La chute vertigineuse du dinar algérien sur le marché parallèle cette semaine a dépassé les 1 450 dinars pour un euro selon les données compilées par Le360 Afrique. Pour les entrepreneurs locaux et la diaspora investissant en Algérie, ce mouvement accéléré du taux de change représente une pression immédiate sur les coûts d’approvisionnement, avec des répercussions sur les prix de vente et la trésorerie.
Un marché parallèle qui dicte la donne
Dans les ruelles de Bab El Oued à Alger ou sur les groupes WhatsApp des importateurs, le taux parallèle est devenu la référence. Cette semaine, des transactions ont été enregistrées à 1 480 dinars pour un dollar, contre un taux officiel à 135,03 dinars. Pour les entrepreneurs dépendant des importations de matières premières ou de produits finis, la différence de plus de 1 300 dinars par dollar alourdit les factures de 10 à 15 % en moins d’un mois.
« Nos fournisseurs chinois nous demandent désormais des paiements en dollars avec un taux à 1 450 dinars », explique un importateur de textiles basé à Sétif contacté par téléphone. « Sinon, ils menacent de suspendre les livraisons. » Son entreprise, qui importe 30 conteneurs par trimestre, voit son budget d’achat augmenter de 40 millions de dinars par mois depuis le 15 novembre.
SONATRACH sous pression, les réserves en jeu
Selon Réalités Magazine, la compagnie nationale SONATRACH a récemment finalisé un plan d’investissement de 25 milliards de dollars sur quatre ans pour développer ses capacités de production. Pourtant, la chute du dinar réduit le pouvoir d’achat des recettes en devises. En 2025, si cette tendance se poursuit, chaque baisse de 10 % du dinar en parallèle pourrait coûter à l’État plusieurs milliards de dollars de réserves, selon des estimations de la Banque d’Algérie rapportées par des économistes locaux.
Les entrepreneurs spécialisés dans les énergies renouvelables, qui importent des équipements, subissent aussi le contrecoup. « Les panneaux solaires chinois coûtent maintenant 20 % plus cher », note un installateur basé à Oran. « Nous devons répercuter cette hausse sur les clients, mais cela réduit la demande. »
Le gouvernement tente de calmer le jeu
Cette semaine, le ministre du Commerce, Mohamed Abdellatif, a présenté un exposé devant la commission spécialisée à l’Assemblée populaire nationale sur les politiques d’approvisionnement et de régulation du marché. « Des mesures sont à l’étude pour limiter l’impact sur les prix », a indiqué un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat. Parmi les pistes évoquées : un renforcement des contrôles sur les importations non essentielles et une possible révision des subventions ciblées.
Mais pour les entrepreneurs, ces annonces restent vagues. « On attend des actes », réagit un représentant du Forum des chefs d’entreprise (FCE). « Les mesures prises en 2023 pour limiter les importations de voitures ont conduit à une pénurie et une flambée des prix. Nous ne voulons pas revivre la même situation. »
Diaspora algérienne : un levier à double tranchant
Pour la diaspora, souvent sollicitée par les familles ou pour des investissements, la dépréciation accélérée du dinar est une opportunité et un risque. Ceux qui envoient des fonds en Algérie voient leur pouvoir d’achat baisser. « Un virement de 1 000 euros ne vaut plus que 145 000 dinars cette semaine contre 135 000 fin octobre », calcule un économiste basé en France.
À l’inverse, les entrepreneurs de la diaspora qui rachètent des entreprises en Algérie profitent de la baisse du dinar pour acquérir des actifs à moindre coût. « Nous finalisons l’achat d’une usine de transformation alimentaire près de Blida à un prix divisé par deux en euros », confie un investisseur basé à Montréal. « Mais le risque de non-rapatriement des bénéfices en cas de crise de change nous inquiète. »
Quel avenir pour les importateurs ?
Les entrepreneurs les plus vulnérables sont ceux dépendant des importations sans marge de manœuvre. Les importateurs de produits alimentaires, comme le lait en poudre ou les médicaments, voient leurs stocks se déprécier en valeur locale. « Les stocks achetés à 1 350 dinars le dollar valent maintenant 1 450 dinars en termes de coût de remplacement », explique un grossiste à Constantine.
Pour survivre, certains se tournent vers des fournisseurs locaux ou des alternatives tunisiennes ou marocaines, mais avec des coûts logistiques plus élevés. « L’option locale est souvent plus chère ou de qualité inférieure », regrette un importateur de pièces automobiles à Tlemcen.
À retenir pour les entrepreneurs
La chute du dinar parallèle à plus de 1 450 dinars pour un dollar en novembre 2025 alourdit les coûts d’importation de 10 à 20 % selon les secteurs. Les entrepreneurs doivent anticiper des hausses de prix ou des ruptures de stock, surtout pour les produits importés. Les investisseurs de la diaspora gagnent en pouvoir d’achat local mais doivent sécuriser leurs fonds face à la volatilité du change.
💡 Vous créez votre entreprise en Algérie ? GlobalStart vous accompagne pas à pas : démarches, coûts réels, statuts juridiques (SARL, EURL, SPA) et immatriculation CNRC.