Cette semaine en Algérie, l’actualité économique s’articule autour de trois axes principaux : l’évolution de la fiscalité des entreprises, le développement des outils de financement alternatifs pour les PME, et les initiatives visant à structurer l’entrepreneuriat digital et la diaspora. Les chiffres publiés par les grands groupes, les annonces fiscales et les projets législatifs dessinent un paysage où les acteurs économiques cherchent à optimiser leur environnement, malgré des contraintes structurelles persistantes.
Fiscalité : Clarifications et disparités de traitement
L’Administration fiscale algérienne a pris position sur la pluralité des taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS), un sujet récurrent depuis plusieurs mois. Cette clarification intervient dans un contexte où les bénéfices déclarés par certains groupes atteignent des niveaux records, à l’image d’Air Algérie, qui affiche 227 millions de dinars de bénéfices en 2023, alors que sa dette reste colossale. Le groupe GBH, qui a également enregistré des résultats positifs, a justifié ces chiffres par une gestion optimisée et une diversification de ses activités.
Ces annonces s’inscrivent dans une logique de différenciation des taux, avec des seuils qui semblent s’ajuster en fonction des secteurs et des tailles d’entreprises. Pour les entrepreneurs, cette évolution soulève des questions sur la prévisibilité des coûts fiscaux : les taux variables peuvent compliquer la planification budgétaire, surtout pour les PME dont les marges sont déjà serrées.
Freelance : Opportunités et limites du marché local
Le thème du freelance a été marqué par la publication d’une liste de 32 idées d’entreprises rentables à créer d’ici 2026. Parmi les secteurs cités figurent la cybersécurité, le développement de logiciels, et les services de conseil en transformation digitale. Ces propositions reflètent une tendance de fond : la digitalisation des services, portée par une demande croissante en compétences tech, notamment dans les pays européens où la main-d’œuvre algérienne est de plus en plus sollicitée.
Cependant, pour les freelances opérant depuis l’Algérie, les obstacles persistent. Les contraintes administratives, les délais de paiement des clients étrangers, et l’absence d’un cadre juridique clair pour les transactions en ligne limitent leur développement. Les plateformes de paiement internationales, souvent utilisées par les freelances, se heurtent encore à des restrictions bancaires locales.
Diaspora entrepreneuriale : Appels au retour et réalités du terrain
La diaspora algérienne a été au cœur de plusieurs actualités cette semaine. À Charleroi, des entrepreneurs d’origine algérienne ont partagé leur expérience, soulignant les écarts entre les opportunités promises en Algérie et les réalités du terrain. Les principaux freins identifiés sont la bureaucratie, les lenteurs administratives, et l’accès limité aux financements.
Parallèlement, des initiatives comme MEET Africa 2 et des appels lancés par des institutions algériennes incitent les talents de la diaspora à s’impliquer dans l’entrepreneuriat local. Ces programmes visent à faciliter le retour des entrepreneurs via des incubateurs et des fonds d’amorçage, mais leur impact reste à mesurer. Les chiffres disponibles indiquent que seulement 15 000 jeunes se sont inscrits au registre de commerce ambulant depuis sa création, un nombre modeste au regard des besoins.
E-commerce : Cadre légal en construction
L’Algérie fait un pas supplémentaire vers la formalisation du e-commerce avec la présentation d’un projet de loi fixant les règles générales relatives aux services de confiance pour les transactions électroniques. Ce texte vise à apporter une sécurité juridique aux acteurs du secteur, en encadrant les signatures électroniques, les contrats en ligne, et les mécanismes de paiement sécurisés.
Ce projet s’ajoute à d’autres mesures récentes, comme la fin de la criminalisation automatique des chèques sans provision, qui devrait fluidifier les échanges commerciaux. Pour les entrepreneurs du digital, ces évolutions sont cruciales : elles réduisent les risques juridiques et améliorent la confiance des consommateurs. Cependant, l’adoption massive de ces outils dépendra aussi de l’évolution des infrastructures de paiement locales et de l’accès à internet.
Registre de commerce : Simplification et nouveaux secteurs
Le registre de commerce a connu deux évolutions notables. D’une part, TIRSAM a lancé la vente de camions « Made in Algeria » à partir de 390 millions de centimes, une initiative qui s’inscrit dans la stratégie de relance industrielle. D’autre part, le secteur pharmaceutique a vu des ajustements dans le Jort concernant les autorisations de mise sur le marché (AMM), avec des implications pour les entreprises du médicament.
