Contexte économique de la semaine
Les actualités des 9 derniers jours en Algérie montrent trois mouvements parallèles : un renforcement des partenariats extérieurs (Italie, Japon), une accélération des réformes juridiques internes (cession de parts, cession de véhicules, conventions sectorielles), et une concentration des aides publiques sur les secteurs stratégiques (hydraulique, cosmétique). Les entrepreneurs locaux et les porteurs de projets de la diaspora observent ces dynamiques pour ajuster leurs stratégies, notamment dans les domaines de la mobilité, de l’agro-industrie et des services numériques.
Partenariats extérieurs : l’Italie comme porte d’entrée, le Maroc comme concurrent
Italie-Algérie : accords commerciaux et logistiques
La visite de Giorgia Meloni en Algérie les 4 et 5 juin a abouti à des engagements concrets : prolongation des contrats gaziers jusqu’en 2028, lancement d’un fonds d’investissement bilatéral de 500 millions d’euros (dont 200 M€ dédiés aux PME), et accélération des projets portuaires à Djen Djen (Jijel) et Arzew (Oran). Pour les entrepreneurs algériens, ces accords ouvrent des opportunités dans les secteurs de la logistique et de l’énergie, avec des appels d’offres attendus d’ici fin 2024 sur les terminaux conteneurs.
Comparaison régionale : le Maroc mise sur l’Afrique subsaharienne
Le Maroc a signé 23 accords avec le Mali, le Niger et le Tchad lors du sommet de Bamako les 30 et 31 mai, portant sur des projets agricoles (irrigation), miniers (phosphates) et énergétiques (solaire). Ces accords, couplés à des lignes de crédit marocaines de 1,2 milliard de dollars, renforcent la position du Maroc comme hub régional. Pour l’Algérie, cela signifie une concurrence accrue sur les marchés sahéliens, notamment pour les exportations de produits agroalimentaires et d’engrais.
OTAN et sécurité : impact indirect sur les investissements
La présence d’AWACS (systèmes de détection aérienne) de l’OTAN au-dessus de la Méditerranée centrale, incluant l’espace aérien algérien, a été confirmée lors de l’exercice Dynamic Manta du 3 au 14 juin. Cette coordination militaire, bien que non liée au commerce, sécurise les routes maritimes utilisées pour 60 % des exportations algériennes (hydrocarbures et minerais). Les assureurs-cargos et les armateurs algériens pourraient en bénéficier pour réduire les primes de risque sur les assurances maritimes.
Réformes juridiques et fiscales : simplification ou complexification ?
Cession de parts sociales : nouveau formalisme depuis juin 2024
Le décret exécutif n°24-185 du 10 juin modifie les règles de cession de parts dans les EURL :
– Délai : signature devant notaire sous 30 jours (contre 60 jours auparavant).
– Fiscalité : taux de droit d’enregistrement fixé à 2 % (au lieu de 5 % pour les sociétés commerciales), mais avec obligation de justifier la valeur des parts par un expert-comptable agréé.
– Coût moyen : entre 150 000 et 250 000 DZD (1 000 à 1 800 €) pour une cession de 50 % d’une EURL dont le capital est de 10 millions DZD.
Ces changements visent à accélérer les transmissions familiales ou les rachats par des investisseurs, mais alourdissent les coûts pour les petites structures.
Statuts juridiques : le cas des micro-entreprises
Les micro-entreprises (CA < 10 millions DZD/an) peuvent désormais opter pour un régime fiscal simplifié sans comptabilité complète, mais doivent déclarer leur chiffre d’affaires mensuellement via la plateforme Tasrih (impôt de 7 % pour les services, 5 % pour le commerce). En contrepartie, elles perdent le droit à la déduction des amortissements et des provisions. Pour les entrepreneurs individuels, cela signifie un allègement administratif, mais une perte de leviers fiscaux pour réinvestir.
Statuts des SPA : transparence accrue sur les documents sociaux
Les sociétés par actions (SPA) doivent désormais publier, avant l’approbation des comptes annuels, les documents suivants sur leur site corporate ou via le registre du commerce :
– Liste des actionnaires détenant plus de 5 % du capital.
– Rapport de gestion détaillé (incluant les transactions avec les parties liées).
– État des dettes financières supérieures à 10 millions DZD.
Ces mesures, applicables depuis le 1er juin, visent à limiter les conflits d’intérêts, mais augmentent les coûts de conformité pour les PME cotées ou en voie de l’être.
Secteurs porteurs : hydraulique, cosmétique et mobilité
Hydraulique : Batna comme laboratoire
Le wali de Batna a présidé le 6 juin une réunion d’évaluation du secteur de l’hydraulique, avec un focus sur les projets de réhabilitation des barrages (capacité globale de 1,2 milliard de m³) et des stations de dessalement (objectif : 300 000 m³/jour en 2025). Deux appels d’offres sont ouverts jusqu’au 20 juin pour :
– La maintenance des réseaux d’adduction (budget : 1,8 milliard DZD).
