La parution récente d’un dossier consacré à la guerre d’Algérie dans Orient XXI met en lumière une dimension souvent occultée : l’écriture de la mort et des disparus. Selon le média, cette littérature, portée par des auteurs comme Assia Djebar ou Kateb Yacine, ne se contente pas de raconter l’histoire – elle interroge les silences, les non-dits et les traumatismes collectifs qui persistent soixante ans après les accords d’Évian. Pour les entrepreneurs et la diaspora algérienne, cette actualité littéraire n’est pas qu’une question mémorielle : elle révèle des enjeux économiques, sociaux et même générationnels qui traversent la société algérienne aujourd’hui.
Une mémoire qui pèse sur l’économie
D’abord, elle alimente une défiance persistante envers les institutions, y compris celles chargées de faciliter la création d’entreprise. Les jeunes Algériens, souvent en première ligne des mouvements de protestation comme le Hirak, expriment un rejet des structures héritées de l’ère post-indépendance, perçues comme corrompues ou inefficaces. Cette méfiance se traduit par une préférence pour l’informel : selon la Banque mondiale, près de 50 % de l’économie algérienne échapperait au secteur formel. Un chiffre qui freine les investissements étrangers et complique l’accès au crédit pour les porteurs de projets.
Ensuite, la diaspora algérienne, forte de plusieurs millions de personnes, joue un rôle clé dans l’économie du pays. Les transferts d’argent, estimés à plus de 2 milliards de dollars par an, représentent une manne financière cruciale. Pourtant, ces flux pourraient être encore plus importants si les liens avec l’Algérie étaient moins chargés de tensions historiques. Les entrepreneurs de la diaspora, notamment en France, au Canada ou en Espagne, hésitent souvent à investir dans leur pays d’origine par crainte d’un climat politique instable. La question des disparus, régulièrement évoquée dans les débats publics, rappelle que les blessures du passé ne sont pas refermées – et que cela peut dissuader des partenariats économiques durables.
La littérature comme levier de réconciliation
Pour les entrepreneurs, cette littérature peut servir de pont entre les générations. Les jeunes Algériens, nés bien après 1962, sont souvent en quête de sens et d’identité. Les récits sur la guerre et les disparus leur permettent de se réapproprier une histoire parfois instrumentalisée par le pouvoir. Des initiatives comme les cafés littéraires ou les résidences d’auteurs, qui se multiplient à Alger, Oran ou Constantine, montrent que la culture peut être un vecteur de cohésion sociale. Ces espaces, souvent portés par des associations ou des collectifs indépendants, attirent un public varié – étudiants, artistes, mais aussi jeunes entrepreneurs en quête d’inspiration.
La diaspora, elle aussi, trouve dans ces œuvres un moyen de se reconnecter à l’Algérie. Des événements comme le Salon international du livre d’Alger (SILA) ou les rencontres organisées par l’Institut français attirent chaque année des centaines de participants issus de la communauté algérienne à l’étranger. Ces moments de partage peuvent déboucher sur des collaborations économiques : des start-up culturelles, des projets d’édition bilingue ou des plateformes numériques dédiées à la mémoire algérienne voient le jour, portées par des entrepreneurs de la diaspora.
Entreprendre dans l’ombre des non-dits
Autre secteur touché : les médias et l’édition. Les livres sur la guerre d’Algérie, même ceux écrits par des auteurs reconnus, peinent à trouver leur public en Algérie. La censure, directe ou indirecte, limite leur diffusion. Pourtant, des initiatives émergent. Des maisons d’édition indépendantes, comme Barzakh ou Chihab, misent sur des récits décalés pour contourner les tabous. Ces structures, souvent portées par des jeunes entrepreneurs, prouvent que la littérature peut être un marché viable – à condition de naviguer entre les lignes rouges.
La diaspora, actrice clé du changement
Les réseaux sociaux jouent également un rôle croissant. Des groupes Facebook ou des comptes Instagram dédiés à l’histoire algérienne, comme Algeria Untold ou Mémoire d’Algérie, fédèrent des milliers de membres. Ces communautés, souvent animées par des jeunes de la diaspora, deviennent des espaces d’échange et de mobilisation. Elles peuvent servir de tremplin pour des projets économiques, comme des applications de généalogie ou des archives numériques collaboratives.
À retenir pour les entrepreneurs
La littérature sur la guerre d’Algérie n’est pas qu’un sujet historique : elle reflète des enjeux économiques et sociaux actuels. Pour les créateurs d’entreprise, elle rappelle l’importance de la mémoire dans la construction d’un climat de confiance. Les projets culturels, souvent perçus comme marginaux, peuvent devenir des leviers de développement – à condition de s’appuyer sur des partenariats solides, notamment avec la diaspora. Enfin, les non-dits du passé freinent encore l’innovation : les entrepreneurs qui sauront les surmonter auront un avantage décisif.
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