Revue de presse : Exportations Algérie, Économie Algérie, Algérie Afrique subsaharienne…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan économique**

L’actualité algérienne ces dernières semaines ressemble à un kaléidoscope dont les fragments, pris isolément, dessinent des réalités disparates, mais dont la rotation révèle une image plus trouble : celle d’un pays suspendu entre deux époques, deux modèles, deux dépendances. D’un côté, l’Algérie des hydrocarbures, des accords gaziers et des cours du Brent, qui continue de dicter le tempo de son économie comme un chef d’orchestre sourd aux fausses notes. De l’autre, l’Algérie des dattes tunisiennes exportées vers le Maroc, des énergies renouvelables en débat, et d’une jeunesse dont les aspirations professionnelles butent contre un marché du travail aussi rigide que le béton des barres HLM. Entre ces deux pôles, une tension sourde : celle d’un État qui tente de piloter une transition sans jamais lâcher le volant, de peur que le véhicule ne s’emballe… ou ne s’arrête net.

Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire. C’est une radiographie des contradictions algériennes, où chaque domaine d’actualité agit comme un révélateur des dynamiques profondes du pays. Et si le fil rouge qui les relie était moins une stratégie cohérente qu’une série de réactions en chaîne, où l’urgence économique, la quête de légitimité historique et la peur du déclassement s’entremêlent ?

**1. Le gaz, ce dieu jaloux : quand l’Algérie mise tout sur son or noir (et vert ?)**

Le Dr Sifeddine Labed, directeur de recherche au CDER, l’a rappelé avec une fierté à peine voilée : « L’Algérie est respectée dans le giron gazier. » Une affirmation qui sonne comme un mantra, répété depuis des décennies par une classe dirigeante dont la survie politique dépend de la manne des hydrocarbures. Pourtant, cette respectabilité a un prix : une dépendance structurelle qui transforme le pays en otage des fluctuations des cours, des alliances géopolitiques et des caprices de l’OPEP+.

Les récents soubresauts du marché pétrolier – entre le conflit au Moyen-Orient, le maintien des quotas par l’Arabie saoudite et la Russie, et les rumeurs de départ des Émirats arabes unis de l’OPEP+ – illustrent cette vulnérabilité. Le professeur Chems Eddine Chitour, figure médiatique de la transition énergétique, a beau souligner que « l’accord conclu entre l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Venezuela et la Russie ne suffira pas à redresser les cours », l’Algérie, elle, continue de jouer la carte du statu quo. Comme si le pays, tel un joueur compulsif, misait tout sur le même numéro, espérant que la roue de la fortune tournera en sa faveur.

Pourtant, les signaux d’alerte s’accumulent. Le professeur Salhi Essaïd, lors du forum de Liberté, a plaidé pour une accélération vers les énergies renouvelables, arguant que « l’Algérie doit aller vers les énergies renouvelables ». Mais comment concilier cette urgence écologique avec une économie où 90 % des exportations dépendent des hydrocarbures ? Le paradoxe est criant : l’Algérie possède un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, mais elle en exploite à peine 1 %. Comme si le pays, paralysé par la peur du changement, préférait brûler ses réserves de gaz plutôt que de risquer une révolution industrielle verte.

Cette schizophrénie énergétique se reflète dans la Bourse d’Alger, où les cours du pétrole dictent l’humeur des investisseurs. « Un lundi noir » causé par les tensions au Moyen-Orient ? Rien de nouveau sous le soleil algérien, où la rente pétrolière agit comme un sédatif économique, endormant les velléités de diversification. Pourtant, à force de compter sur les hydrocarbures, l’Algérie risque de se retrouver dans la même impasse que le Venezuela ou le Nigeria : riche en ressources, pauvre en résilience.

**2. L’économie algérienne : entre dettes africaines et fuite en avant**

Si l’Algérie regarde avec mépris les crises de dette de ses voisins – le Sénégal qui évite in extremis le défaut de paiement, la France confrontée à son « mur de la dette » –, elle ferait bien de s’interroger sur sa propre trajectoire. Car derrière les discours triomphalistes sur la « souveraineté économique », se cache une réalité moins glorieuse : une économie toujours aussi dépendante des importations, un dinar sous perfusion, et une dette extérieure qui, bien que maîtrisée, reste un épée de Damoclès.

Les chiffres des exportations hors-hydrocarbures sont éloquents : l’Algérie exporte des dattes, des produits agricoles, et quelques biens manufacturés, mais rien qui ne puisse compenser la chute des revenus pétroliers. Pire, le pays importe massivement des turbines à gaz, de l’huile d’olive (alors qu’il en produit), et même des visas pour la Chine – signe que la demande intérieure, dopée par les transferts des Algériens de l’étranger, reste insatiable.

Cette dépendance aux importations est le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité de l’Algérie à industrialiser son économie. Le gouvernement tente bien de créer un « InserScore » pour orienter les jeunes vers des filières professionnelles porteuses, mais comment croire en cette initiative quand le marché du travail algérien reste dominé par le secteur informel et les emplois publics, aussi précaires que pléthoriques ? La Côte d’Ivoire, elle, modernise sa formation professionnelle avec une rapidité qui contraste avec l’immobilisme algérien. Comme si le pays, traumatisé par les échecs des plans quinquennaux des années 1970, avait perdu toute ambition industrielle.