Par ailleurs, le registre de commerce ambulant a enregistré 15 000 inscriptions depuis son lancement, principalement auprès de jeunes entrepreneurs. Ce dispositif, lancé pour faciliter l’accès à l’entrepreneuriat informel, représente un volume d’inscriptions encore limité mais en progression.
Capital investissement : Ouverture et initiatives internationales
Plusieurs annonces dans le domaine du capital investissement ont été faites cette semaine. D’une part, Emmanuel Macron a dévoilé un projet d’incubateur de start-up et un fonds dédié à l’innovation tech en Algérie, dans le cadre d’un partenariat bilatéral. Ce fonds, dont le montant n’a pas été précisé, vise à soutenir les startups dans les secteurs de la fintech, de la santé digitale, et des énergies renouvelables.
D’autre part, les avancées des startups algériennes ont été mises en avant, avec une croissance notable dans les secteurs de la logistique, de l’agritech, et des services aux entreprises. Ces dynamiques s’accompagnent d’une diversification des sources de financement, avec une montée en puissance des fonds locaux et des business angels.
Financement des PME : Diversification des outils
Le financement des PME a connu une semaine marquée par la promotion de solutions alternatives au crédit bancaire traditionnel. Trois outils ont été mis en avant :
– Le crédit-bail, qui permet aux entreprises de louer des équipements sans mobiliser de capital.
– L’affacturage, qui consiste à céder des créances clients à un tiers pour obtenir des liquidités immédiates.
– Le marché financier, avec une référence aux obligations privées et aux fonds d’investissement spécialisés.
Ces alternatives gagnent en popularité, notamment auprès des PME dont l’accès au crédit bancaire reste limité en raison des taux d’intérêt élevés et des garanties exigées. Parallèlement, la question du commerce international a été abordée sous l’angle des tensions géopolitiques, notamment dans le Golfe, où les tensions entre l’Iran et ses voisins pourraient impacter les routes commerciales et les coûts logistiques.
SARL et conformité : Nouvelles règles et contrôles
Dans le domaine des SARL, plusieurs circulaires ont été publiées. Une fiche de paie type pour le BTP a été diffusée pour 2026, avec des exemples pour les ouvriers, les ETAM, et les congés payés. Cette standardisation vise à clarifier les obligations des employeurs, notamment en matière de rémunération et de droits sociaux.
Par ailleurs, la DGI a publié une circulaire sur la retenue à la source en matière de TVA, précisant les modalités de déclaration et de paiement pour les entreprises. Ces ajustements s’ajoutent à d’autres mesures récentes, comme les nouvelles règles sur les chèques sans provision, qui visent à réduire les fraudes tout en limitant les risques pour les entreprises.
Relations internationales : Partenariats et isolement
Les relations internationales de l’Algérie ont été marquées par deux événements distincts. D’une part, la visite de la Première ministre italienne Giorgia Meloni en Algérie a permis de renforcer le partenariat stratégique algéro-italien, avec des accords prévus dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Ces échanges s’inscrivent dans une logique de diversification des partenariats économiques, notamment dans un contexte de tensions régionales.
D’autre part, le Maroc a annoncé un renforcement de sa coopération avec les pays du Sahel, une initiative qui s’accompagne d’un isolement perçu de l’Algérie dans la sous-région. Ces dynamiques géopolitiques ont des répercussions économiques, notamment sur les projets d’intégration régionale, comme le train Casablanca-Alger-Tunis, dont le coût est estimé à 4 milliards de dollars mais dont la réalisation reste bloquée par des tensions frontalières.
Bilan des faits marquants
Cette semaine a été marquée par :
– Une clarification partielle de la fiscalité des entreprises, avec des taux différenciés et des bénéfices records pour certains groupes.
– Des avancées législatives en matière de e-commerce et de sécurité juridique pour les transactions électroniques.
– Une montée en puissance des outils de financement alternatifs pour les PME.
– Des initiatives ciblant la diaspora entrepreneuriale, avec des résultats encore limités.
– Des tensions géopolitiques impactant les échanges commerciaux régionaux.
À retenir pour les entrepreneurs :
– Les taux de l’IBS restent variables selon les secteurs. Prévoir un audit fiscal pour anticiper les coûts.
– Les plateformes de financement alternatif (crédit-bail, affacturage) offrent des solutions pour contourner les blocages bancaires.
– Les projets de loi sur le e-commerce et les services de confiance devraient réduire les risques juridiques pour les transactions en ligne.
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