Une initiative qui change la donne pour les entrepreneures africaines
Une plateforme conçue pour renforcer l’autonomie financière des femmes entrepreneures en Afrique de l’Ouest vient de faire ses preuves à Lomé. Selon Afrimag, Ecobank Togo a récemment déployé Ellever 2.0, un programme dédié au financement et à l’accompagnement des femmes chefs d’entreprise dans la région. Cette initiative, qui s’appuie sur des outils numériques et des partenariats locaux, répond à un besoin criant : l’accès limité au crédit pour les entrepreneures, un frein majeur à leur croissance.
Le programme, lancé sous le nom Ellever en 2023, a été repensé en 2025 pour devenir Ellever 2.0, une version plus structurée et étendue. Contrairement aux dispositifs classiques, Ellever 2.0 ne se limite pas à l’octroi de prêts. Il intègre un volet de formation, de mentorat et de mise en réseau, avec l’objectif affiché de mesurer l’impact économique de ses bénéficiaires. À ce jour, plusieurs centaines de femmes entrepreneures togolaises ont bénéficié du dispositif, avec des résultats tangibles.
Des outils pour briser les plafonds de verre économiques
Le cœur du dispositif repose sur une plateforme digitale qui permet aux entrepreneures d’accéder à des financements adaptés à leur profil. Selon les données partagées par Ecobank Togo, les femmes entrepreneures bénéficiaires voient leur accès au crédit augmenter de 30 à 50 %, un chiffre qui traduit la réussite du programme. Mais l’innovation va plus loin : la plateforme inclut un système de notation alternative, qui évalue la viabilité des projets non pas uniquement sur les garanties traditionnelles, mais aussi sur des critères comme la résilience du modèle économique ou l’impact social du projet.
Un autre volet clé est le partenariat avec des institutions locales. Ellever 2.0 collabore avec des associations de femmes entrepreneures, des incubateurs comme Invest-Togo et des programmes gouvernementaux pour faciliter l’accès aux marchés publics. Ces alliances permettent aux bénéficiaires de décrocher des contrats et de se positionner sur des appels d’offres souvent réservés à des structures plus établies.
Ce que l’expérience togolaise enseigne à l’Algérie
L’Algérie, où les femmes représentent près de 20 % des créateurs d’entreprise selon la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), pourrait s’inspirer de ce modèle. Le principal obstacle reste l’accès au financement. Les banques algériennes exigent souvent des garanties disproportionnées, tandis que les programmes publics comme l’ANSEJ ou le CNAC peinent à couvrir les besoins des entrepreneures installées depuis plusieurs années.
Un point crucial mis en lumière par Ellever 2.0 est l’importance des données. En mesurant l’impact économique des projets soutenus, le programme togolais crée une boucle vertueuse : plus les entrepreneures réussissent, plus elles deviennent des références pour les nouvelles candidates. En Algérie, où les études sur l’entrepreneuriat féminin se font rares, un suivi similaire pourrait aider à convaincre les banques traditionnelles de revoir leurs critères.
Autre enseignement : l’intégration du numérique. En Algérie, seulement 15 % des entrepreneures utilisent des outils digitaux pour gérer leur trésorerie, selon une étude de la Banque mondiale en 2024. Des plateformes comme celles d’Ecobank Togo pourraient être adaptées pour intégrer des modules de formation en ligne, accessibles via des partenariats avec des opérateurs comme Algérie Télécom ou Djezzy.
Le rôle de la diaspora algérienne dans ces modèles
La diaspora algérienne, souvent porteuse de projets innovants, pourrait jouer un rôle clé dans l’exportation de ces modèles. Plusieurs entrepreneurs algériens de la diaspora ont déjà lancé des fonds dédiés aux entrepreneures en Afrique, comme le fonds « Afrik’Entrepreneurs » basé à Dubai. Ces initiatives pourraient s’inspirer de Ellever 2.0 pour structurer leurs financements et étendre leur impact.
Par ailleurs, des réseaux comme le Forum des entrepreneurs algériens de l’étranger (FEDE) pourraient servir de relais pour des partenariats entre l’Algérie et des pays comme le Togo. L’échange d’expériences entre entrepreneures des deux rives de la Méditerranée permettrait de mutualiser les bonnes pratiques en matière de financement alternatif.
À retenir pour les entrepreneurs
Ecobank Togo montre qu’un financement structuré des entrepreneures passe par une approche globale : crédit, formation et mise en réseau. Les modèles comme Ellever 2.0 prouvent que les critères traditionnels de solvabilité ne suffisent pas à évaluer le potentiel des projets portés par des femmes. En Algérie, l’enjeu est double : adapter ces outils aux réalités locales et renforcer les données pour convaincre les acteurs financiers.
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