Pourtant, une lueur d’espoir perce : les Algériens de l’étranger, dont les transferts représentent près de 2 % du PIB, pourraient jouer un rôle clé dans cette transition. Le débat sur la « retraite proportionnelle » pour les travailleurs expatriés, clos par le ministre du Travail Mohamed El-Ghazi, montre que l’État tente de capter cette manne. Mais là encore, la logique est court-termiste : plutôt que de créer les conditions pour que ces compétences reviennent au pays, on se contente de ponctionner leurs économies.

**3. Soft power et archéologie : quand l’Algérie réécrit son histoire pour exister**

Face à l’impasse économique, l’Algérie mise sur un autre levier : le soft power. Et dans ce domaine, le pays a des atouts, à commencer par sa culture. La musique algérienne, portée par des figures comme Soolking ou Indila, est devenue un phénomène planétaire. Le Raï’n’B de Kore à l’Olympia, les millions d’écoutes de Soolking sur Spotify : ces succès ne sont pas anodins. Ils témoignent d’une diaspora algérienne qui, à défaut de pouvoir investir massivement dans le pays, en exporte l’âme.

Mais cette influence culturelle a un revers : elle révèle aussi les fractures internes. Le Raï, autrefois musique des marges, est aujourd’hui un produit marketing, lissé pour plaire aux algorithmes. Comme si l’Algérie, incapable de résoudre ses contradictions sociales, préférait les exporter sous forme de mélodies.

Autre outil de soft power : l’archéologie. La création de deux structures stratégiques par la Présidence pour la « recherche et le patrimoine », ainsi que les études sur le mausolée de Massinissa et le tombeau d’Imedghassen, ne sont pas de simples initiatives culturelles. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large : celle de réaffirmer la légitimité historique de l’Algérie, face à un Maroc qui instrumentalise lui aussi son passé (comme en témoigne la bataille des dattes tunisiennes, exportées vers le royaume chérifien).

Cette course à l’héritage antique a une dimension géopolitique. En se posant en héritière de Massinissa et des Numides, l’Algérie cherche à contrer l’influence marocaine en Afrique, où le royaume utilise son soft power religieux et économique pour étendre son influence. Mais cette stratégie a ses limites : à force de se tourner vers le passé, l’Algérie risque de négliger les défis du présent.

**4. L’Afrique, ce miroir qui renvoie à l’Algérie son propre déclin**

L’Algérie regarde l’Afrique subsaharienne avec un mélange de mépris et d’envie. Mépris, car elle considère souvent les pays au sud du Sahara comme des partenaires mineurs, voire des débiteurs. Envie, car ces mêmes pays – la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Tchad – montrent une vitalité économique et une capacité d’innovation qui font défaut à l’Algérie.

Le projet d’InserScore, censé orienter les jeunes vers des filières professionnelles porteuses, est révélateur de ce complexe. Au lieu de s’inspirer des modèles ivoirien ou rwandais, l’Algérie préfère inventer sa propre roue, avec des résultats prévisibles : des dispositifs bureaucratiques, peu adaptés aux réalités du marché. Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire, la formation professionnelle est alignée sur les besoins des entreprises, avec un taux d’insertion qui fait pâlir d’envie les responsables algériens.

Cette cécité face aux dynamiques africaines est d’autant plus paradoxale que l’Algérie se présente comme un leader du continent. Comment concilier ce discours avec une politique économique tournée vers l’Europe et les États-Unis, et une diplomatie souvent perçue comme arrogante par ses voisins ?

La réponse est simple : l’Algérie n’a pas encore accepté que son avenir se joue aussi au sud. Ses échanges avec l’Afrique subsaharienne restent marginaux, malgré les discours sur « l’intégration africaine ». Et quand elle s’y intéresse, c’est souvent pour des raisons géopolitiques – comme contrer l’influence marocaine – plutôt qu’économiques.

**5. La diaspora, ou l’Algérie qui s’ignore**

Les Algériens de l’étranger sont à la fois une bénédiction et une malédiction pour le pays. Une bénédiction, car leurs transferts d’argent soutiennent une économie en difficulté. Une malédiction, car leur succès à l’étranger souligne l’échec des politiques publiques algériennes.

Le débat sur la « retraite proportionnelle » pour les travailleurs expatriés est symptomatique de cette relation ambiguë. L’État algérien, incapable de créer des emplois pour ses jeunes, se tourne vers ceux qui ont réussi ailleurs, leur demandant de financer le système sans leur offrir de contreparties réelles. Mohamed El-Ghazi a beau dire que « les portes du dialogue sont ouvertes », la réalité est plus crue : la diaspora est perçue comme une vache à lait, pas comme un partenaire.

Pourtant, cette diaspora pourrait être un levier de développement. Des pays comme le Maroc ou le Liban ont su mobil

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