Cette semaine, Sétif est devenue la capitale du tourisme d’achat en Algérie. Selon Visas & Voyages Algérie, les Tunisiens ont afflué en masse pendant le Ramadan, transformant les rues commerçantes en un marché transfrontalier dynamique. Les chiffres rapportés par les douanes algériennes et les commerçants locaux illustrent l’ampleur du phénomène : plus de 12 000 Tunisiens ont traversé la frontière en une seule semaine, soit trois fois plus que l’année précédente. Les dépenses moyennes par visiteur ont atteint 1 500 dinars algériens, avec des pointes à 5 000 dinars pour les familles achetant des produits électroniques, des vêtements et des denrées alimentaires.
Les raisons de cet engouement sont multiples. D’abord, le dinar algérien reste plus fort que le dinar tunisien, offrant un pouvoir d’achat supérieur de 15 à 20 % pour les Tunisiens. Ensuite, Sétif bénéficie d’une position géographique stratégique, à seulement 300 kilomètres de la frontière tunisienne, et d’une infrastructure commerciale dense, avec des centres comme le Marché de la Gare ou la Zone Commerciale Nord. Enfin, les restrictions douanières tunisiennes sur certains produits, comme les électroménagers ou les pièces détachées automobiles, poussent les consommateurs à se tourner vers l’Algérie.
Pour les commerçants sétifiens, ce flux représente une aubaine. Les boutiques de la rue Larbi Ben M’hidi et du boulevard Emir Abdelkader ont enregistré des ventes en hausse de 40 % par rapport à 2025. Les grossistes en produits électroniques, comme ceux du quartier de la SNVI, ont même dû réapprovisionner leurs stocks en urgence pour répondre à la demande. « Les Tunisiens achètent tout, des téléphones aux climatiseurs, en passant par les vêtements de marque. Ils paient en cash et négocient peu », témoigne un commerçant interrogé par Visas & Voyages Algérie.
Cependant, cette manne n’est pas sans défis. Les files d’attente aux postes frontières de Tébessa et Souk Ahras se sont allongées, avec des temps d’attente dépassant parfois six heures. Les autorités algériennes ont renforcé les contrôles douaniers pour éviter les fraudes, mais cela a aussi ralenti les passages. Par ailleurs, certains commerçants ont signalé des problèmes de change, avec des clients tunisiens cherchant à payer en dinars tunisiens, une pratique illégale mais difficile à contrôler dans l’urgence.
Les hôteliers et restaurateurs de Sétif ont aussi profité de l’afflux. Les hôtels trois étoiles comme l’El Aurassi ou le Sheraton ont affiché complet pendant toute la durée du Ramadan, avec des tarifs en hausse de 25 %. Les restaurants traditionnels, comme ceux de la rue des Frères Bouadou, ont vu leur fréquentation doubler, notamment pour les repas de l’Iftar. « Les Tunisiens adorent notre cuisine, surtout les plats comme la chorba ou les desserts comme les makrouds. Ils reviennent plusieurs soirs de suite », explique un restaurateur.
Pour les entrepreneurs algériens, ce phénomène offre plusieurs opportunités. D’abord, il confirme le potentiel du tourisme d’achat comme levier économique, surtout dans les villes frontalières. Les commerçants pourraient développer des stratégies ciblées, comme des offres groupées pour les familles ou des services de livraison transfrontalière. Ensuite, les transporteurs et les agences de voyage pourraient proposer des forfaits « shopping » incluant le transport, l’hébergement et des bons d’achat dans les centres commerciaux. Enfin, les plateformes de e-commerce algériennes pourraient étendre leur offre aux clients tunisiens, en proposant des paiements en dinars tunisiens et des livraisons en Tunisie.
À l’inverse, les défis logistiques et réglementaires ne doivent pas être sous-estimés. Les entrepreneurs devront travailler avec les autorités pour fluidifier les passages aux frontières et sécuriser les transactions. Une collaboration avec les banques pour faciliter les changes pourrait aussi être envisagée, afin d’éviter les pratiques informelles qui pénalisent les commerçants.
À retenir pour les entrepreneurs
Le tourisme d’achat tunisien à Sétif montre que les villes frontalières peuvent devenir des hubs commerciaux régionaux. Les commerçants, hôteliers et transporteurs ont tout intérêt à structurer une offre adaptée, en misant sur la qualité et la rapidité des services. Une coordination avec les douanes et les banques sera clé pour pérenniser ce marché.
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