïté se retrouve dans l’industrie. L’Algérie se targue de vouloir diversifier son économie, mais reste prisonnière de sa dépendance aux hydrocarbures. Le gaz algérien séduit l’Europe, en quête de substituts au gaz russe, mais cette manne ne profite qu’à une minorité. Pendant ce temps, le Maroc, souvent présenté comme le rival régional, avance dans l’industrialisation en attirant les investissements étrangers. L’Algérie, elle, s’enfonce dans ce que Frédéric Lordon appellerait une « dépendance pathétique » : elle exporte des matières premières et importe des produits finis, tout en proclamant son indépendance économique.
**L’urbanisme, vitrine d’un État en quête de légitimité**
Le contraste avec le Maroc est saisissant. Alors que Rabat mise sur une stratégie aéroportuaire ambitieuse (record de passagers en 2025), Alger se contente de rénover son duty free, comme si le luxe des boutiques pouvait compenser l’absence de vision à long terme. Cette obsession pour le visible, au détriment du fonctionnel, trahit une logique de pouvoir : il faut montrer, même si l’on ne transforme pas.
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**L’EAU, OU LE GRAND DÉNI ÉCOLOGIQUE**
Pourtant, le discours officiel reste celui de la « politique de l’eau ambitieuse, responsable et durable ». Une formule creuse, quand on sait que les subventions massives à l’agriculture intensive (céréales, agrumes) épuisent les ressources. Le paradoxe est accablant : l’Algérie importe des denrées qu’elle pourrait produire localement, tout en gaspillant l’eau pour des cultures inadaptées à son climat.
La crise de l’eau n’est pas seulement technique ; elle est politique. Elle révèle l’incapacité de l’État à planifier sur le long terme, mais aussi la fracture entre les villes (où l’eau coule encore, même chichement) et les campagnes, où les coupures sont devenues la norme. Dans un pays où 60 % de la population a moins de 30 ans, cette négligence est une bombe à retardement.
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**LA QUESTION AMAZIGHE : ENTRE RÉCUPÉRATION ET RÉPRESSION**
Le contraste est frappant : au Maroc, les panneaux routiers sont bilingues, les festivals amazighs sont subventionnés, et le roi Mohammed VI se présente en protecteur des Berbères. En Algérie, la reconnaissance de tamazight comme langue officielle (en 2016) n’a pas empêché la marginalisation des militants amazighs, ni la répression des manifestations en Kabylie. La différence ? Le Maroc a compris que l’amazighité pouvait être un outil de soft power ; l’Algérie, elle, la perçoit comme une remise en cause de son unité nationale.
Pourtant, la question amazighe est un fil rouge qui traverse toute la société algérienne. Elle se niche dans les débats sur l’artisanat (pourquoi les savoir-faire traditionnels ne sont-ils pas mieux valorisés ?), dans les luttes écologiques (la Kabylie, bastion de la résistance environnementale), et même dans les élections. Car si les municipales de 2026 sont présentées comme un scrutin local, elles seront aussi un test pour la capacité de l’État à intégrer – ou à étouffer – les revendications identitaires.
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**DROITS HUMAINS : LE SILENCE COMME POLITIQUE**
Pourquoi un tel décalage ? Parce que les droits humains, en Algérie, sont un sujet de géopolitique, pas de société. On dénonce l’apartheid israélien, mais on ignore les discriminations contre les femmes, les migrants subsahariens ou les militants amazighs. Le régime algérien a perfectionné l’art de la diversion : tant que l’attention est focalisée sur Gaza ou le Sahara occidental, personne ne regarde les prisons surpeuplées ou les hôpitaux sous-équipés.
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**SCIENCE ET ART : LES GRANDS OUBLIÉS**
Pourtant, des initiatives existent. L’article sur la Ligue accompagnant les jeunes chercheurs montre qu’une partie de la société civile tente de combler les lacunes de l’État. Mais comment innover quand le système éducatif reste verrouillé par des programmes obsolètes et une bureaucratie étouffante ?
**L’artisanat et les arts : les derniers remparts contre l’uniformisation**
Quant aux arts, l’atelier de formation à l’export organisé par l’ONA (Office national des arts) est révélateur : l’Algérie veut vendre sa culture, mais sans lui donner les moyens de s’épanouir. Les artistes algériens sont cantonnés au rôle de vitrine exotique, alors qu’ils pourraient être les ambassadeurs d’une modernité alternative.
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : VERS UNE ALGÉRIE À DEUX VITESSES ?**
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :
1. La fuite en avant : L’Algérie mise tout sur les grands projets (