El-Mahdi Oualid, ministre de l’Agriculture, a détaillé récemment les axes de la modernisation du secteur céréalier algérien lors d’un forum organisé par El Moudjahid. Entre mécanisation, innovation et partenariats publics-privés, l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux importations tout en boostant la productivité des exploitations locales. Pour les entrepreneurs et la diaspora, ces orientations ouvrent des pistes concrètes, mais aussi des défis à anticiper.
Modernisation par étapes
Le ministre a insisté sur la nécessité de mécaniser davantage les exploitations, un chantier déjà en cours avec l’acquisition de 2 000 moissonneuses-batteuses en deux ans, selon ses déclarations. L’objectif affiché est de couvrir 80 % des besoins nationaux en récolte mécanique d’ici 2027, contre 50 % actuellement. « Nous misons sur une agriculture compétitive, capable de rivaliser avec les coûts internationaux », a-t-il expliqué. Côté semences, le gouvernement mise sur des variétés résistantes à la sécheresse et aux maladies, avec un budget de 1,2 milliard de dinars alloué au programme national de recherche agronomique pour la période 2025-2027.
Les infrastructures de stockage restent un maillon faible. Le ministre a annoncé la construction de 50 silos régionaux d’une capacité totale de 2 millions de quintaux, pour limiter les pertes post-récolte estimées à 15 % du volume annuel. Ces silos, gérés en partenariat avec des coopératives agricoles, devraient être opérationnels d’ici fin 2026.
Le pari des partenariats publics-privés
Oualid a souligné l’importance des investissements étrangers dans les céréales, un secteur traditionnellement réservé aux acteurs publics. « Les entreprises étrangères peuvent participer à la chaîne de valeur, de la production à la transformation », a-t-il indiqué, citant l’exemple d’un projet de meunerie moderne dans la wilaya de Tiaret, porté par un consortium algéro-espagnol. Des incitations fiscales sont prévues pour les investisseurs, comme une exonération de droits de douane sur l’importation de machines agricoles pendant cinq ans.
Pour les entrepreneurs locaux, le message est clair : le ministère encourage les initiatives dans la logistique, la maintenance des équipements et la formation des agriculteurs. Un fonds de garantie de 500 millions de dinars a été créé pour faciliter l’accès au crédit des petites et moyennes exploitations.
La diaspora en première ligne
Le ministre a aussi lancé un appel aux compétences algériennes de l’étranger, notamment celles actives dans l’agroalimentaire ou l’ingénierie agricole. « Leur expertise serait précieuse pour moderniser le secteur », a-t-il déclaré. Des programmes de retour temporaire ou de partenariats à distance sont envisagés, avec des accords signés récemment avec des diplômés algériens en poste dans des entreprises françaises et canadiennes.
Les retours sur investissement pour la diaspora pourraient être rapides : les transferts de fonds vers l’agriculture ont augmenté de 30 % depuis 2024, avec une part croissante dédiée à l’achat de terres ou d’équipements. Les projets de vallées irriguées dans le sud, comme celle de la Saoura, attirent particulièrement l’attention, avec des rendements potentiels de 60 quintaux à l’hectare pour certaines cultures.
Enjeux et limites
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La disponibilité en eau, déjà critique dans certaines régions, limite les surfaces irrigables. Le ministre a reconnu que 60 % des terres céréalières dépendent encore de la pluie, un facteur de risque accru avec les changements climatiques. Les entrepreneurs devront composer avec cette réalité, en privilégiant les cultures adaptées ou les techniques d’économie d’eau.
Les coûts de production restent également élevés, avec des prix des engrais et des carburants qui pèsent sur la rentabilité. Oualid a évoqué des négociations en cours avec les fournisseurs pour sécuriser des approvisionnements à prix réduits, mais sans garantie de succès.
À retenir pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs locaux peuvent se positionner sur la maintenance des équipements ou la formation des agriculteurs, avec un accès facilité au crédit via le fonds de garantie de 500 millions de dinars. Les investisseurs étrangers ont l’opportunité de s’associer à des projets de meunerie ou de stockage, avec des exonérations fiscales sur cinq ans.
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