– L’acquisition de pompes solaires (120 unités, budget : 500 millions DZD).
Les PME locales spécialisées dans les énergies renouvelables et les équipements hydrauliques sont incitées à se positionner, avec des critères de préférence nationale (30 % de parts réservées aux entreprises algériennes).
Cosmétique : un marché en croissance de 8 % par an
Le secteur cosmétique algérien, évalué à 42 milliards DZD en 2023 (source : Chambre algérienne du commerce et de l’industrie), connaît une expansion portée par :
– La demande intérieure (ventes de produits de soins à 2,1 milliards DZD au 1er trimestre 2024).
– Les exportations (principalement vers la France et le Mali, +15 % en volume sur un an).
Les investisseurs étrangers (marques tunisiennes, marocaines) ciblent désormais l’Algérie pour des partenariats locaux, avec des incitations fiscales (exonération de TVA pendant 5 ans pour les nouveaux investissements > 100 millions DZD).
Mobilité : Fiat et Chery visent le marché algérien
– Fiat : Un partenariat avec l’importateur local NCA Rouiba a été annoncé le 7 juin pour la production locale de 5 modèles (Panda, 500) d’ici 2026, avec un taux d’intégration de 40 % (pièces fabriquées en Algérie). Le prix public moyen sera de 3,2 millions DZD (environ 22 000 €).
– Chery : Le distributeur GM Trade propose depuis le 5 juin la gamme Mini Truck (utilitaires légers) en CKD (Completely Knocked Down), avec un prix de 2,8 millions DZD. Les entrepreneurs peuvent importer ces kits en franchise de droits de douane s’ils s’engagent à monter localement 60 % des composants d’ici 2025.
Aides et financements : un guichet unique mais des critères restrictifs
Crédits bancaires : Bank Al Maghrib publie un guide pratique
Le guide Crédits aux entreprises publié le 3 juin par Bank Al Maghrib détaille :
– Les taux d’intérêt plafonnés à 8 % pour les PME (au lieu de 10-12 % en 2023).
– Les garanties exigées : 20 % du montant emprunté pour les projets < 50 millions DZD, 30 % au-delà.
– Les secteurs prioritaires : agroalimentaire, énergies renouvelables, numérique.
Les entrepreneurs doivent présenter un business plan validé par une chambre de commerce ou un incubateur agréé.
Subventions : l’AFD maintient ses appels à projets
L’Agence française de développement (AFD) a ouvert deux fenêtres en juin :
1. Fonds Climat Innovation : 10 millions d’euros pour les projets de décarbonation (recyclage, énergies vertes). Les dossiers doivent être déposés avant le 30 septembre.
2. Programme Export PME : jusqu’à 50 000 € de subvention pour les PME souhaitant se développer à l’international (ciblant l’Europe et l’Afrique de l’Ouest).
Les critères incluent un CA minimum de 5 millions DZD et un projet avec un partenaire étranger identifié.
Micro-entreprises : conventions pour l’hydraulique et l’artisanat
La convention Gvapro-Anade signée le 4 juin entre l’Agence nationale de développement de l’artisanat (Anade) et le groupe Gvapro (spécialisé dans les pompes) prévoit :
– Un fonds de 200 millions DZD pour financer des micro-entreprises dans les zones rurales (wilayas de Batna, Tlemcen, Bejaïa).
– Un accompagnement technique via des formations gratuites sur la maintenance des équipements hydrauliques.
Les dossiers doivent être déposés avant le 31 juillet.
Diaspora et investissements étrangers : retour ou nouvelle fuite ?
Diaspora algérienne : incitations à investir
Le ministère de l’Emploi et de la Diaspora a lancé en juin une plateforme en ligne (Diaspora Invest) pour centraliser les projets des porteurs de projets à l’étranger. Les secteurs ciblés :
– Agro-industrie (transformation de dattes, oléiculture).
– Numérique (développement de logiciels, cybersécurité).
– Santé (cliniques privées).
Les investisseurs bénéficient d’une exonération de droits de douane sur l’importation d’équipements pour 5 ans, sous réserve d’un investissement minimum de 200 000 € et d’une embauche locale de 30 % des effectifs.
Comparaison tunisienne : appel aux compétences expatriées
La Tunisie a lancé en mai un programme similaire (Mois de la Diaspora 2025), avec un budget de 150 millions de dinars (45 millions €) pour attirer les Tunisiens expatriés dans les secteurs de la santé, des énergies renouvelables et du tourisme. Les entrepreneurs algériens observent cette initiative, craignant une fuite des compétences vers la Tunisie, où les incitations fiscales sont plus attractives (taux d’imposition réduit
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